Avant Shelby — les tentatives ratées de muscler l'Alpine (Ferrari, Alfa Romeo, Daimler, Brabham)
Le recours à Carroll Shelby pour doper l'Alpine (voir La genèse du Tiger — Brabham, les Garrad père et fils, et le projet monté en secret avec Shelby et Miles) n'est pas la première idée de Rootes pour répondre au déficit de puissance de son roadster face à la concurrence. Au moins quatre pistes différentes échouent auparavant.
Ferrari, la piste la plus inattendue
Selon l'auteur William Carroll (Tiger, An Exceptional Motorcar), Rootes explore d'abord la possibilité de confier à Ferrari la refonte du quatre cylindres maison — misant sur le bénéfice d'image qu'apporterait la mention « motorisé par Ferrari ». Les négociations, engagées sérieusement, échouent finalement sans que les sources ne précisent la raison exacte.
Alfa Romeo et Daimler : deux essais d'implantation directs
En interne, le service développement de Rootes teste littéralement l'implantation de deux moteurs existants dans une Alpine, avec pour seule consigne de limiter au maximum les modifications de carrosserie : un quatre cylindres Alfa Romeo de 1 600 cm³, puis un V8 Daimler de 2,5 litres. D'après le témoignage de Don Tarbun, membre de l'équipe développement Rootes de l'époque, aucun des deux ne donne satisfaction et le projet est abandonné. La raison technique du second échec est documentée avec précision : le V8 Daimler mesure plus de 28 pouces (711 mm) de large en travers des culasses et loge son distributeur d'allumage à l'arrière du bloc — deux caractéristiques qui rendent son implantation beaucoup plus problématique que celle du petit bloc Ford qui lui succédera, large d'à peine 20 pouces (508 mm) et à distributeur monté à l'avant.
L'idée V8 de Jack Brabham, déjà présente — et déjà repoussée
Dès le début des années 1960, le champion du monde de Formule 1 Jack Brabham, dont les ateliers produisent déjà des kits de préparation pour l'Alpine, propose à plusieurs reprises à Rootes — et en particulier à l'ingénieur Peter Ware — d'installer un V8 américain dans l'Alpine. Brabham reconnaît lui-même avoir eu un intérêt commercial dans l'affaire, espérant pouvoir assurer la conversion en petite série dans ses propres ateliers, qui en avaient selon lui la capacité et le savoir-faire. Mais selon ses propres mots rapportés a posteriori, les responsables de Rootes, bien qu'à l'écoute, « semblaient gênés à l'idée d'un moteur américain dans l'une de leurs voitures ». Rootes préfère développer ses propres kits de préparation et publie son propre guide de réglage (The Sunbeam Alpine Series II Special Tuning) ; Brabham commercialise sa propre conversion séparément, sans jamais convaincre Rootes de la production en série. C'est ce même Brabham qui, en 1962, relance l'idée du V8 américain — cette fois avec succès (voir La genèse du Tiger — Brabham, les Garrad père et fils, et le projet monté en secret avec Shelby et Miles).
Un scénario que d'autres roadsters britanniques connaîtront aussi
Le Tiger n'est pas un cas isolé dans l'automobile britannique des années 1960 : quelques années plus tard, un préparateur indépendant, Ken Costello, imposera de la même façon un V8 (dérivé Rover/Buick cette fois) dans une autre populaire roadster britannique à moteur quatre cylindres, la MG B — voir La MGB GT V8 et Ken Costello — comment un préparateur indépendant a devancé British Leyland et Le V8 Rover — un moteur Buick abandonné, ressuscité par hasard sur un quai de Floride (dossier mg-b/) — avec, comme chez Rootes, une direction d'abord réticente avant de devoir se rendre à l'évidence commerciale.
Voir aussi
- La genèse de l'Alpine « Série » (1959) — un roadster élégant mais mécaniquement modeste
- La genèse du Tiger — Brabham, les Garrad père et fils, et le projet monté en secret avec Shelby et Miles
- L'Alpine en compétition américaine — des titres SCCA aux dépens de la Porsche 356
- La MGB GT V8 et Ken Costello — comment un préparateur indépendant a devancé British Leyland (dossier
mg-b/, un scénario comparable quelques années plus tard)
- Site source
- team.net (page « History of the Alpine », extrait du livre « TIGER: The Making of a Sports Car » de Mike Taylor) ; complété par https://www.hagerty.com/media/buying-and-selling/your-handy-1964-67-sunbeam-tiger-buyers-guide/ et https://en.wikipedia.org/wiki/Sunbeam_Tiger
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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- Le quatre cylindres Alpine — fiche technique de son évolution, de 1 494 à 1 725 cm³Sunbeam Alpine & Sunbeam Tiger
- La genèse de l'Alpine « Série » (1959) — un roadster élégant mais mécaniquement modesteSunbeam Alpine & Sunbeam Tiger