Du Spider au Convertible — la genèse du B24 chez Pininfarina
Si le coupé B20 impose l'Aurelia comme référence du grand tourisme (voir Pourquoi le B20 est considéré comme la première Gran Turismo moderne), c'est le B24 — décapotable en deux générations bien distinctes, le Spider puis le Convertible — qui lui offre sa consécration esthétique la plus durable.
Une commande de Gianni Lancia pour une clientèle internationale
À la mi-1954, alors que le B20 GT a déjà fait ses preuves, Gianni Lancia souhaite un modèle décapotable encore plus exclusif, pensé dès l'origine pour séduire une clientèle cosmopolite et en particulier le marché américain. Le projet est confié à l'atelier Pininfarina de Grugliasco, sous la direction de Battista « Pinin » Farina lui-même — dont la philosophie de conception, déjà éprouvée sur la Cisitalia 202 de 1947 (exposée depuis au Museum of Modern Art de New York), privilégie la clarté des volumes et la retenue plutôt que la surenchère ornementale. Le travail quotidien de dessin revient à Franco Martinengo, styliste turinois qui dirigera bientôt le Centro Stile Pininfarina, épaulé par une équipe incluant notamment Francesco Salomone, Adriano Rabbone, Aldo Brovarone, Luigi Chicco et Giacomo Borgogno.
Un empattement raccourci et une silhouette inédite
Le prototype de pré-série apparaît à Turin fin 1954, construit sur une mécanique de B20 modifiée avec un capot abaissé. Par rapport au B20, l'empattement est raccourci d'environ 20 cm, plaçant l'habitacle presque au centre de la voiture entre un long capot et un arrière généreusement sculpté. La caisse, dépourvue de poignées de porte extérieures, adopte un pare-brise panoramique inséré dans un cadre de laiton chromé, une calandre Lancia réinterprétée et des pare-chocs séparés en quatre éléments distincts. Chaque exemplaire de cette première série de 240 « Spider America » est façonné à la main dans l'atelier Pininfarina.
Le pare-brise panoramique et la question de l'influence américaine
Le trait le plus caractéristique du Spider — son immense pare-brise galbé enveloppant l'habitacle — doit une partie de sa genèse à une source américaine clairement identifiée : la Chevrolet Corvette, dont la première génération, dévoilée dès 1953, avait inauguré un pare-brise de conception proche. Selon le témoignage rapporté du styliste Franco Martinengo lui-même, le studio Pininfarina, fort de son expérience récente sur la Nash-Healey Spider (1952) déjà pensée pour le goût américain, a délibérément puisé dans les codes stylistiques transatlantiques pour ce nouveau modèle destiné à l'exportation. La question de l'influence stylistique de l'Aurelia sur des modèles américains ultérieurs — parfois avancée en sens inverse dans la littérature enthousiaste — appelle en revanche une prudence méthodologique particulière, développée dans Aurelia B24 et Chevrolet Corvette — ce que la chronologie permet réellement d'affirmer.
Présentation à Bruxelles, pas à Genève
Contrairement à une confusion parfois répandue avec d'autres présentations Pininfarina de la période, le Spider B24 fait ses débuts officiels non pas à Genève mais au Salon de Bruxelles, en janvier 1955. Le communiqué de presse Lancia de l'époque le qualifie sans détour de « l'un des plus beaux spiders de tous les temps ». Commercialement, les tout premiers exemplaires sont badgés « Spider America », signe de la vocation exportatrice assumée du modèle : en 1955, le Spider est proposé à environ 5 830 dollars, à comparer aux 6 295 dollars d'une Aston Martin DB2/4 contemporaine.
1956 : le virage vers le Convertible, plus confortable, moins radical
Le changement de direction chez Lancia à la mi-1955, avec l'arrivée du groupe Pesenti (voir Le prix de l'excellence — comment l'Aurelia et le programme D50 ont contribué à la vente de Lancia), coïncide avec une révision en profondeur du décapotable : le Convertible America, dont le prototype est présenté au Salon de Turin d'avril 1956, remplace le pare-brise panoramique spectaculaire par un pare-brise plus classique à montants fins et déflecteurs, des portières plus hautes à vraies poignées et vitres à manivelle, des pare-chocs enveloppants en une seule pièce proches de ceux du B20, et une planche de bord simplifiée à deux grands cadrans. Le moteur, légèrement détuné pour la réglementation américaine, passe de 118 à 110 ch environ selon cette source (Wikipédia anglophone indique de son côté 112 ch pour la version routière de la même période — écart mineur documenté dans sources/verification-croisee.md). Produit de 1956 à 1958 en deux sous-séries (150 exemplaires en 1956, puis 371 jusqu'en 1958, toutes en conduite à gauche), le Convertible se vend en réalité mieux que le Spider qu'il remplace, tout en étant aujourd'hui moins recherché des collectionneurs, qui privilégient la rareté et le caractère plus radical du Spider d'origine.
Un dernier éclat : la « Speciale » et Brigitte Bardot (1958)
En 1958, Pininfarina construit un unique exemplaire « Speciale », basé sur une carrosserie B24 réinterprétée dans l'esprit de ce que serait un futur cabriolet Flaminia, présenté au Salon de Genève de 1958. Repérée à Paris la même année par Brigitte Bardot, qui l'achète sur-le-champ en exigeant une teinte et une sellerie personnalisées, cette voiture reste connue aujourd'hui sous le nom de « la Lancia de Brigitte Bardot » — un symbole de plus de l'aura de glamour international associée à ce modèle. Le B24 fut également utilisé, en version Convertible, comme voiture principale du film culte de Dino Risi Il Sorpasso (1962), un rôle documenté dans L'Aurelia dans la culture populaire — Tintin, Il Sorpasso et Brigitte Bardot.
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- Site source
- carrozzieri-italiani.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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