Moskvitch-400 — l'origine du nom et la véritable histoire de la « copie » de l'Opel Kadett
Un nom apparu dans un décret de guerre
Le nom « Moskvitch » (littéralement, « habitant de Moscou ») apparaît pour la première fois dans un document officiel dès le 26 août 1945, dans le décret n° 9905 du Comité d'État pour la Défense de l'URSS, intitulé « Reconstruction et développement de l'industrie automobile nationale ». Ce texte fixe à novembre 1946 le délai de mise en production d'une nouvelle petite voiture pour le peuple soviétique. La paternité exacte du nom reste discutée : la tradition industrielle l'attribue à Oleg Dybov, alors adjoint au responsable des fabrications de l'usine MZMA, mais aucune source primaire ne permet de trancher définitivement cette attribution.
Une supercherie connue de tous mais jamais dite tout haut
En URSS, la ressemblance de la première Moskvitch-400 avec l'Opel Kadett K38 de 1938 n'était un secret pour personne — y compris pour les enfants, selon la formule d'un témoignage d'époque — mais elle ne pouvait être évoquée publiquement sans risque. La documentation officielle soviétique de l'époque (dont l'ouvrage Leninski Komsomol, 1976) préfère parler d'un travail d'« étude » mené par le bureau d'études sur plusieurs voitures étrangères rassemblées pour comparaison, sans jamais nommer l'Opel Kadett — un exemple typique de la manière dont la documentation officielle gommait la part d'emprunt technologique direct à l'Occident.
Ce que les archives révèlent réellement
Une consultation plus récente des archives gouvernementales de la Fédération de Russie vient nuancer et préciser sensiblement le récit traditionnel des « dommages de guerre ». Contrairement à une version longtemps répétée — y compris par l'ancien chef du bureau d'études de MZMA, Alexandre Andronov — selon laquelle l'URSS aurait simplement rapatrié une chaîne de production Opel saisie comme trophée de guerre, cette version se heurte à plusieurs objections factuelles sérieuses : l'usine Opel de Rüsselsheim, la plus importante du groupe, avait été largement détruite par les bombardements alliés, et surtout elle se trouvait dans la zone d'occupation américaine — ce qui rend improbable un simple prélèvement direct de son outillage par l'Armée rouge, dans la mesure où les accords interalliés attribuaient les dommages de guerre en priorité aux entreprises situées dans sa propre zone d'occupation.
Les archives montrent une réalité plus surprenante : une structure soviétique baptisée « Direction pour l'étude des sciences et techniques », active en Allemagne et employant 33 spécialistes soviétiques pour 440 ingénieurs et techniciens allemands répartis dans onze bureaux, a fait développer l'intégralité de la carrosserie et de l'outillage d'emboutissage de la future Moskvitch par une entreprise allemande sous-traitante, ESEM (Erzgebirgische Schnittwerkzeuge und Maschinenfabrik GmbH), installée à Schwarzenberg — une ville qui, dans les semaines ayant suivi la capitulation allemande de mai 1945 et avant l'arrivée des troupes soviétiques, s'était brièvement autoproclamée « République de Schwarzenberg » (jusqu'au 24 juin 1945), au point de battre sa propre monnaie. Fait cocasse, la même entreprise ESEM avait auparavant réalisé le prototype de la future Coccinelle Volkswagen pour le compte de Ferdinand Porsche.
Entre décembre 1945 et mai 1946, pour un coût de 471 500 marks, ESEM livre une maquette bois de carrosserie quatre portes, 268 plans de pièces de carrosserie et 319 pièces prototypes en aluminium. Des variantes techniques nettement plus ambitieuses que ce qui sera finalement produit — boîte à double embrayage automatique, pont arrière hypoïde à différentiel autobloquant, accélérateur électromagnétique — sont même étudiées par ces bureaux mixtes germano-soviétiques, mais abandonnées au profit d'une version bien plus simple, conforme aux besoins immédiats de l'après-guerre.
Ce qui reste incontestable
Ce que les archives ne remettent pas en cause, c'est le résultat final : la carrosserie berline quatre portes de la Moskvitch-400 reproduit fidèlement, y compris dans le dessin de sa calandre, celle de l'Opel Kadett K38 — à l'exclusion de l'Opel Olympia, pourtant plus moderne (moteur à soupapes en tête, habitacle plus spacieux) mais jamais retenue comme base. Opel elle-même n'avait produit qu'un cabriolet deux portes ; la version cabriolet quatre portes Moskvitch-420A est une création propre du bureau de Schwarzenberg. Les cinq premiers exemplaires de la Moskvitch-400 sont assemblés le 4 décembre 1946. Au 20 avril 1956, l'usine MZMA aura produit un total de 247 439 Moskvitch 400 et 401 (la version améliorée de 1954) confondues.
Voir aussi
- Site source
- sovietauto.fr ; en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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