L'usine Alfa Romeo du Portello — du site Darracq à la Giulietta
Naissance du site (1906)
L'usine du Portello, quartier du nord-ouest de Milan qui tire son nom d'une ancienne porte d'accès à la ville fortifiée, est construite en 1906 lorsque Alexandre Darracq transfère à Milan la production de la Società Italiana Automobili Darracq, jusque-là installée à Naples. Le quartier attire rapidement d'autres constructeurs et carrossiers (Isotta Fraschini, Citroën, FIAT, Carrozzeria Touring, Zagato, Carrozzeria Cesare Sala), en grande partie parce que leur activité dépend directement du voisinage du constructeur milanais. Racheté en 1910 par un groupe de financiers lombards après la faillite de Darracq, le site devient le berceau d'A.L.F.A. (voir Alfa Romeo avant la Giulietta — des origines à la crise d'après-guerre), avec un objectif de départ modeste de 300 châssis par an — pour comparaison, Ford produisait déjà 19 000 voitures aux États-Unis la même année 1910.
Croissance, guerres et reconstruction
L'usine s'agrandit à plusieurs reprises au fil de la croissance de la société : environ 300 salariés en 1914, plus de 2 200 dès 1919 sous l'effet de la diversification vers le matériel militaire pendant la Première Guerre mondiale, 6 000 en 1937, jusqu'à 8 000 pendant la Seconde Guerre mondiale. Considérée comme stratégique par l'occupant, l'usine subit trois bombardements majeurs en 1943-1944, qui la laissent en ruines à la fermeture d'octobre 1944. Le président de l'époque, Ugo Gobbato, meurt à la même période. La reconstruction complète de l'outil de production s'étale sur plusieurs années, avec un retour aux effectifs d'avant-guerre (près de 6 000 salariés) seulement vers 1950.
De l'artisanat à la chaîne de montage
Jusqu'en 1950, la production du Portello reste de nature semi-artisanale, limitée à l'assemblage de sous-ensembles en petites séries. Le tournant est amorcé par Giuseppe Luraghi, à la tête de la holding publique Finmeccanica qui contrôle Alfa Romeo : il transforme le site en structure industrielle moderne, agrandie et modernisée à plusieurs reprises pour suivre le succès de la 1900 puis, surtout, de la Giulietta — modèle pour lequel le constructeur se dote de sa toute première chaîne de montage complète (détails dans De l'artisanat à l'industrie — Rudolf Hruska et l'industrialisation du Portello).
Un voisin inattendu : la Renault Dauphine
Fait moins connu, le Portello a aussi accueilli, à partir du 3 juin 1959, une seconde ligne de production installée juste à côté de celle de la Giulietta : celle de l'Alfa Romeo Dauphine, réplique sous licence de la Renault Dauphine assemblée en Italie dans le cadre d'un accord de coopération permettant à Renault, alors constructeur nationalisé français, de contourner les droits de douane italiens. L'inauguration de cette ligne, célébrée dans le cadre du centenaire de la Seconde guerre d'indépendance italienne, réunit notamment le président de la République française d'alors, Charles de Gaulle — un curieux point de contact entre l'histoire industrielle Renault et celle d'Alfa Romeo, alors même que le Portello vit ses années les plus florissantes grâce à la Giulietta.
Le transfert vers Arese et le déclin
L'expansion continue de Milan, qui grignote peu à peu les terrains agricoles environnants, rattrape le quartier du Portello : de périphérique, il devient un quartier urbain dense, rendant tout nouvel agrandissement impossible. La direction décide donc la construction d'une nouvelle usine à Arese, où siège social et bureaux de direction sont transférés dès 1974. La dernière automobile entièrement conçue et lancée au Portello est la Giulia (1962), dont la fabrication est cependant transférée dès l'origine vers Arese fraîchement inauguré (voir La Giulia (1962-1978) — contexte de la succession de la Giulietta). Le site perd ensuite progressivement en importance, ses ateliers les plus anciens étant cédés au profit de l'extension de la Foire de Milan. Le tout dernier salarié du Portello n'est transféré à Arese qu'en 1986, année où Fiat rachète Alfa Romeo à l'État italien.
Une friche devenue quartier, un tournage de cinéma
Les terrains sont vendus par Fiat à la ville de Milan, qui les reconvertit en quartier résidentiel et commercial. Le dernier atelier du site n'est démoli qu'en 2004 ; peu avant sa destruction, y étaient encore regroupés les derniers prototypes en cours d'étude, bancs d'essai moteurs et archives techniques confidentielles. L'usine a aussi servi de décor de tournage au film italien Nirvana de Gabriele Salvatores.
Voir aussi
- Site source
- fr.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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