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§ 01 · Histoire et modèles

L'origine du nom « Countach » — enquête sur une étymologie disputée

Lamborghini Countach · 1974–1990 · 3 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

Une rupture avec la tradition tauromachique

Contrairement à la quasi-totalité des autres noms de modèles Lamborghini, associés à des taureaux de combat célèbres ou à la tauromachie (voir origine-nom-miura-taureaux-lamborghini dans lamborghini-miura/), le nom « Countach » rompt avec cette tradition. Il apparaît fin 1970 ou courant 1971, au tout début du projet LP112 (voir Le projet LP112 : genèse de la Countach sous la direction de Paolo Stanzani (1970)).

Le récit détaillé de Marcello Gandini lui-même

La version la plus précise et la mieux sourcée est celle racontée directement par Marcello Gandini en 2018, dans un article publié par Lamborghini lui-même sur son propre site (« Not Just Bulls: The Creator Tells Us the Story Behind the Name Countach »). Selon ce récit de première main :

Un ouvrier « profileur » (chargé de la réalisation des serrures) travaillant de nuit avec l'équipe de Bertone pour préparer les salons — un homme d'environ deux mètres, aux mains énormes, qui ne s'exprimait quasiment qu'en piémontais, une langue très différente de l'italien et sonnant presque comme du français — avait l'habitude de lâcher l'exclamation « countach » pour ponctuer son travail. Le mot, selon Gandini, signifie littéralement « peste » ou « contagion », mais s'emploie en réalité bien plus souvent pour exprimer l'étonnement, voire l'admiration — un peu comme on dirait « bigre » ou « ça alors ». Une nuit, par jeu et pour se donner du courage entre collègues épuisés, Gandini propose de baptiser ainsi la voiture, sans y croire vraiment. Il demande alors à Bob Wallace, présent sur place pour s'occuper de la mécanique, comment le mot sonne à une oreille anglo-saxonne ; Wallace le prononce à sa manière, et l'essai est jugé concluant. Le nom est aussitôt adopté. Gandini conclut lui-même son récit en le qualifiant de « seule histoire vraie » derrière ce mot — une formule qui, en creux, reconnaît l'existence d'autres versions concurrentes qu'il entend précisément corriger.

Une version populaire différente : l'anecdote attribuée à Bertone

Wikipédia en français rapporte une version sensiblement différente et bien plus répandue dans la culture populaire : ce serait l'industriel turinois Nuccio Bertone lui-même qui aurait lâché l'exclamation d'étonnement en voyant la voiture sortir sur route pour la première fois. Cette version, plus courte et plus simple à raconter, ne correspond pas au récit détaillé de Gandini (qui n'attribue jamais le mot à Bertone, mais à un ouvrier anonyme de l'atelier) — ce corpus retient donc les deux versions côte à côte, sans trancher artificiellement, la version de Gandini bénéficiant d'un niveau de détail et d'une source primaire (le témoignage direct du designer, publié par le constructeur) qui lui donne davantage de crédit, sans pour autant invalider formellement l'autre.

Une piste étymologique plus ancienne : la peste de Turin de 1630

Plusieurs sources de presse automobile (motor1.com, carslesstraveled.com) creusent l'origine du mot piémontais lui-même au-delà de l'anecdote de l'atelier Bertone. Le terme « countach » proviendrait de « ël contacc », la forme piémontaise de « il contagio » (la contagion), une expression qui remonterait à la grande peste ayant frappé la ville de Turin en 1630 — un cri de détresse ou une mise en garde à l'origine, réemployé au fil des siècles comme une exclamation généraliste, tour à tour vulgaire ou simplement admirative selon le ton et le contexte. Cette nuance sur l'ampleur de la connotation — certaines sources précisant que le registre du mot va « du plutôt vulgaire jusqu'à l'étonnement pur » selon la manière dont il est prononcé — est généralement absente des versions officielles ou grand public de l'anecdote, qui préfèrent la présenter comme une simple marque d'admiration.

Ce que ce corpus retient

Trois niveaux d'information distincts, à ne pas confondre :

  1. Le récit précis de l'anecdote d'atelier (Gandini, source primaire) : un ouvrier piémontais, pas Bertone.
  2. La version populaire simplifiée (largement répétée, y compris par Wikipédia en français) : Bertone himself — non confirmée par le témoignage du designer.
  3. La racine linguistique du mot : une expression piémontaise ancienne liée à la contagion/peste, à la connotation plus rude que ne le laisse penser la traduction édulcorée en « fabuleux » ou « bigre ».

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org ; lamborghini.com ; motor1.com ; carslesstraveled.com
Date d'extraction
13 sept. 2026
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