L'Ami 8 (1969) — le restylage d'Opron et la fin de la ligne en Z
Une singularité qui s'épuise
L'Ami 6 présente, selon l'analyse de l'Amiclub de France, plusieurs singularités dans l'histoire de Citroën : étudiée en seulement trois ans (1958-1961) là où la 2 CV et la DS ont chacune nécessité plus d'une décennie, seule berline trois-volumes de la marque avant l'actuelle C5, et seul modèle Citroën des années 1960 à n'avoir jamais été véritablement restylé pendant sa carrière — carrière au demeurant la plus courte des trois Citroën de la décennie (8 ans, contre 42 pour la 2 CV et 20 pour la DS). Au tournant des années 1970, la ligne en Z, avec ses références stylistiques américaines des années 1950, paraît datée face à une clientèle qui recherche désormais des lignes plus fluides et « européennes ».
Le projet AM3, confié à Robert Opron
À la mort de Flaminio Bertoni en février 1964, Robert Opron reprend la direction du style Citroën dès juin de la même année, à la demande personnelle de Pierre Bercot — reprise d'abord prudente des modèles déjà dessinés par Bertoni (retouches sur la 2 CV, phares pivotants de la DS 1968). En 1968, Bercot lui confie le remplacement de l'Ami 6, projet désigné en interne AM3. Contrainte budgétaire majeure : l'étude du projet « F », qui doit donner naissance à la future GS, a déjà coûté cher, et Citroën investit prioritairement dans le moteur rotatif (voir Citroën M35 (1969-1971) — le laboratoire roulant à moteur Wankel sur base Ami 8). Opron doit donc réutiliser au maximum l'outillage existant : seuls les blocs avant et arrière de la caisse sont profondément retravaillés, la cellule centrale de l'Ami 6 étant conservée.
Une ligne harmonisée avec la future GS
Le capot plongeant « en crêpe » de l'Ami 6 disparaît, intégré à la baie de pare-brise. La ligne en Z cède la place à une silhouette fastback à troisième vitre, avec une petite porte de malle sous la lunette — une architecture que l'on retrouvera quelques années plus tard sur la GS et la CX. Les feux arrière sont intégrés aux ailes avec un effet vertical, dans le même souci d'harmonisation stylistique de la gamme à venir.
L'anecdote des phares
Opron avait initialement prévu d'équiper l'Ami 8 d'optiques complexes proches de celles de la future GS, séduisant Bercot par leur parenté visuelle avec le futur haut de gamme. Le coût de cette solution s'avérant prohibitif, le styliste est contraint de réutiliser les phares rectangulaires de l'Ami 6 — mais les presses de la nouvelle face avant étaient déjà réalisées sans emplacement prévu pour ces optiques. Opron doit alors dessiner dans l'urgence un enjoliveur en inox pour combler l'espace laissé vacant.
Lancement et campagne publicitaire
L'Ami 8 est dévoilée aux concessionnaires le 17 mars 1969, puis présentée au public au Salon de Genève. Elle reçoit du service des Mines la dénomination AM3. Le nom lui-même reste mystérieux : aucune source ne peut expliquer pourquoi Citroën retient le chiffre « 8 », qui ne correspond ni à une cylindrée ni à un nombre de cylindres selon l'usage habituel de la marque (2 CV, DS 19/20/21/23...) — une hypothèse avancée par l'Amiclub de France évoque un possible essai de motorisation avec un bloc Panhard de 850 cm³, disponible chez Citroën à l'époque mais jamais retenu. La campagne publicitaire joue sur ce mystère : l'affichage national pose la question « Quoi de huit ? », avant de répondre le mois suivant « Tout est neuf. C'est l'Ami 8 ». Les nouveaux catalogues rompent délibérément avec l'iconographie de l'Ami 6, recentrés sur le seul véhicule plutôt que sur des mises en scène familiales.
Une gamme initiale restreinte, vite étoffée
Au lancement, l'Ami 8 n'existe qu'en une seule carrosserie (limousine six glaces) et deux finitions, Confort et Club — cette dernière reprenant les codes de l'Ami 6 Club (baguettes de protection façon DS Pallas, joncs inox) mais abandonnant les doubles phares et les enjoliveurs Gala, jugés incompatibles avec la nouvelle ligne fluide. Mécaniquement, l'Ami 8 reprend sans changement le moteur M28/AM2 de fin de carrière de l'Ami 6 (35 ch SAE), pour un maximum de 123 km/h. Malgré l'absence de version break au lancement, le succès est immédiat : 124 418 Ami 8 trouvent preneur dès la seule année 1970 (66 702 berlines, 54 254 breaks — introduits en septembre 1969 — et 3 462 Service).
Une fin de carrière plus discrète que celle de la 2 CV
Les ventes s'effondrent progressivement dans la seconde moitié des années 1970 : de 124 418 unités en 1970, la gamme Ami tombe à 31 997 exemplaires vendus en 1977. La direction de Citroën, racheté par Peugeot fin 1974, décide alors d'arrêter le modèle sans grande cérémonie, le temps que le bureau d'études prépare un remplaçant sur base Peugeot 104. La berline Ami 8 quitte la production en juillet 1978, le break suit en septembre de la même année. Une simple note de service du 3 juillet 1978 acte la fin de carrière, sans annonce publique comparable à celle qui accompagnera l'arrêt de la 2 CV douze ans plus tard.
Un héritage direct sur la Visa
C'est la Visa, lancée en septembre 1978 (voir Septembre 1978 — le lancement de la Visa et la controverse du « groin » dans le dossier citroen-visa/, où trois sources indépendantes convergent sur cette date, corroborées par la datation interne d'une fonctionnalité empruntée par la GSA en juillet 1979), qui succède à l'Ami 8 — la quasi-simultanéité avec la fin de production de la berline Ami 8 en juillet 1978 est d'ailleurs plus cohérente industriellement que l'écart d'un an longtemps retenu dans cette fiche avant correction. La Visa en reprend la mécanique bicylindre, portée à 652 cm³, mais bénéficie enfin d'un hayon — cette carrosserie que Bertoni avait envisagée dès l'origine du projet AM et que Bercot avait toujours refusée (voir Le projet AM — combler le vide entre la 2 CV et la DS). Au total, la lignée Ami 6/8/Super cumule, sur dix-huit années de commercialisation, un peu moins de deux millions d'exemplaires (voir Ami 8 — chronologie technique détaillée 1969-1978 pour le détail des évolutions techniques de la période).
Voir aussi
- Le projet AM — combler le vide entre la 2 CV et la DS
- La lunette arrière inversée — genèse d'un choix esthétique contraint
- Ami 8 — chronologie technique détaillée 1969-1978
- L'Ami Super (1973-1976) — le moteur de la GS dans une carrosserie d'Ami
- La publicité de l'Ami — « la deuxième voiture idéale pour Madame » et « Quoi de huit ? »
- Site source
- amiclubdefrance.net
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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