Tony Crook (1920-2014) — pilote de Grand Prix devenu propriétaire unique et gardien intransigeant de la marque
Un pilote de Grand Prix avant d'être un industriel
Avant de diriger Bristol Cars, Thomas Anthony Donald « Tony » Crook s'est fait un nom sur les circuits : il participe à deux Grands Prix de Grande-Bretagne (1952 et 1953) au volant de monoplaces Frazer Nash, la marque directement liée à la genèse de Bristol (voir Frazer Nash — le partenaire d'un moment, puis un cousin mécanique pendant dix ans). Sa performance la plus marquante reste sa troisième place au Grand Prix de Monaco 1952 — cette année-là exceptionnellement courue selon un règlement voitures de sport plutôt que Formule 1 — au volant d'une Frazer Nash Le Mans Replica à moteur Bristol, terminant derrière la Gordini victorieuse de Robert Manzon. Sa performance impressionne suffisamment le constructeur-pilote français Amédée Gordini pour que celui-ci lui propose un volant : Crook décline, déjà trop attaché à la cause Bristol.
De distributeur à actionnaire majoritaire
En septembre 1960, lorsque la maison-mère aéronautique fusionne dans le British Aircraft Corporation et cède sa division automobile, Crook — alors l'un des principaux agents commerciaux de la marque — rachète, aux côtés de George White, la structure vouée à la fermeture et devient distributeur exclusif avec une participation de 40 %. Le passage au moteur Chrysler V8 (voir 1961, la Bristol 407 et le grand basculement vers le V8 américain) suit presque immédiatement cette reprise en main. En 1973, à la suite d'un grave accident de la route de George White au volant d'une Bristol 410 (l'année précédant le lancement de la 411), Crook rachète la participation majoritaire de son associé désormais dans l'incapacité de diriger l'entreprise — il en devient l'actionnaire unique et le dirigeant. Le siège social bascule alors du site industriel de Filton vers le showroom de Kensington High Street (voir Un seul point de vente pendant des décennies — le showroom de Kensington High Street), Crook faisant lui-même régulièrement la navette entre Bristol et Londres à bord d'un avion léger.
Un tempérament haut en couleur, largement documenté
Le journaliste automobile britannique Andrew Frankel, qui l'a personnellement côtoyé, décrit un homme volontiers grossier avec la presse et fermement opposé à toute critique de ses voitures — au point de refuser catégoriquement tout prêt de véhicule à des journalistes, Frankel lui-même essuyant un refus sec lors d'une demande pourtant polie. Les anecdotes sur son excentricité abondent : se déguiser en potentat du Moyen-Orient pour passer de fausses commandes chez des concurrents lors de salons automobiles, ou payer quelqu'un pour se faire passer pour un clochard et camper ostensiblement sur le stand adverse. Cette image d'homme cassant coexiste, selon le même témoignage, avec une passion sincère pour l'automobile, la course et surtout pour Bristol — la marque passant, de son propre aveu implicite, avant toute autre considération de carrière personnelle.
Le retrait progressif, puis la fin
En février 1997, à 77 ans, Crook cède une participation de 50 % à Toby Silverton, fils d'Arthur Silverton (fondateur d'Overfinch) ; en 2002, la propriété bascule intégralement vers Silverton et le groupe Tavistock, Crook conservant le poste de directeur général. C'est sous cette direction à deux qu'est développé le Fighter à moteur Viper (voir Le Fighter (2004-2011) — un supercar à moteur Viper, baptisé d'après l'avion du fondateur), baptisé d'après un avion du fondateur historique de la maison-mère. Crook se retire définitivement des affaires de Bristol Cars en août 2007, cédant ses dernières parts alors qu'il a 87 ans — un départ que la presse spécialisée relie a posteriori à l'entrée en administration judiciaire de la société quatre ans plus tard (voir L'ère Kamkorp (2011-2020) — administration, le Bullet avorté, et la liquidation définitive). Il meurt en 2014, quelques semaines avant son 94ᵉ anniversaire.
Voir aussi
- Frazer Nash — le partenaire d'un moment, puis un cousin mécanique pendant dix ans · 1961, la Bristol 407 et le grand basculement vers le V8 américain · Un seul point de vente pendant des décennies — le showroom de Kensington High Street · « Pas plus de trois voitures par semaine » — l'anti-marketing érigé en politique d'entreprise · Le Fighter (2004-2011) — un supercar à moteur Viper, baptisé d'après l'avion du fondateur
- Site source
- goodwood.com, en.wikipedia.org, gracesguide.co.uk
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Le Fighter (2004-2011) — un supercar à moteur Viper, baptisé d'après l'avion du fondateurBristol Cars · Histoire et modèles
- 1961, la Bristol 407 et le grand basculement vers le V8 américainBristol Cars · Histoire et modèles
- Frazer Nash — le partenaire d'un moment, puis un cousin mécanique pendant dix ansBristol Cars · Histoire et modèles
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- L'ère Kamkorp (2011-2020) — administration, le Bullet avorté, et la liquidation définitiveBristol Cars · Histoire et modèles
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