Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

L'échec américain de 1988 — Malcolm Bricklin, Mitsubishi, et une légende Kissinger à corriger

Proton Saga · depuis 1985 · 3 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

Un importateur en série au parcours mouvementé

En 1988, Proton tente de percer sur le marché automobile américain — de loin le plus disputé au monde — en s'associant à Malcolm Bricklin, entrepreneur automobile déjà connu pour avoir fondé Subaru of America en 1968, produit sa propre voiture de sécurité à portes papillon (la Bricklin SV-1, financée par la province canadienne du Nouveau-Brunswick) au milieu des années 1970, puis importé aux États-Unis des Fiat rebadgées Bertone et Pininfarina au début des années 1980. Selon Wikipédia, Mahathir aurait été impressionné par Bricklin et l'aurait engagé sur la recommandation de l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger — lequel aurait, toujours selon cette même source, enseigné à Mahathir lorsque celui-ci étudiait à Harvard. Or ce dernier point ne résiste pas à l'examen : la fiche biographique de Mahathir Mohamad indique sans ambiguïté qu'il a étudié la médecine au King Edward VII College of Medicine de Singapour, sans aucune mention d'un passage par Harvard — et l'article Wikipédia consacré à la Saga porte lui-même la mention « citation needed » à cet endroit précis du texte.

Une confusion probable avec l'aventure Yugo

Ce corpus documente par ailleurs, dans son dossier consacré à la Zastava/Yugo, une relation bien réelle et bien sourcée entre Malcolm Bricklin et Henry Kissinger : les deux hommes se rencontrent par hasard aux toilettes de la salle VIP de l'aéroport de Zurich au milieu des années 1980, alors que Bricklin s'apprête à s'envoler pour Belgrade afin d'importer aux États-Unis la petite automobile yougoslave qui deviendra la Yugo ; Kissinger devient dans la foulée conseiller senior de l'opération Yugo America (voir Le lancement américain de la Yugo — de l'urinoir de Zurich à Tavern on the Green et Malcolm Bricklin avant la Yugo — vingt ans à importer et fabriquer des paris automobiles risqués dans le dossier zastava-101/). Il est donc probable que la mention d'un rôle de Kissinger dans le dossier Proton résulte d'une confusion, par la source consultée, entre ce projet Yugo bien documenté et la tentative Proton, plus tardive et nettement moins bien sourcée. Ce corpus retient donc l'épisode Bricklin-Proton comme documenté, mais écarte la mention Harvard/Kissinger comme non fiable.

Un lancement annoncé pour octobre 1988, jamais concrétisé

Les premiers exemplaires de Saga destinés au marché américain sont importés courant 1988, une mise en vente étant alors annoncée pour octobre de la même année. Peu après, Bricklin révèle ne pas avoir obtenu l'homologation d'importation nécessaire auprès des autorités américaines, la Saga échouant par ailleurs aux tests d'émissions polluantes en vigueur aux États-Unis. L'ensemble des investissements engagés entre les deux parties est interrompu, occasionnant une perte financière importante pour Proton.

Une intervention supposée de Mitsubishi

Selon Wikipédia, la tentative d'exportation vers les États-Unis aurait provoqué la colère de Mitsubishi, qui n'aurait pas souhaité voir apparaître sur le marché automobile jugé alors le plus important au monde un clone moins cher et de moindre qualité perçue de l'un de ses propres modèles ; le constructeur japonais serait ainsi intervenu pour faire échouer l'accord avec Bricklin. Mitsubishi aurait ensuite renvoyé l'ensemble de l'encadrement dirigeant de Proton, le remplaçant par des cadres japonais qui auraient ensuite restreint les initiatives d'exportation de la marque — un épisode cohérent avec la nomination, dès 1988, de Kenji Iwabuchi, ancien cadre de Mitsubishi Motors, à la direction générale de Proton (voir La création de Proton (7 mai 1983) — un actionnariat HICOM-Mitsubishi à 70/30).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org
Date d'extraction
13 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci