Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Le procès Tucker (octobre 1949 - janvier 1950) — déroulement, témoins et acquittement total

Tucker 48 · 4 min de lecture · extraite le 16 sept. 2026

Une ouverture de procès qui coïncide avec la fermeture de l'usine

Le procès s'ouvre le 4 octobre 1949, devant le juge fédéral Walter J. LaBuy. Ce même jour, l'usine de Chicago ferme définitivement ses portes : seuls 37 exemplaires de la Tucker '48 ont alors été achevés. Dans les semaines qui suivent, environ trois cents employés fidèles à l'entreprise — certains travaillant sans être payés — reviennent assembler treize voitures supplémentaires à partir des pièces et carrosseries déjà disponibles, portant le total des véhicules de série achevés à cette étape à 50 (le prototype « Tin Goose » n'étant pas comptabilisé séparément dans ce chiffre — voir Le recensement des 51 exemplaires — les quatre voitures aujourd'hui disparues (#1018, #1023, #1027, #1042) pour le détail des divergences de comptage).

Les accusés

Sont inculpés, aux côtés de Preston Tucker lui-même (46 ans au moment du procès) : Harold A. Karsten (58 ans), Floyd D. Cerf (61 ans, le courtier ayant organisé l'introduction en bourse, voir La fondation de la Tucker Corporation — financement par appel public à l'épargne et programme d'« accessoires »), Robert Pierce (63 ans), Fred Rockelman (64 ans), Mitchell W. Dulian (50 ans), Otis Radford (42 ans) et Cliff Knoble (42 ans). Tucker qualifie publiquement les charges retenues contre lui de « ridicules » et affirme voir dans le procès « une occasion d'expliquer notre version des faits ». La défense est conduite par l'avocat William T. Kirby.

L'accusation : une entreprise qui n'aurait jamais eu l'intention de produire

La thèse de l'accusation est que Tucker n'aurait, dès l'origine, jamais eu l'intention réelle de produire la voiture en série, utilisant le programme d'accessoires et l'appel public à l'épargne comme un simple moyen de lever des fonds sans contrepartie industrielle sérieuse (voir L'enquête de la Securities and Exchange Commission (1948-1949) — origines et nature des accusations). Les rapports classifiés de la SEC restent inaccessibles à la défense, qui doit se contenter des fuites parvenues à la presse. Des témoins à charge insistent sur le caractère rudimentaire des méthodes de développement — les suspensions ayant dû être installées à trois reprises avant de fonctionner correctement (voir La suspension indépendante en élastomère développée avec Firestone — trois versions successives), et certaines pièces du prototype provenant de casses automobiles.

Le témoin vedette de l'accusation, Daniel J. Ehlenz, concessionnaire à Saint-Paul (Minnesota), déclare avoir perdu 28 000 dollars dans l'aventure Tucker. Lors du contre-interrogatoire, il admet toutefois avoir personnellement conduit sa Tucker '48 à 90 mph (environ 145 km/h) après avoir parcouru 35 000 miles (environ 56 000 km) — une admission qui, loin d'appuyer la thèse d'une voiture fictive, démontre au contraire son fonctionnement réel. Le dernier témoin de l'accusation, le comptable de la SEC Joseph Turnbull, affirme que Tucker a perçu plus de 28 millions de dollars mais consacré moins d'un septième de cette somme à la recherche et au développement, et que Tucker aurait personnellement empoché 500 000 dollars sans livrer de voitures de série. Mais en contre-interrogatoire, Turnbull ne parvient pas à produire de preuve tangible à l'appui de l'accusation de fraude, concédant finalement, lorsqu'on lui demande si ces chiffres constituent une preuve de détournement frauduleux : « Pas exactement, non ».

Le témoignage de Tremulis et de Treese

Le styliste Alex Tremulis (voir Le dessin de la Tucker 48 — de George Lawson à Alex Tremulis, en passant par l'équipe new-yorkaise de Lippincott) témoigne que les méthodes de développement rudimentaires critiquées par l'accusation relevaient d'une pratique industrielle courante, citant à titre de comparaison les méthodes employées par General Motors lors du développement de l'Oldsmobile de 1942. Le vice-président Lee Treese déclare pour sa part que les opérations de Tucker étaient, dès juin 1948, prêtes à 90 % pour la production de masse, et que ce sont des interférences extérieures qui ont provoqué les retards accumulés depuis.

Une défense qui ne présente aucun témoin

De façon spectaculaire, la défense de Tucker ne fait comparaître aucun témoin. L'avocat Daniel Glasser justifie ce choix par une formule restée célèbre : « Il est impossible de présenter une défense là où il n'y a pas eu d'infraction. » Dans sa plaidoirie finale, Kirby en appelle avec émotion aux jurés à « cesser de dépecer la dinde » (« stop picking at the turkey »), les invitant à venir tester eux-mêmes, avant de voter, l'une des huit Tucker '48 garées devant le tribunal.

L'acquittement du 22 janvier 1950

Après 28 heures de délibération, le jury rend son verdict le 22 janvier 1950 : les accusés sont déclarés non coupables sur l'ensemble des chefs d'accusation. Si Tucker sort juridiquement blanchi de cette procédure — un point que ce corpus tient à souligner sans ambiguïté, l'acquittement étant total et non une simple relaxe partielle —, l'entreprise elle-même, privée depuis octobre 1949 de son usine, criblée de dettes et confrontée à une avalanche de procès intentés par des concessionnaires mécontents, ne s'en relève pas (voir La faillite de la Tucker Corporation — une entreprise ruinée par l'enquête avant même le verdict).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org
Date d'extraction
16 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci