Avant David Brown — les trois vies d'Aston Martin (1913-1947) et la naissance du sigle « DB »
Pour bien comprendre ce que représente l'arrivée de David Brown en 1947 (voir sa biographie complète dans Sir David Brown — l'homme dont les initiales ont donné son nom à toute une lignée), il faut mesurer à quel point Aston Martin, avant lui, est une marque à la survie chroniquement incertaine — rachetée, mise en faillite, revendue, rebaptisée, au gré de mécènes passionnés mais rarement rentables.
Naissance dans un garage londonien (1913)
La société Bamford & Martin Ltd est fondée le 15 janvier 1913 à Henniker Mews, dans l'ouest de Londres, par deux passionnés rencontrés par le cyclisme de compétition : Robert Bamford, ingénieur de 30 ans féru de mécanique, et Lionel Martin, ancien élève d'Eton de 35 ans et pilote amateur, dont la famille a fait fortune dans les mines. L'activité initiale consiste à vendre et entretenir des voitures de sport Singer dans le sud de l'Angleterre.
Les deux hommes veulent bientôt fabriquer leur propre voiture, en conservant les qualités de la Singer tout en améliorant fiabilité et performance. Le nom retenu naît d'un jeu d'esprit resté célèbre, raconté par Lionel Martin lui-même : après avoir épuisé les noms de fleurs, d'animaux et de poissons, les fondateurs se tournent vers les noms de lieux — et comme la Singer de Martin venait de briller à la course de côte d'Aston Clinton, ils accolent ce nom au patronyme de Martin. La toute première Aston Martin est immatriculée le 16 mars 1915.
Le mécène excentrique et le premier naufrage (1920-1925)
La Première Guerre mondiale interrompt le développement. L'activité reprend en 1920 depuis Abingdon Road, à Kensington ; Bamford, peu intéressé par une production de masse, quitte l'aventure, remplacé par Kate Martin, l'épouse de Lionel. La même année, un personnage haut en couleur investit massivement dans la société : le comte Louis Zborowski, fils d'un spéculateur américain enrichi à Wall Street ayant réinventé, en s'installant à Londres, une fausse ascendance aristocratique polonaise — Louis entretient la fiction avec délices, multipliant à son domaine de Higham (Kent) des fêtes légendaires où il fait parfois construire de petites maisons dans le seul but de les faire exploser en spectacle. Zborowski établit plusieurs records de vitesse pour la marque en 1921, avant de mourir à 29 ans au volant d'une Mercedes-Benz lors du Grand Prix d'Italie à Monza, en 1924.
Malgré une notoriété sportive croissante (record à Brooklands avec le prototype surnommé « Bunny », piloté notamment par Sammy Davis), la société ne trouve jamais l'équilibre financier : elle est placée en redressement judiciaire dès 1925. Lionel Martin quitte l'aventure pour se consacrer... à la conception de bicyclettes.
Le sauvetage Bertelli et la renaissance sportive (1925-1932)
La marque est sauvée par un nouveau groupe d'investisseurs — Lord Charnwood, John Benson, l'ingénieur italo-britannique Cesare « Bert » Bertelli et William Renwick — qui la déménage à Feltham (Middlesex) et la rebaptise Aston Martin Motors. Bertelli en devient la véritable force motrice, dessinant avec Renwick un quatre-cylindres à arbre à cames en tête et carter sec de 1,5 L qui équipe une série de modèles à succès sportif (International, Le Mans, Ulster), carrossés par son propre frère Enrico « Harry » Bertelli. En 1932, l'écurie remporte la Coupe Biennale des 24 Heures du Mans (pilotes Cesare Bertelli et Pat Driscoll) — mais la gloire sportive ne suffit toujours pas à stabiliser les comptes : la société est revendue la même année à Sir Arthur Sutherland, son fils Gordon Sutherland en prenant la direction opérationnelle.
