Réception et controverse esthétique de l'Ami 6 à son lancement
Un choc, pas seulement une curiosité
Présentée le 24 avril 1961 sur l'aérodrome militaire de Villacoublay — simultanément dans plusieurs grandes villes européennes —, l'Ami 6 déroute la presse et le public. Wikipédia rapporte que certains observateurs qualifient sa ligne de « baroque » ; la face avant, avec son capot plongeant et ses phares rectangulaires cerclés de chrome, vaut à la voiture, selon le site Deudeuchmania, le surnom moqueur de « crapaud ». Le profil en Z, moins choquant que la face avant selon la même source, n'en reste pas moins jugé étrange à une époque où les carrosseries européennes évoluent vers des lignes plus fluides — la Simca 1000 et la Renault 8, aux profils nettement plus conventionnels, sortent la même année.
Des ventes qui déçoivent, puis reculent
Les qualités intrinsèques du véhicule — confort, habitabilité, souplesse mécanique héritée de la 2 CV — sont unanimement saluées dès les premiers essais. Mais le style pénalise la voiture sur le plan commercial : les ventes de la berline sont inférieures aux attentes de Citroën dès 1961-1962, et Deudeuchmania rapporte qu'elles reculent encore en 1963. La Renault 4, lancée la même année 1961, talonne directement l'Ami 6 sur ce terrain commercial, davantage que ne le fait la 2 CV elle-même.
Le break comme réponse à une crise, pas comme simple extension de gamme
Ce point mérite d'être souligné car il nuance le récit convenu d'une controverse purement esthétique restée sans conséquence commerciale réelle : face au recul des ventes de la berline, Citroën étudie plusieurs solutions de sauvetage, et retient une carrosserie break — carrosserie que Pierre Bercot avait pourtant longtemps snobée, la jugeant trop « utilitaire » pour diversifier la clientèle plutôt que la vendre comme simple véhicule de charge. Deudeuchmania précise que dès la fin de l'été 1962, le carrossier Heuliez disposait déjà d'un break Ami 6 achevé et homologué à titre d'étude, qui sert de base d'inspiration aux équipes de style de Citroën pour dessiner la version définitive. Bercot valide le projet, contraint par les chiffres de vente décevants de la berline. Le break Ami 6, dont le profil abandonne la lunette inversée pour une ligne de toit conventionnelle plus rassurante, est présenté au Salon de l'automobile de Paris en octobre 1964 (voir Le break Ami 6 — de l'étude Heuliez au succès qui dépasse la berline).
Un retournement rapide et durable
Le pari fonctionne au-delà des attentes : dès 1965, le break représente déjà près des deux tiers des ventes d'Ami 6, et devient l'un des rares exemples dans l'histoire automobile où la version break d'un modèle dépasse durablement sa version berline en volumes. C'est ce redressement commercial, porté par le break, qui permet à l'Ami 6 de devenir en 1966 la voiture la plus vendue en France (voir L'Ami 6, voiture la plus vendue en France — une seule année, précisément datée) — un succès obtenu, paradoxalement, en partie en s'éloignant du parti pris esthétique qui avait fait la singularité de la berline à son lancement.
Voir aussi
- Site source
- deudeuchmania.over-blog.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Le break Ami 6 — de l'étude Heuliez au succès qui dépasse la berlineCitroën Ami (6, 8, Super, M35) · Histoire et modèles
- La lunette arrière inversée — genèse d'un choix esthétique contraintCitroën Ami (6, 8, Super, M35) · Histoire et modèles
- Un débat esthétique qui n'a jamais vraiment cesséCitroën Ami (6, 8, Super, M35) · Culture documentation
- L'Ami 6, voiture la plus vendue en France — une seule année, précisément datéeCitroën Ami (6, 8, Super, M35) · Histoire et modèles
- La lunette arrière inversée — genèse d'un choix esthétique contraintCitroën Ami (6, 8, Super, M35)
- Le break Ami 6 — de l'étude Heuliez au succès qui dépasse la berlineCitroën Ami (6, 8, Super, M35)
- Un débat esthétique qui n'a jamais vraiment cesséCitroën Ami (6, 8, Super, M35)
- L'Ami 6, voiture la plus vendue en France — une seule année, précisément datéeCitroën Ami (6, 8, Super, M35)