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§ 02 · Moteur

Le bras de fer Lancia-Ferrari pour le moteur V6 Dino

Lancia Stratos HF · 1973–1978 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

L'un des épisodes les plus racontés de l'histoire de la Stratos est aussi l'un des mieux documentés par croisement de sources : la difficulté, pendant près d'un an, à obtenir d'Enzo Ferrari les moteurs indispensables au projet.

Un moteur choisi avant même d'être garanti

Dès l'origine du projet, le choix technique se porte sur le V6 « Dino » 2,4 litres à 65°, dérivé d'un moteur de monoplace de Formule 2 dessiné à la fin des années 1960, et déjà utilisé sur la Ferrari Dino 246 GT/GTS et la Fiat Dino. Plusieurs alternatives internes au groupe Fiat sont pourtant étudiées puis écartées, selon Stellantis Heritage : le moteur à plat de la Lancia Flavia, et le V6 de la Fiat 130. Selon storiedirally.it, la direction de Fiat elle-même pousse un temps pour l'adoption du futur 2 litres de la Fiat 132 — celui-là même qui équipera plus tard la Fiat 131 Abarth (voir Le moteur Twin Cam Lampredi de la 131 Abarth — 16 soupapes, une première chez Fiat dans le corpus dédié) — par souci d'économie et de cohérence industrielle. Mais aucune de ces solutions n'offre la puissance et la sonorité recherchées par Cesare Fiorio pour sa future arme de rallye.

Enzo Ferrari, réticent à armer un « rival » du même groupe

Le nœud du problème est humain autant que technique : Enzo Ferrari se montre longtemps réticent à fournir son propre V6 à une voiture qu'il perçoit comme une concurrente directe de sa Dino 246, alors même que les deux marques appartiennent au groupe Fiat depuis le rachat de Ferrari en 1969. Selon Wikipédia (IT et EN), l'accord ne sera définitivement acquis qu'après la fin de la production de la Dino elle-même, lorsque son propre moteur n'a plus de descendance commerciale à protéger.

Une négociation à rebondissements, documentée mois par mois

Les sources italiennes permettent de reconstituer une chronologie précise de l'année 1972. Le 2 février, Enzo Ferrari appelle personnellement Pier Ugo Gobbato pour le féliciter de la victoire de la Fulvia Coupé au Rallye de Monte-Carlo, et se dit prêt à fournir 500 moteurs pour la Stratos. Dès début mars, des difficultés surgissent côté production à Maranello. En mai, Ferrari livre malgré tout dix moteurs Dino au Reparto Corse Lancia pour équiper les premiers prototypes. Début novembre, la Stratos fait ses débuts en rallye international au Tour de Corse, sans qu'aucune certitude n'existe encore sur la fourniture des 500 moteurs nécessaires à l'homologation. C'est finalement Pier Ugo Gobbato qui débloque la situation en menaçant de se tourner vers un motoriste concurrent : le V6 3,0 litres de la Maserati Merak, alors sous le contrôle de Citroën — une option relayée, selon storiedirally.it, directement auprès de l'avocat Gianni Agnelli. Ce risque de voir un moteur « Trident » sous le capot d'une Lancia fait tomber les dernières résistances de Maranello. Le 14 décembre 1972, Ferrari donne son accord définitif à Gobbato ; l'accord légal est signé le 11 février 1973.

Une contrepartie méconnue : Munari et Fiorio « prêtés » à Ferrari

Selon l'édition italienne de Wikipédia, l'accord comporte une clause restée peu connue du grand public : en échange de la fourniture des moteurs, Ferrari obtient le « prêt » du pilote Sandro Munari et du directeur sportif Cesare Fiorio pour la Targa Florio 1972 — épreuve que la Scuderia Ferrari remporte effectivement cette année-là avec l'équipage Merzario-Munari au volant d'une 312 P. L'anecdote illustre bien l'esprit de troc qui a présidé à la naissance mécanique de la Stratos.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
it.wikipedia.org + en.wikipedia.org + storiedirally.it + stellantisheritage.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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