Toyo Kogyo avant la voiture — du liège aux machines-outils, la naissance de Mazda
Avant de devenir le seul constructeur automobile au monde à avoir industrialisé durablement le moteur rotatif (voir La licence Wankel de 1961 — comment Toyo Kogyo a acheté le droit d'exploiter le moteur rotatif en Asie), l'entreprise qui deviendra Mazda n'avait rien d'un fabricant d'automobiles. Elle naît en janvier 1920 à Hiroshima sous le nom de Toyo Cork Kogyo Co. Ltd. (« Compagnie industrielle orientale du liège »), spécialisée dans les produits en liège synthétique. L'activité périclite rapidement et, début 1921, les créanciers de l'entreprise en confient la présidence à un homme de 45 ans, Jujiro Matsuda — fils de pêcheur, ancien apprenti forgeron, qui avait déjà fondé sa propre société d'armement, Matsuda Works.
Du liège aux trois-roues
Matsuda réoriente rapidement l'entreprise vers la fabrication de machines-outils, puis tente une brève incursion dans la motocyclette. En 1927, l'activité liège est définitivement abandonnée et la société prend le nom de Toyo Kogyo Co. Ltd. ; c'est en 1931 que sort son premier véhicule motorisé à succès, le Mazda-GO DA Type, un tricycle utilitaire à moteur de 500 cm³ dérivé de la motocyclette, d'abord distribué par Mitsubishi. Ce petit trois-roues se vend bien avant comme après la Seconde Guerre mondiale, donne naissance à plusieurs déclinaisons, puis à un premier camion à quatre roues en 1950. Jujiro Matsuda avait envisagé de construire des automobiles dès 1940, mais la guerre puis la reconstruction repoussent ce projet : Toyo Kogyo ne proposera son premier véhicule de tourisme qu'en 1960.
L'origine du nom « Mazda »
La marque « Mazda », déjà utilisée par ailleurs par General Electric pour une gamme d'ampoules électriques, est choisie avant tout comme une translittération alternative de « Matsuda ». Elle renvoie aussi, de façon plus savante, à Ahura Mazda, la divinité suprême de la sagesse dans la religion zoroastrienne — une résonance de « sagesse » que Toyo Kogyo cultivera dans sa communication.
Le R360, premier succès de tourisme
Comme beaucoup de constructeurs japonais de cette génération, le premier modèle de tourisme de Toyo Kogyo est une kei-car minuscule : le Mazda R360 Coupe, lancé en 1960, à moteur bicylindre en V refroidi par air de 356 cm³ et 16 ch, pour moins de 400 kg et une vitesse de pointe d'environ 90 km/h. Vendu ¥300 000 (environ 835 dollars de l'époque), le R360 rencontre un succès suffisant, prolongé en 1962 par la berline quatre places Mazda Carol, pour faire un temps de Toyo Kogyo la première marque automobile du Japon en volume — un socle commercial modeste mais réel, sur lequel viendra bientôt se greffer le pari du moteur rotatif.
La menace de la consolidation MITI
Ce succès reste cependant fragile : dans un Japon dont l'industrie automobile est encore naissante et sous pression diplomatique pour ouvrir son marché aux importations, le ministère du Commerce international et de l'Industrie (MITI) envisage sérieusement de forcer la consolidation des constructeurs nationaux en trois ou quatre grands groupes — un scénario qui aurait fait disparaître Toyo Kogyo ou l'aurait fait absorber par Nissan ou Toyota. C'est dans ce contexte existentiel que Tsuneji Matsuda, fils de Jujiro et président de l'entreprise depuis 1951, en tire une conclusion stratégique qui allait tout changer (voir La stratégie Matsuda — pourquoi Toyo Kogyo a parié son avenir sur une technologie que personne d'autre ne maîtrisait).
Voir aussi
- Site source
- ateupwithmotor.com (+ recoupements Wikipédia)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La stratégie Matsuda — pourquoi Toyo Kogyo a parié son avenir sur une technologie que personne d'autre ne maîtrisaitMazda RX-7 · Histoire et modèles
- La Cosmo Sport 110S (1967) — la première Mazda à moteur rotatifMazda RX-7 · Histoire et modèles
- La licence Wankel de 1961 — comment Toyo Kogyo a acheté le droit d'exploiter le moteur rotatif en AsieMazda RX-7 · Histoire et modèles