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§ 01 · Histoire et modèles

La Fulvia HF Competizione — le prototype De Tomaso/Tjaarda et le piège tendu à Ford

Lancia Fulvia · 1963–1976 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Parmi toutes les découvertes de ce dossier, celle-ci est sans doute la plus inattendue : un unique prototype Fulvia, aujourd'hui passé en vente chez RM Sotheby's, est directement lié à la manœuvre qui a précipité le rachat de Lancia par Fiat en 1969.

Une commande d'Alejandro De Tomaso

À la fin des années 1960, l'industriel italo-argentin Alejandro De Tomaso, alors propriétaire de la carrosserie turinoise Ghia, confie à son directeur du style Tom Tjaarda le dessin d'une version radicalement modernisée d'une voiture de compétition Lancia. Le projet s'appuie sur l'expérience acquise en course avec la petite série Fulvia Sport 1,3 Competizione (voir La Sport Zagato en endurance — 24 Heures de Daytona et Targa Florio, une carrière discrète mais réelle), dont les techniciens de De Tomaso reprennent et approfondissent les enseignements. Tjaarda expose lui-même les choix stylistiques et techniques du projet dans un article du magazine AutoStyle de février 1969 — la voiture n'étant pas conçue comme un simple exercice de style, mais comme un véritable laboratoire technique destiné à irriguer la production de série.

Le vrai objectif : piéger Ford

Selon plusieurs sources anglophones spécialisées (Motor1, Conceptcarz, Robb Report), la finalité réelle du projet dépasse largement l'exercice de style automobile : De Tomaso, convaincu de pouvoir intéresser Ford à Lancia en présentant la marque comme un rival crédible de Ferrari, cherchait en réalité à pousser le constructeur américain — dirigé par son ami Lee Iacocca — à racheter Lancia, dans l'espoir d'en devenir lui-même le PDG une fois l'opération conclue. La Fulvia HF Competizione, présentée aux Salons de Genève et de Turin de 1969, aurait ainsi servi de « piège au miel » (honey trap) destiné à démontrer un potentiel sportif que Lancia elle-même peinait à financer. Le stratagème échoue : Fiat, ayant eu connaissance de la manœuvre, décide de devancer Ford et rachète Lancia dès l'automne 1969 (voir Le rachat de Lancia par Fiat (1969) et ses conséquences sur la Fulvia).

Une refonte technique complète, pas un simple habillage

Le style, particulièrement anguleux et tendu par rapport au Coupé et à la Sport de série, répond à des problèmes concrets identifiés en compétition sur la Fulvia Sport : refroidissement insuffisant du groupe motopropulseur, aération médiocre de l'habitacle, et surtout un train arrière instable dû à un dimensionnement inadapté des lames de ressort par rapport à la charge. Les modifications comprennent :

  • un capot avant à ouverture intégrale pour un accès facilité à la mécanique ;
  • un circuit de refroidissement entièrement repensé, avec un radiateur plus large et plus bas, incliné vers l'avant, et pour la première fois un vase d'expansion — un équipement que Lancia elle-même n'a jamais adopté en série sur la Fulvia ;
  • un abaissement de 30 mm du groupe motopropulseur, exigence expresse de De Tomaso pour abaisser le centre de gravité, qui impose la conception d'un tout nouveau sous-châssis auxiliaire en tubes carrés, plus léger que l'original en aluminium coulé ;
  • le remplacement de la suspension arrière à essieu rigide et lames longitudinales par des bras oscillants longitudinaux inclinés à 10° associés à des combinés ressort-amortisseur — une suspension arrière indépendante que la Fulvia de série n'aura jamais.

Faute de disponibilité du moteur 818.540 (1,6 litre) au moment de la construction, le prototype reçoit un bloc 818.342 (1,3 litre en évolution course) associé à la boîte 5 vitesses « testone », déjà homologuée par l'ACI/CSAI depuis juillet 1968 pour la clientèle sportive (voir La boîte de vitesses Fulvia — du 4 rapports dérivé de la Flavia au 5 rapports « testone »).

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Provenance de cette fiche
Site source
fulviaclub.it
Date d'extraction
12 sept. 2026
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