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§ 01 · Histoire et modèles

La « Honeymoon Strike » de 1959-1961 — comment un conflit social a précipité Rootes vers Chrysler

Sunbeam Alpine & Sunbeam Tiger · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le rapprochement entre Rootes et Chrysler qui scelle, in fine, le destin du Sunbeam Tiger (voir L'ironie du Tiger — racheté par le propriétaire même du moteur qu'il n'utilise pas) trouve une bonne part de son origine dans un conflit social aussi long qu'improbable dans son déclenchement.

Un conflit déclenché par une demande de jeunes mariés

En 1959, une minorité d'ouvriers de British Light Steel Pressings, filiale de Rootes basée à Acton (Londres) et fournisseur clé de panneaux de carrosserie, entame une série de grèves ponctuelles. L'étincelle initiale, restée célèbre sous le nom de « Honeymoon Strike », est presque anecdotique : deux jeunes mariés de l'équipe de nuit demandent à passer en équipe de jour. La demande est accordée — mais 1 500 ouvriers se mettent aussitôt en grève, dans un climat social où de tels débrayages restent alors rares.

L'escalade de 1961

Le 1er septembre 1961, 1 000 ouvriers cessent à nouveau le travail, portant à 82 le nombre d'arrêts de travail recensés depuis le 1er janvier de cette même année. Les grévistes, officiellement inquiets d'un possible chômage partiel et de licenciements, envoient une délégation au congrès annuel du TUC (Trades Union Congress) à Portsmouth pour réclamer une garantie de 52 semaines de salaire par an dans l'industrie automobile — tout en refusant explicitement toute médiation des instances syndicales officielles. La démarche n'aboutit à rien. Le 18 septembre, le mouvement paralyse quasiment le groupe : 6 000 ouvriers des usines de Coventry sont mis au chômage technique.

L'ultimatum de Lord Rootes et le licenciement collectif

Resté silencieux jusque-là, Lord Rootes lance un ultimatum le 26 septembre : reprise du travail avant le jeudi 28 septembre, ou licenciement. Les grévistes l'ignorent ; les 1 000 ouvriers sont effectivement licenciés le jour dit, remplacés par une campagne de recrutement. Une enquête publique est même réclamée après que la rumeur d'une grève « planifiée et dirigée par des communistes » circule. Rootes trouve d'autres fournisseurs pour ses panneaux de carrosserie et réembauche progressivement à Coventry ; le mouvement s'éteint lentement, jusqu'à ne plus compter que 120 grévistes fin décembre 1961. Une dernière réunion se solde par un refus de réintégration de Rootes, qui n'accorde qu'une compensation symbolique de 40 £ par gréviste — un seul membre du comité de grève retrouvera un poste chez Rootes.

Le coût réel, et le lien suspecté avec l'arrivée de Chrysler

En novembre 1962, Rootes chiffre le coût total de la grève sur l'exercice clos au 31 juillet : une perte de 891 088 £, contre un bénéfice de près de 3 millions de livres l'exercice précédent. Ce trou financier survient alors même que le groupe s'est lourdement engagé dans le développement de la Hillman Imp et l'ouverture d'une nouvelle usine à Linwood, en Écosse — la plus grande phase d'expansion de l'histoire du groupe, au pire moment possible. Bien que jamais confirmé officiellement, il a toujours été soupçonné que ces pertes cumulées aient directement précipité l'accord conclu avec Chrysler dès 1964 (voir L'ironie du Tiger — racheté par le propriétaire même du moteur qu'il n'utilise pas) — accord dont les conséquences, quelques années plus tard, seront fatales au Tiger tout juste lancé.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
team.net (page « A Short History of the Rootes Group », extrait du livre « Alpine The Classic Sunbeam » de Chris McGovern, utilisé avec l'autorisation de l'auteur)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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