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§ 12 · Culture documentation

Championnat du monde des rallyes 1973 — chronique rallye par rallye de la saison Alpine

Alpine A110 (Berlinette) · 7 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Cette fiche détaille, épreuve par épreuve, la campagne 1973 d'Alpine-Renault résumée dans 1973 — Alpine, premier champion du monde des rallyes constructeurs. Les numéros de châssis mentionnés correspondent aux voitures d'usine réellement engagées.

Monte-Carlo (19-26 janvier)

270 partants, 51 arrivants, 9 villes de départ (Almeria, Athènes, Francfort, Monte-Carlo, Oslo, Reims, Glasgow, Varsovie, Rome) pour environ 2 500 km de parcours de concentration. Six berlinettes officielles sont engagées, dont deux modèles 1972 : n°23 Piot/Marnat (6ᵉ), n°18 Andruet/« Biche » (victoire), n°4 Thérier/Callewaert (5ᵉ), n°15 Andersson/Todt (2ᵉ), n°1 Darniche/Mahé (10ᵉ), n°21 Nicolas/Vial (3ᵉ). Darniche évite de justesse un chien au pont des Miolans ; Andersson, vainqueur 1971 sur une voiture rodée depuis 11 jours seulement, se montre très régulier ; les pilotes se plaignent d'un manque de souplesse moteur lié à l'étagement spécifique de la boîte « MC » (voir Boîtes de vitesses de l'A110 — de série et en compétition). Piégé par la neige dans la spéciale du Burzet (650 clous par pneu insuffisants face à la « burle »), Darniche perd toute chance de victoire. Dans le final montagneux (Turini, Couillole, Madone), Andruet crève deux fois mais profite des crevaisons répétées d'Andersson et d'un ravitaillement manqué chez les mécaniciens de Nicolas (passage en réserve) pour l'emporter. Alpine signe un triplé, six voitures d'usine terminant dans les dix premières. C'est la dernière course de Jean-Claude Andruet sous les couleurs Alpine avant son départ chez Lancia (voir La fin de la carrière sportive de l'A110 face à la Lancia Stratos (1974-1975)).

Suède (15-18 février)

Engagement surprise, non prévu initialement : un cadeau de mariage de Jacques Cheinisse à Jean-Luc Thérier, marié deux jours plus tôt. Thérier ne connaît pas le parcours et s'appuie sur les notes de Jean-Pierre Nicolas ; le règlement interdit cette année les pneus cloutés. Malgré quatre sorties de route (une cinquième ouvrant le train avant, réparé en cannibalisant la roue avant d'un spectateur pour une rotule défaillante), Thérier signe une 3ᵉ place inattendue — le meilleur résultat jamais obtenu par un non-Scandinave sur cette épreuve. 12 points inscrits.

Portugal - TAP (13-18 mars)

Parcours commun de 2 800 km divisé en 32 spéciales au départ de Coimbra. Triplé Alpine dès la deuxième spéciale, Darniche en tête. Thérier conserve le même moteur que celui du Monte-Carlo, toujours sans signe de fatigue, mais souffre de ses freins et de sa radio ; il gagne 9 des 11 dernières spéciales. Nicolas, gêné par des problèmes de pompe à essence, préfère changer une roue crevée plutôt que de risquer la casse du différentiel (l'A110 usine embarque trois pompes à essence). Darniche, lui, subit deux crevaisons, dont une qui casse la tringlerie de boîte (obligeant son copilote Alain Mahé à tenir le levier en permanence) puis le différentiel, entraînant l'abandon. Thérier et Nicolas prennent finalement les deux premières places sous les ovations du public d'Estoril.

Maroc (8-13 mai)

5 000 km, 11 épreuves. Nicolas hérite d'une des six voitures à caisse lourde et roues de 6 pouces, entièrement doublée sous caisse (pare-pierre remontant sur les bas de caisse), aux couleurs bleu-blanc-rouge à bandes noires reprenant le losange Renault ; son moteur provient de la voiture de Piot au Monte-Carlo. Darniche, encore une fois victime d'un animal (une vache cette fois), fausse son train avant. Thérier casse une fusée mais répare grâce au lot de bord (une heure perdue dans le sable), puis regagne des places. Nicolas casse un roulement de roue arrière, perd du temps, se fait dépasser par la DS de Bob Neyret, puis casse un étrier de frein et sort de la piste, rétrogradant de la 2ᵉ à la 5ᵉ place. Thérier remonte de la 17ᵉ à la 7ᵉ place en remportant une troisième spéciale. Darniche l'emporte avec 19 minutes d'avance. 66 partants, 12 arrivants dont les trois Alpine.

Pologne (12-15 mai)

Engagement hors calendrier initial, saisi comme opportunité de points supplémentaires. Thérier/Mahé sur une voiture neuve type Acropole équipée de la boîte de leur Maroc et du moteur de Piot au Monte-Carlo. L'épreuve tourne à la catastrophe organisationnelle (temps de passage irréalistes, road-book mal transmis) : Thérier, pourtant meilleur temps sur plusieurs spéciales et remportant les quatre dernières, est déclaré hors course pour avoir franchi une ligne d'arrivée « à l'envers » lors de la 50ᵉ spéciale. Seules trois voitures seront finalement classées, majoritairement des modèles du bloc soviétique.

Acropole (23-28 mai)

420 km de spéciales sur terre ; amortisseurs Bilstein remplaçant les Alliquant, roulements à cage acier remplaçant les modèles plastique défaillants au Maroc. Nicolas roule sans différentiel autobloquant (casse au Portugal) et doute de ses chances. Darniche, souffrant d'une sciatique, laisse le volant à Alain Mahé pour les premières spéciales avant d'abandonner. Thérier, moteur et boîte neufs, est intouchable sur ce terrain (7 scratchs sur 9 dans la première étape, 9 sur 10 dans la seconde) malgré une crevaison, un cylindre perdu lors d'une réparation et un cric qui traverse la coque. Nicolas, gêné par un embrayage fatigué obligeant son copilote Michel Vial à pousser la voiture puis à sauter en marche, termine 3ᵉ derrière Aaltonen (Fiat 124). Victoire Thérier.

Autriche des Alpes (12-14 septembre)

2 300 km, 30 spéciales majoritairement sur pistes forestières. Les pistes rapides ne conviennent pas aux Alpine, en difficulté face aux BMW et Saab. Darniche, gêné par sa garde au sol insuffisante (la voiture glisse sur son blindage sans que les roues touchent le sol), chute de la 6ᵉ à la 13ᵉ place avant de remonter à la 5ᵉ sur mobilisation de Jacques Cheinisse, puis remporte les deux dernières spéciales et prend la tête du classement. BMW dépose une réclamation ; Warmbold est finalement déclaré vainqueur un an plus tard sur tapis vert, Darniche perdant sa victoire. La FIA retire dans la foulée le plus vieux rallye du monde de son calendrier.

San Remo (10-13 octobre)

1 780 km, 37 spéciales sur un terrain comparable au parcours commun du Monte-Carlo, favorable aux berlinettes. Darniche multiplie les tonneaux dès la première spéciale, sa voiture est détruite. Thérier roule sur le tout dernier châssis produit en 1973 ; l'annonce de la mort de François Cevert traverse le paddock au même moment, et les commissaires refusent un temps d'engager les Alpine pour un arceau non fixé au châssis — un problème que la finesse organisationnelle de Jacques Cheinisse permet de résoudre. Thérier, en pneus racing sur la terre, met 43 secondes à la BMW de Warmbold dès la première spéciale et enchaîne 9 scratchs. Nicolas, gêné par une crevaison et un cric qui traverse à nouveau la coque, perd 9 minutes. Troisième victoire de la saison pour Thérier.

Grande-Bretagne (17-21 novembre)

Reconnaissances interdites sur cette épreuve, terrain de prédilection pour l'improvisation de Thérier — jusqu'à une rupture d'axe d'allumeur qui met fin prématurément à sa course alors qu'il pointait 4ᵉ. Nicolas, avec le moteur récupéré de la voiture détruite par Darniche à San Remo, remonte de la 10ᵉ à la 5ᵉ place en signant deux scratchs lors de la seconde étape. Le titre mondial est mathématiquement acquis pour Alpine à l'issue de cette épreuve — même déclassée de la victoire d'Autriche, Fiat reste trop loin au classement pour rattraper Alpine.

Tour de Corse (1-2 décembre)

Ambiance particulière : Alpine étant déjà sacrée, plusieurs écuries boudent ce rallye, terrain de prédilection historique des berlinettes ; le choc pétrolier fait planer une menace d'interdiction gouvernementale de l'épreuve, finalement maintenue. Six A110 sont engagées, dont Darniche/Mahé sur une voiture inaugurant les trains triangulés de l'A310 et l'injection Mignotet — abandon sur rupture d'arbre de roue alors qu'ils pointaient 3ᵉ, la voiture n'étant pas encore au point. Nicolas, très régulier tout au long de la saison sans jamais gagner, se fixe cette victoire comme objectif : dès la première spéciale il attaque malgré un tête-à-queue, puis enchaîne quatre scratchs. Thérier, encore en course pour le titre des pilotes, sécurise une régularité suffisante. Lors d'un ravitaillement à Aullène, six berlinettes se présentent simultanément aux quatre mécaniciens ne disposant que de deux crics rapides (« lève-vite »). Thérier voit son câble d'accélérateur se bloquer en position ouverte — un incident qu'il est, selon le récit de l'époque, l'un des seuls pilotes capables de surmonter en conditions de course. Nicolas termine l'épreuve en tête sur le seul rapport de boîte qui lui reste, après avoir heurté un parapet. Victoire Nicolas/Vial ; Thérier termine officieusement champion du monde des pilotes de la saison.

Bandama (28-30 décembre)

Seul engagement hors d'Europe de la saison pour Alpine. À la demande du pilote Jean-Pierre Jabouille, des entrées d'air sont spécialement créées sur le toit de la voiture pour affronter la chaleur ivoirienne. Dès la première épreuve le train avant s'ouvre ; à la seconde, une rupture de fusée provoque une sortie de route à près de 150 km/h — abandon.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
lesalpinistes.com (auteur Fabien Cuvillier)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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