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§ 01 · Histoire et modèles

Enquête : le mythe du projet secret — ce qu'en dit Dallara lui-même

Lamborghini Miura · 1966–1973 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Pourquoi cette fiche existe

La quasi-totalité des sources consultées pour ce corpus — y compris la communication officielle de Lamborghini elle-même publiée pour les 60 ans de la Miura en 2026 (voir Genèse de la Miura — le projet L105 (1964-1965)) — présente la genèse de la voiture comme un projet clandestin, mené par Dallara, Stanzani et Bob Wallace en dehors de leurs heures de travail, motivé par l'envie de pousser Ferruccio Lamborghini vers la compétition contre son gré. Le journaliste et historien automobile américain Winston Goodfellow, qui a personnellement interrogé Gian Paolo Dallara le 9 décembre 1993, rapporte une version sensiblement différente — sur son propre site, dans une série d'articles explicitement intitulée « Myth Busting » (« déconstruction de mythe »). Goodfellow précise lui-même avoir longtemps cru, comme tout le monde, à la version répandue — jusqu'à cet entretien précis qui l'a fait changer d'avis.

Ce que dit Dallara

Interrogé sur la véritable inspiration de la Miura, Dallara répond en deux mots : « The Mini » — surprenant Goodfellow, qui rapporte que tous les livres et magazines de l'époque attribuaient la paternité du projet à une ambition de compétition. Selon Dallara, l'idée de départ consistait à exploiter l'architecture ingénieuse du moteur transversal de la Mini britannique, repositionnée derrière le conducteur : une réflexion sur l'architecture (« pourquoi ne pas faire des voitures à moteur central pour les jeunes ? »), pas un projet de course déguisé.

Sur le caractère secret du projet, Dallara est catégorique et balaie l'anecdote d'un revers de main : « Lamborghini était toute la journée à l'usine. Peut-on vraiment imaginer qu'on pouvait faire quelque chose sans rien lui dire ? » Il précise que l'ingénieur Pedrazzi s'est chargé des dessins techniques, et que Ferruccio a répondu positivement et de façon constructive à sa proposition, l'encourageant à « introduire cette idée pour une Lamborghini » plutôt que de la découvrir a posteriori comme un fait accompli qu'il aurait fallu accepter à contrecœur.

Dallara concède un emprunt à l'univers de la course, mais seulement au niveau de l'architecture générale (position centrale du moteur, inspirée de prototypes tels que la Ford GT40) — pas dans l'intention. Il insiste : la voiture est née avec un moteur à carter humide, un choix qui signe d'emblée une voiture de route et non une voiture de compétition déguisée. Fait précis confirmé dans cet entretien : Dallara avait alors 27 ans — cohérent avec son embauche à cet âge en 1963 (voir Genèse de la Miura — le projet L105 (1964-1965)), mais en contradiction avec les sources évoquant un trio « de moins de 25 ans » au moment du projet.

Un contrepoint bien réel côté Ferrari, loin de la légende de l'embrayage

Le même entretien apporte un fait à verser au dossier de la rivalité avec Ferrari (voir L'anecdote de l'embrayage — aux origines (incertaines) de la rivalité Lamborghini-Ferrari), autrement mieux étayé que l'anecdote de l'embrayage : interrogé séparément par Goodfellow, le carrossier Sergio Pininfarina confie avoir ressenti de l'envie en découvrant le châssis à moteur transversal exposé à Turin en 1965 — lui et l'équipe commerciale de Ferrari poussaient alors Enzo Ferrari à produire une voiture de route à moteur central V12, une demande qu'Enzo refusait, la jugeant trop dangereuse pour des conducteurs non professionnels. Ce témoignage, recueilli directement par un historien auprès de l'un des deux protagonistes, offre une base bien plus solide que l'anecdote de l'embrayage pour documenter la rivalité réelle entre les deux constructeurs sur la question précise du moteur central.

Une tension historiographique assumée, non arbitrée

Cette fiche ne tranche pas entre les deux récits : d'un côté, une légende largement reprise, généreusement entretenue (y compris par Lamborghini elle-même dans sa communication la plus récente), qui a l'avantage narratif de la défiance héroïque de jeunes ingénieurs contre un patron réticent ; de l'autre, le témoignage direct de l'un des deux ingénieurs concernés, recueilli par un historien reconnu de l'automobile italienne. Les deux versions sont consignées côte à côte dans sources/verification-croisee.md sous la catégorie débat non tranché plutôt que sous une divergence arbitrée : aucune des deux sources ne dispose d'un statut d'autorité incontestable sur l'autre (mémoire d'un homme de plus de 25 ans après les faits vs légende répétée sans attribution primaire claire).

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Provenance de cette fiche
Site source
winstongoodfellow.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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