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§ 01 · Histoire et modèles

L'usine Citroën de Levallois-Perret, berceau de la 2CV

Citroën 2CV · 1948–1990 · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une usine plus ancienne que Javel

Contrairement à une idée reçue, l'usine de Levallois — au 54 quai Michelet, au nord-ouest de Paris — est en réalité la plus ancienne implantation industrielle de Citroën, l'usine du quai de Javel ayant été reconstruite en 1933. Le site, construit en 1903 par Adolphe Clément, patron des automobiles Clément-Bayard, est loué en 1921 puis acheté en 1929 par André Citroën pour y fabriquer la petite « 5 HP ». Une coïncidence amusante veut que les initiales « AC » (Adolphe Clément / André Citroën) aient permis de conserver les enseignes existantes sans frais. L'usine servit ensuite à la fabrication des autochenilles Kégresse, puis, après 1926, de roulements à billes, avant de devenir également le centre de stockage et d'expédition des pièces détachées de la marque.

Le prototype de 1939 et la relance d'après-guerre

En 1939, sous la direction d'un certain Ingueneau (futur directeur de fabrication de Citroën), l'usine entame le montage d'une présérie de 250 TPV — épisode détaillé dans La 2CV et la Seconde Guerre mondiale — du prototype caché à la relance clandestine. Après la guerre, Levallois renoue avec sa vocation de fabrication d'une petite voiture populaire et devient le site de référence de la 2CV : c'est là que se déroulent la réalisation complète de la caisse, le montage des boîtes de vitesses et celui des moteurs.

Le lancement forcé de juillet 1949

En 1949, malgré la présentation déjà ancienne du modèle au Salon de 1948, les services Études et Méthodes continuent de réclamer des délais pour d'ultimes mises au point. C'est René Jacques, directeur de l'usine de Levallois mandaté par Boulanger, qui court-circuite cette procédure et lance la fabrication en l'état, résumant la philosophie de la marque en une formule restée célèbre : « Le développement de la 2CV, ce sont les clients qui le termineront sur la route, en répercutant leurs doléances au réseau. » La mise sur chaîne a lieu le lundi 11 juillet 1949 : 6 voitures sont fabriquées le premier jour, 3 le lendemain, puis un seul véhicule durant la deuxième semaine de production (la 2CV numéro 000 255).

Une montée en cadence rapide

La production annuelle grimpe ensuite régulièrement : 876 exemplaires en 1949, 6 196 en 1950, 14 592 en 1951, 21 124 en 1952, 35 361 en 1953, 52 791 en 1954, puis au-delà de 80 000 dès 1955. À partir de mars 1953, l'usine tourne à pleine capacité, produisant entre 180 et 200 voitures par jour.

En 1955, la fabrication des camionnettes est transférée à l'usine Panhard de l'avenue d'Ivry (voir Les fourgonnettes 2CV — AU, AZU, AK et l'Acadiane), mais à partir de l'été 1967 Levallois prend en charge la production de la nouvelle Dyane (voir La Citroën Dyane — la remplaçante ratée de la 2CV et, pour une histoire plus détaillée du modèle, le corpus citroen-dyane/) en parallèle de celle de la 2CV. Au plus fort de son activité, fin 1977, l'usine produit jusqu'à 648 véhicules par jour (dont 140 Dyane) — un record absolu, soit une voiture toutes les 2 minutes et demie sur les deux chaînes de montage réunies. Le travail de nuit restant interdit chez Citroën (les machines étaient jugées trop bruyantes pour le voisinage), les ouvriers se relaient en deux équipes de 8 heures.

La fermeture, 26 février 1988

La fermeture de l'usine, décidée par son directeur Claude Giroux, intervient en février 1988 ; le site sera ensuite cédé à des promoteurs immobiliers. La dernière 2CV assemblée à Levallois — une 2CV 6 Spécial rouge Vallelunga — quitte la chaîne le vendredi 26 février 1988, jour où environ 90 véhicules sont encore produits. Une réception est organisée sur place, avec des gâteaux géants en forme de 2CV. La voiture parcourt ensuite les 300 derniers mètres jusqu'au quai d'embarquement sur la Seine, conduite par une « convoyeuse » dont la tâche consistait, au quotidien, à parcourir ce trajet des dizaines de fois par jour pour charger les 2CV sur des péniches. Une question reste ouverte parmi les passionnés : pourquoi la dernière 2CV conservée par Citroën (aujourd'hui au Conservatoire d'Aulnay) porte-t-elle une capote grise alors que celle sortie des chaînes ce jour-là en avait une rouge ?

Après la fermeture de Levallois, la production se poursuit exclusivement à l'usine portugaise de Mangualde jusqu'en 1990 (voir La dernière 2CV — Mangualde, 27 juillet 1990).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
2cv-legende.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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