L'expédition Kragujevac-Kilimandjaro (1975) — quand le passeport yougoslave ouvrait les frontières africaines
Une aventure redécouverte tardivement
Le corpus fiat-128/ mentionne déjà, brièvement, qu'une expédition de cinq Zastava 101 de série a relié Kragujevac au Kilimandjaro en 1975 (voir Zastava 101, 128 et Skala — la carrière yougoslave puis serbe de la 128 (1971-2008)). Un fil de discussion du forum du club Fiat-Lancia de Serbie, relayant une enquête publiée par Novica Marković — fondateur du Zastava 101 Klub — permet d'en reconstituer le déroulé avec beaucoup plus de détail, et surtout d'en faire ressortir la dimension géopolitique. Selon ce récit, l'expédition était largement tombée dans l'oubli collectif : une recherche sur Internet menée en 2004 sous le nom « Ekspedicija Kragujevac-Kilimandžaro » ne donnait alors aucun résultat. C'est l'enquête personnelle de Novica Marković, menée malgré la réticence initiale des responsables de l'usine Zastava à en parler, qui permet d'en reconstituer l'histoire : les premières traces retrouvées sont un badge publicitaire et un carnet de bord, puis, en 2006, grâce au rédacteur en chef de l'époque du magazine Zastava Info (un certain M. Radojević), le titre exact de l'ouvrage qui en avait tiré un récit est identifié : Džambo Afriko, de Bogdan Šekler.
Une idée née dans le désert, portée par des figures du sport automobile yougoslave
L'idée de l'expédition revient au professeur Milan Rakočević, féru d'automobile qui préférait le rôle de copilote à celui de pilote et fut longtemps le copilote attitré de Bata Nađ, un as reconnu du sport automobile yougoslave. Selon le récit, c'est en marchant dans les déserts d'Afrique que Rakočević conçoit le projet d'une expédition Kragujevac-Kilimandjaro ; sa préparation technique est confiée à Branimir Perić, dit « Džo », champion de rallye yougoslave. Lorsque Zastava (« Crvena Zastava ») accepte le défi, l'étape suivante consiste à trouver des sponsors : les usines Modriča, Tigar, une conserverie de Sombor et plusieurs autres petites entreprises répondent favorablement. Côté direction de l'entreprise, Dragan Drakulić, alors directeur commercial de Crvena Zastava, voit dans le projet une occasion idéale de promouvoir ce qu'il considère comme le meilleur modèle de l'industrie automobile yougoslave tout en le testant en conditions d'exploitation extrêmes ; le projet reçoit également le soutien de Prvoslav Raković, directeur général de l'entreprise, surnommé « le directeur de fer ».
Un parcours de 11 000 km à travers déserts, savanes et marécages
L'expédition — cinq Zastava 101 de série, onze membres d'équipage selon la mention déjà connue côté fiat-128/ — quitte Kragujevac le 14 février 1975 pour un parcours de plus de 11 000 kilomètres, traversant le désert de Nubie, des savanes, des zones rocailleuses, des régions d'épineux et des marécages.
Le passeport non-aligné comme sésame diplomatique
Le point le plus significatif pour ce dossier tient au commentaire rétrospectif porté sur l'expédition par ses propres artisans : replacée dans une perspective historique, l'expédition Kragujevac-Kilimandjaro est jugée irréproductible aujourd'hui, car 1975 aurait été la seule année d'une relative stabilité politique et sécuritaire sur l'ensemble du continent africain permettant un tel raid. L'atout principal qui aurait permis à l'équipage de se sortir de situations délicates était, selon ce récit, l'existence de l'alliance des non-alignés : le passeport yougoslave ouvrait des portes diverses et adoucissait des obstacles qui auraient été infranchissables avec tout autre document de voyage — illustration concrète, sur le terrain, de la doctrine diplomatique décrite dans Pourquoi une usine yougoslave pouvait construire des Fiat sous licence — le non-alignement titiste comme clé de lecture. L'aventure a fait l'objet d'un film documentaire, Kragujevac – Kilimandžaro, réalisé par Branko Baletić, ainsi que d'une place dans la monographie Zastava – Priča o jednom brendu (« Zastava, l'histoire d'une marque ») de Danijel Kadarjan.
Voir aussi
- Pourquoi une usine yougoslave pouvait construire des Fiat sous licence — le non-alignement titiste comme clé de lecture · Zastava 101, 128 et Skala — la carrière yougoslave puis serbe de la 128 (1971-2008) · 1953-1955 — le référendum ouvrier, les derniers Jeep Willys et la première Fiat de Kragujevac
- Site source
- fiat-lancia.org.rs
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Zastava 101, 128 et Skala — la carrière yougoslave puis serbe de la 128 (1971-2008)Fiat 128 · Histoire et modèles
- 1953-1955 — le référendum ouvrier, les derniers Jeep Willys et la première Fiat de KragujevacZastava Zastava · Histoire et modèles
- Pourquoi une usine yougoslave pouvait construire des Fiat sous licence — le non-alignement titiste comme clé de lectureZastava Zastava · Histoire et modèles
- La renaissance Yugo en 2026 — hybride à prolongateur d'autonomie, prix cible et convoi commémoratifYugo Yugo
- Pourquoi une usine yougoslave pouvait construire des Fiat sous licence — le non-alignement titiste comme clé de lectureZastava Zastava
- 1953-1955 — le référendum ouvrier, les derniers Jeep Willys et la première Fiat de KragujevacZastava Zastava