Le tournant routier, la fondation du club, et l'aube de la lignée d'après-guerre (1932-1939)
Sous la direction Sutherland, Aston Martin se réoriente vers des voitures de route haut de gamme plutôt que la seule compétition : la nouvelle 15/98 (2 litres) en est le symbole. En 1935, année où la production atteint 65 exemplaires, un groupe de propriétaires passionnés se réunit le 25 mai à l'hôtel Grafton de Londres pour fonder l'Aston Martin Owners' Club (AMOC) — aujourd'hui encore le plus grand club de marque unique au monde (voir Le club des propriétaires et le Trust patrimonial — l'institutionnalisation de la mémoire Aston Martin).
Cesare Bertelli quitte la marque en 1936, mais son esprit d'innovation lui survit : alors que l'Europe se prépare à un nouveau conflit, l'ingénieur Claude Hill développe en 1939 un prototype d'avant-garde, l'Atom, doté d'une architecture précoce de cadre tubulaire (« space-frame »), de suspensions avant indépendantes et d'une carrosserie aérodynamique en aluminium léger — une base technique et conceptuelle qui inspirera directement toute la génération d'Aston Martin d'après-guerre, à commencer par la première voiture vendue sous l'ère David Brown, la DB1 (dérivée de l'Atom).
L'arrivée de David Brown et la naissance du sigle « DB »
C'est dans ce contexte d'une marque prestigieuse mais commercialement fragile, changeant de mains tous les dix à quinze ans depuis sa fondation, que l'industriel du Yorkshire David Brown repère l'annonce d'un « commerce automobile haut de gamme » à vendre et rachète Aston Martin en 1947, puis Lagonda en 1948 pour s'approprier son moteur six-cylindres signé W. O. Bentley (détail complet de la transaction et de ses motivations dans Sir David Brown — l'homme dont les initiales ont donné son nom à toute une lignée). En associant ce moteur au savoir-faire châssis d'Aston Martin, puis en imprimant ses propres initiales sur le capot du résultat, Brown ne se contente pas de sauver la marque une nouvelle fois : il lui donne, pour la première fois de son histoire, une identité de gamme stable et durable — la lignée « DB » qui, de la DB2 (1950) à la DB6 (1965-1971) puis jusqu'à la DB7 des années 1990, portera son nom pendant près d'un demi-siècle.
Voir aussi
- Sir David Brown — l'homme dont les initiales ont donné son nom à toute une lignée
- Genèse de la DB4 — Projet 114, Harold Beach et l'alliance avec Touring de Milan
- Le club des propriétaires et le Trust patrimonial — l'institutionnalisation de la mémoire Aston Martin
- L'obsession du Mans — David Brown, John Wyer et la victoire DBR1 de 1959
- Chronologie et chiffres de production — DB4, DB5, DB6 (1958-1971)
- Site source
- astonmartin.blob.core.windows.net (magazine officiel) ; en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- L'obsession du Mans — David Brown, John Wyer et la victoire DBR1 de 1959Aston Martin DB5 · Histoire et modèles
- Le club des propriétaires et le Trust patrimonial — l'institutionnalisation de la mémoire Aston MartinAston Martin DB5 · Culture documentation
- Chronologie et chiffres de production — DB4, DB5, DB6 (1958-1971)Aston Martin DB5 · Histoire et modèles
- Sir David Brown — l'homme dont les initiales ont donné son nom à toute une lignéeAston Martin DB5 · Histoire et modèles
- Genèse de la DB4 — Projet 114, Harold Beach et l'alliance avec Touring de MilanAston Martin DB5 · Histoire et modèles
- Le club des propriétaires et le Trust patrimonial — l'institutionnalisation de la mémoire Aston MartinAston Martin DB5
- L'obsession du Mans — David Brown, John Wyer et la victoire DBR1 de 1959Aston Martin DB5
- Sir David Brown — l'homme dont les initiales ont donné son nom à toute une lignéeAston Martin DB5
- Le lancement de la DB5 en septembre 1963 — une évolution assumée, pas une ruptureAston Martin DB5