La politique du « Look East » — genèse d'un virage diplomatique et industriel malaisien
Une brouille avec Londres à l'origine du basculement
Avant de « regarder vers l'Est », la Malaisie regardait vers Londres. Le point de rupture survient en septembre 1981 : le gouvernement malaisien, via sa société d'investissement publique Permodalan Nasional Berhad, rachète en bourse et à grande vitesse la totalité du groupe britannique de plantations Guthrie Corporation, une opération surnommée le « Dawn Raid » (le raid de l'aube). Margaret Thatcher réagit en durcissant la réglementation boursière londonienne pour empêcher qu'une telle manœuvre ne se reproduise, et en relevant les frais de scolarité imposés aux étudiants étrangers au Royaume-Uni, ce qui fragilise du jour au lendemain la situation de nombreux boursiers malaisiens sur place. Kuala Lumpur riposte par une politique informelle de « Buy British Last » (acheter britannique en dernier recours), décourageant administrativement l'achat de biens et services britanniques.
De la rupture ponctuelle à une stratégie de long terme
C'est dans ce climat que Mahathir Mohamad, devenu quatrième Premier ministre de Malaisie en juillet 1981, formalise une politique de substitution : s'inspirer non plus du modèle économique occidental mais de celui des pays d'Asie de l'Est déjà engagés dans un rattrapage industriel réussi, au premier rang desquels le Japon et la Corée du Sud. Les sources divergent sur la date exacte de cette annonce : selon l'article Wikipédia consacré à Mahathir, la politique du « Look East » est annoncée dès décembre 1981 ; l'article dédié à la politique elle-même situe plutôt son lancement en 1982, à l'occasion de la 5ᵉ conférence annuelle conjointe MAJECA/JAMECA à l'hôtel Hilton de Kuala Lumpur. Il est possible que ces deux dates correspondent à une annonce initiale fin 1981 suivie d'une présentation publique plus formelle l'année suivante, mais aucune des deux sources consultées ne le précise explicitement. En malais, la politique est connue sous le nom de Dasar Pandang ke Timur.
Un attrait pour le Japon antérieur à la crise diplomatique
L'affaire Guthrie agit comme un déclencheur plus que comme une cause profonde : Mahathir manifestait déjà un intérêt marqué pour l'éthique de travail japonaise avant même son accession au pouvoir, nourri par un voyage effectué au Japon dans les années 1960 où il avait été frappé par la vitesse du redressement économique du pays après Hiroshima et Nagasaki, redressement symbolisé à ses yeux par les Jeux olympiques de Tokyo de 1964. Une fois Premier ministre, il multipliera plus d'une centaine de visites au Japon au cours de sa carrière. Pour préparer la mise en œuvre de la politique, il se rend officiellement au Japon en janvier 1983, où il est reçu par le ministre japonais des Affaires étrangères Shintarō Abe, puis en Corée du Sud à l'automne 1983 (les sources hésitant entre août et octobre).
Plus qu'une politique économique : un projet de discipline collective
Le « Look East » ne se limite pas aux investissements et aux transferts de technologie ; il vise aussi, selon les sources consultées, un changement de comportement dans l'administration et l'industrie malaisiennes. Le raisonnement mis en avant à l'époque est que la Nouvelle Politique Économique (NEP), en vigueur depuis 1971 pour améliorer la situation économique de la communauté malaise et autochtone (bumiputera) par des mécanismes de discrimination positive, avait certes relevé le niveau de vie de cette communauté, mais qu'elle s'accompagnait, selon certains diagnostics de l'époque, de pratiques jugées peu efficaces dans les services publics. Mahathir présente alors le modèle japonais de primauté de l'intérêt collectif sur l'intérêt individuel comme une référence à cultiver, sans remettre en cause la NEP elle-même. Concrètement, la politique introduit des systèmes de pointeuses et de badges nominatifs inspirés des usines japonaises, des cercles de qualité (QCC) permettant aux employés d'échanger sur leurs pratiques, ainsi qu'un triptyque comportemental resté célèbre en Malaisie : « propre, efficace et digne de confiance ». Plus de 15 000 Malaisiens auraient bénéficié de programmes de formation, d'études ou de stages en entreprise dans le cadre de cette politique.
Le débouché automobile
C'est dans ce cadre que Mahathir, désireux de développer les industries lourdes du pays, invite Mitsubishi Motors à participer au projet de voiture nationale qui donnera naissance à la Proton Saga en 1985 (voir Le projet de « voiture malaisienne » — de l'idée de Mahathir (1979) à l'approbation du gouvernement (1982) et La création de Proton (7 mai 1983) — un actionnariat HICOM-Mitsubishi à 70/30) — l'un des exemples les plus visibles, avec l'ouverture du premier supermarché japonais Jusco à Kuala Lumpur la même année, de la traduction concrète du « Look East » dans le quotidien malaisien.
Voir aussi
- Le projet de « voiture malaisienne » — de l'idée de Mahathir (1979) à l'approbation du gouvernement (1982)
- La création de Proton (7 mai 1983) — un actionnariat HICOM-Mitsubishi à 70/30
- Proton et la Nouvelle Politique Économique — un projet aussi ethno-économique qu'industriel
- Perwaja Steel — l'autre grand projet industriel de Mahathir, et son échec chiffré
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026
- La création de Proton (7 mai 1983) — un actionnariat HICOM-Mitsubishi à 70/30Proton Saga · Histoire et modèles
- Perwaja Steel — l'autre grand projet industriel de Mahathir, et son échec chiffréProton Saga · Societe industrie
- Proton et la Nouvelle Politique Économique — un projet aussi ethno-économique qu'industrielProton Saga · Societe industrie
- Le projet de « voiture malaisienne » — de l'idée de Mahathir (1979) à l'approbation du gouvernement (1982)Proton Saga · Histoire et modèles
- Le projet de « voiture malaisienne » — de l'idée de Mahathir (1979) à l'approbation du gouvernement (1982)Proton Saga
- La création de Proton (7 mai 1983) — un actionnariat HICOM-Mitsubishi à 70/30Proton Saga
- Perwaja Steel — l'autre grand projet industriel de Mahathir, et son échec chiffréProton Saga
- Proton et la Nouvelle Politique Économique — un projet aussi ethno-économique qu'industrielProton Saga