Les Alpine « Harrington » — quand un carrossier de Hove transforme le roadster en GT
Avant même l'arrivée du V8 américain, une première tentative de faire évoluer l'image de l'Alpine vient d'un carrossier indépendant plutôt que de Rootes lui-même — une initiative couronnée par une victoire de classe aux 24 Heures du Mans.
Un fabricant de carrosseries en quête d'un nouveau projet
Thomas Harrington and Company, carrossier de Hove (Sussex) pionnier de la fibre de verre pour les carrosseries d'autocars, cherche à mieux exploiter son outil de moulage. En mars 1961, la société lance la Sunbeam Harrington Alpine : un hard-top fixe en fibre de verre façon coupé « fastback », l'un des tout premiers du genre — projet né, selon l'anecdote rapportée, d'une remarque moqueuse sur l'exiguïté du coffre de l'Alpine, incapable de contenir un sac de golf. Le styliste maison de Harrington, Ron Humphries, dessine les lignes ; Clifford Harrington présente le prototype à Lord Rootes lors d'une de ses visites habituelles à l'usine — accueil mi-figue mi-raisin (« Qu'avez-vous encore inventé ? »), mais approbation officielle du groupe Rootes à la clé. La Thomas Harrington and Co ayant entre-temps été rachetée par le groupe Robins and Day (propriété de la famille Rootes), George Hartwell — déjà à l'origine de la toute première Alpine de 1953 (voir La « Talbot » Alpine (1953-1955) — la toute première Alpine, née d'un garagiste de Bournemouth) — devient président de Harrington et propose, via son atelier de Bournemouth, trois niveaux de préparation moteur homologués FIA.
La victoire inattendue du Mans 1961
Rootes confie à Harrington la préparation d'une des deux voitures qu'il souhaite engager aux 24 Heures du Mans 1961 — la sous-traitance à un carrossier extérieur s'avérant plus rapide que de mobiliser les ingénieurs internes pour un prototype unique. Sur la base d'une Harrington Alpine de série, l'équipe intègre les phares dans la carrosserie et ajoute un carénage sous le nez pour réduire la traînée. Pilotée par Peter Proctor et Peter Harper, la voiture surprend l'équipe compétition Rootes elle-même — c'est John Wyer, d'Aston Martin, qui vient leur annoncer que leur voiture est en tête de l'Indice de performance thermique. Au terme des 24 heures, sans arrêt autre que pour carburant, huile et eau, la voiture parcourt 2 194 miles à 91 mph de moyenne, se classe 16ᵉ au général et 2ᵉ de la catégorie 1 600 cm³ derrière une Porsche-Abarth — remportant l'Indice de performance thermique. La seconde voiture engagée est disqualifiée.
De la « Harrington Alpine » à la « Harrington Le Mans »
Fort de cette publicité inattendue, Harrington présente au Motor Show 1961 une version encore plus aboutie, la Harrington Le Mans : hard-top intégral fibre de verre du pare-brise au pare-chocs arrière, hayon ouvrant, sièges Microcell, tableau de bord en bois, volant cerclé de bois, refroidisseur d'huile, servofrein, embrayage de compétition et moteur préparé par George Hartwell à 104 ch — le tout pour 1 495 £. Un troisième modèle, plus proche de la première série mais doté du hayon de la Le Mans, n'atteint que le stade de quelques exemplaires avant l'arrêt de la production, décidé par Harrington pour recentrer son activité sur les carrosseries Rootes de série. Faute d'archives de production conservées, les estimations avancent environ 150 Harrington Alpine GT et plus de 250 Harrington Le Mans construites.
Voir aussi
- La genèse de l'Alpine « Série » (1959) — un roadster élégant mais mécaniquement modeste
- L'Alpine de Série II à V (1960-1968) — huit ans d'évolutions continues
- Le Mans 1961 — comment une Harrington Alpine a raflé l'Indice de performance thermique à l'insu de Rootes
- La « Talbot » Alpine (1953-1955) — la toute première Alpine, née d'un garagiste de Bournemouth
- Site source
- team.net (page « History of the Alpine », extrait du livre « TIGER: The Making of a Sports Car » de Mike Taylor)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La genèse de l'Alpine « Série » (1959) — un roadster élégant mais mécaniquement modesteSunbeam Alpine & Sunbeam Tiger · Histoire et modèles
- L'Alpine de Série II à V (1960-1968) — huit ans d'évolutions continuesSunbeam Alpine & Sunbeam Tiger · Histoire et modèles
- La « Talbot » Alpine (1953-1955) — la toute première Alpine, née d'un garagiste de BournemouthSunbeam Alpine & Sunbeam Tiger · Histoire et modèles
- Le Mans 1961 — comment une Harrington Alpine a raflé l'Indice de performance thermique à l'insu de RootesSunbeam Alpine & Sunbeam Tiger · Compétition