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§ 02 · Moteur

La 604 D Turbo — la première berline Diesel suralimentée commercialisée en Europe

Peugeot 604 · 1975–1985 · 4 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

En février 1979, Peugeot lance la 604 D Turbo, présentée en France comme la première voiture vendue en Europe équipée d'un moteur Diesel suralimenté par turbocompresseur. L'affirmation, très largement reprise depuis, mérite d'être formulée avec la précision qu'apportent les sources croisées pour ce corpus : elle est exacte pour le marché européen, mais Wikipédia rappelle que la Mercedes-Benz 300 SD, dotée d'un cinq-cylindres Diesel turbocompressé, était déjà commercialisée en Amérique du Nord depuis 1977. La 604 reste donc la pionnière européenne du genre, un an avant que Mercedes n'introduise à son tour un Diesel turbo sur le Vieux Continent avec la 300 TD Turbodiesel.

Un pari à contre-emploi de l'image du haut de gamme

L'idée peut sembler paradoxale pour un modèle censé incarner le prestige : greffer un Diesel sur le vaisseau amiral de la marque, à une époque où ce type de motorisation reste associé aux gros rouleurs plutôt qu'aux clientèles aisées. Mais le contexte l'explique. Chez Citroën, la CX a osé le Diesel dès 1976, et celui-ci représente déjà, à la fin de la décennie, plus de la moitié des ventes du modèle sans nuire à son image haut de gamme (voir citroen-cx/02-moteur/moteur-diesel-2200d-2500d-turbo-cx.md). Outre-Rhin, Mercedes vend sans difficulté des Série 123 Diesel en Europe et un cinq-cylindres suralimenté sur la Classe S nord-américaine. Ces deux précédents convainquent Peugeot que le turbocompresseur peut débarrasser le Diesel de son principal défaut — une puissance trop faible, rédhibitoire pour l'agrément de conduite — sans sacrifier l'image du modèle.

Un savoir-faire Diesel déjà ancien chez Peugeot

Peugeot n'improvise pas : par le biais de sa filiale Indenor (Société Industrielle de l'Est et du Nord), le constructeur équipe des voitures de tourisme en Diesel depuis la 403 « D » de 1958, longtemps seul constructeur généraliste français dans ce cas (voir la lignée complète, déjà documentée, dans peugeot-504/02-moteur/moteur-diesel-indenor-504.md). Le bloc retenu pour la 604 est le 4 cylindres Indenor de 2 304 cm³, qui développe 70 ch à 4 500 tr/min et 13,4 m⋅kg de couple dans la 504. L'ajout d'un turbocompresseur Garrett ne porte la puissance qu'à 80 ch DIN à 4 150 tr/min — un gain modeste de 10 chevaux — mais la vraie transformation se joue sur le couple, qui bondit de 40 % pour atteindre 18,8 m⋅kg dès 2 000 tr/min : c'est la souplesse d'utilisation, bien plus que la puissance de pointe, que le turbo vient corriger.

Premier essai de presse : l'enthousiasme d'André Costa (avril 1979)

Le magazine L'Auto-Journal publie en avril 1979 le tout premier banc d'essai de la 604 Diesel, sous la plume du journaliste André Costa, qui salue un agrément de fonctionnement comparable, selon lui, à celui d'un petit V8 — au point de juger la boîte automatique presque superflue tant les changements de rapports se font rares. Il note cependant, sans complaisance, que la finition de la version Diesel ne dépasse guère celle d'une 504, en délicate contradiction avec le statut de vaisseau amiral de la voiture. La consommation, en repli de près de 40 % par rapport à la version V6, séduit une partie de la clientèle recherchant un long-courrier économique plutôt qu'une démonstration de prestige pur — voir aussi l'appréciation détaillée dans La 604 au volant — des impressions de conduite de 1975 à 2024.

Une commercialisation qui ne sauve pas la 604, mais la maintient

Sur le plan commercial, l'apport de la D Turbo reste modeste : en 1979, elle permet tout juste à la 604 de maintenir ses volumes de production par rapport à l'année précédente, sans inverser la tendance. Dès 1980, la production entame un déclin qui ne s'arrêtera plus. Selon newsdanciennes.com, la version Diesel finira néanmoins par représenter, à certaines périodes, jusqu'à la moitié des ventes totales de la 604 — un renversement complet par rapport à l'image de départ d'une voiture pensée exclusivement autour de son six-cylindres prestigieux.

Évolutions et renommages (1981-1985)

Au fil des millésimes, la gamme Diesel évolue par petites touches :

  • 1981 : la boîte automatique GM, jugée peu fiable, cède la place à une boîte ZF ; les versions D Turbo « Grand Confort » deviennent SRD Turbo, tandis que la D Turbo de base devient GRD Turbo et gagne une boîte 5 rapports.
  • 1983 : la GRD Turbo est supprimée, ne laissant plus que la SRD Turbo au catalogue Diesel.
  • 1984 : à l'occasion du lancement du GTI essence, la SRD Turbo est remplacée par la 604 GTD Turbo, dotée du nouveau bloc XD3T de 2 498 cm³ et 95 ch — l'ultime évolution du Diesel Indenor turbocompressé, atteignant 165 km/h.

Un dernier clin d'œil, un peu amer, à l'histoire de ce moteur : ce même bloc Diesel turbocompressé sera repris tel quel sur la Peugeot 505, où il équipe des versions nettement moins chères et moins gourmandes que la 604 pour des performances presque équivalentes — privant d'autant la grande routière du peu d'arguments distinctifs qui lui restaient (voir peugeot-505/02-moteur/moteur-diesel-indenor-xd2-xd3-505.md pour le détail de cette version chez la 505).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
carjager.com (Nicolas Fourny, ESJ Paris), fr.wikipedia.org, club604peugeot.fr, newsdanciennes.com
Date d'extraction
13 sept. 2026
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