Citroën Ami 6 et Ami 8 — le chaînon intermédiaire entre 2CV et DS
Combler le vide de la gamme
Depuis les années 1930 et jusqu'au milieu des années 1950, Citroën ne propose rien entre la 2CV (375 puis 425 cm³) et l'ID/DS (1 911 cm³) : après l'arrêt de la Traction Avant en 1957, le catalogue ne compte plus que ces deux extrêmes. Le bureau d'études travaille alors sur un projet de milieu de gamme baptisé en interne « AM » (pour « milieu » — Automobile de Milieu de gamme selon les archives Citroën), qui aboutit à une solution pragmatique : plutôt qu'une plateforme entièrement nouvelle, une carrosserie inédite vient coiffer le châssis de la 2CV (« Type A »), avec un empattement de fait limité par cette base technique.
La ligne en « Z » de Bertoni
Le président Pierre Bercot refusant une ligne utilitaire à hayon, la voiture doit être à trois volumes. Mais sur un châssis de 2CV, la pente naturelle du toit oblige les passagers arrière à baisser la tête pour prendre place sous la lunette. Flaminio Bertoni, déjà créateur de la Traction Avant, de la 2CV et de la DS, résout le problème en inversant la pente de la lunette arrière — solution déjà entrevue sur la Ford Anglia (1959) et la Ford Consul 315 anglaise (mai 1961), mais restée rare et controversée. Cette lunette arrière inversée, à l'origine du profil en « Z » si particulier de l'Ami 6, facilite l'accès à une malle arrière généreuse et présente l'avantage pratique de ne pas retenir la neige.
Le moteur 602 cm³, une première pour la lignée 2CV
Le bicylindre 425 cm³ de la 2CV se révélant insuffisant pour la carrosserie plus lourde de l'Ami, sa cylindrée est portée par réalésage à 602 cm³ — valeur calculée pour rester sous la limite administrative des 3 CV fiscaux (fixée à 610 cm³). Ce bloc, né pour l'Ami 6, sera ensuite repris sur la 2CV 6, la Dyane 6 et la Méhari (voir Le moteur bicylindre à plat de la 2CV — architecture et évolution de 375 à 652 cm³ et, pour le détail de cette filiation côté Dyane, Pourquoi la Dyane n'a jamais eu de moteur qui lui soit propre).
L'origine du nom « Ami »
Plusieurs explications circulent : une filiation directe avec le nom de code interne « AM », un possible clin d'œil au mot italien amici (« amis », langue natale de Bertoni), ou encore — version retenue par les archives Citroën — l'ajout d'un « I » à « AM » pour former l'acronyme « Automobile de MIlieu de gamme ». Sur le plan commercial, l'Ami 6 innove en se présentant explicitement, dans ses documents publicitaires, comme la « deuxième voiture idéale pour madame » ; Yvonne de Gaulle elle-même conduisait une berline Ami 6 blanc carrare.
Assemblage et carrière commerciale
Les premières Ami 6 sont fabriquées provisoirement à l'usine Panhard de l'avenue d'Ivry (Paris), avant que la production ne bascule rapidement vers le site nouvellement créé de Rennes-la-Janais (Ille-et-Vilaine) et vers l'usine de Forest en Belgique. L'Ami 6 devient en 1966 la voiture la plus vendue en France, devançant alors la Renault 4 (dont les versions 5 CV étaient comptabilisées séparément).
De l'Ami 6 à l'Ami Super
| Version | Période | Production | Moteur |
|---|---|---|---|
| Ami 6 | 1961-1969 | 1 039 384 ex. | boxer 602 cm³ |
| Ami 8 | 1969-1978 | 755 955 ex. | boxer 602 cm³ |
| Ami Super | 1973-1976 | 44 820 ex. | flat-4 « série G » 1 015 cm³ |
Au Salon de Genève 1969, l'Ami 8, redessinée par Robert Opron, abandonne la lunette en « Z » pour une silhouette plus conventionnelle et prend le relais de l'Ami 6. L'Ami Super (1973-1976), variante haut de gamme, se distingue par l'adoption d'un moteur à plat 4 cylindres de 1 015 cm³ dérivé de la future GS, développant 53,5 ch DIN — une motorisation sans rapport avec la lignée bicylindre du reste de la gamme.
La suspension à interaction avant-arrière, héritée de la 2CV, équipe l'Ami 6 et l'Ami 8 jusqu'en juillet 1976 (voir La suspension à interaction avant-arrière et les batteurs de la 2CV) ; le freinage reste à quatre tambours jusqu'en septembre 1969, puis passe au disque à l'avant. Au total, la lignée Ami 6/8/Super cumule environ 1,84 million d'exemplaires.
Voir aussi
- La Citroën Dyane — la remplaçante ratée de la 2CV · La Baby-Brousse — la devancière ivoirienne de la Méhari · Le moteur bicylindre à plat de la 2CV — architecture et évolution de 375 à 652 cm³ · La suspension à interaction avant-arrière et les batteurs de la 2CV · Identifier une 2CV — plaques, numéros de série et dénominations commerciales
- Site source
- fr.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Le moteur bicylindre à plat de la 2CV — architecture et évolution de 375 à 652 cm³Citroën 2CV · Moteur
- Pourquoi la Dyane n'a jamais eu de moteur qui lui soit propreCitroën Dyane · Moteur
- La suspension à interaction avant-arrière et les batteurs de la 2CVCitroën 2CV · Freins trains pneus
- Identifier une 2CV — plaques, numéros de série et dénominations commercialesCitroën 2CV · Carrosserie
- La Baby-Brousse — la devancière ivoirienne de la MéhariCitroën 2CV · Histoire et modèles
- La Citroën Dyane — la remplaçante ratée de la 2CVCitroën 2CV · Histoire et modèles
- Le bicylindre 602 cm³ — né pour l'Ami, pas pour la 2 CVCitroën Ami (6, 8, Super, M35)
- Le moteur bicylindre à plat de la 2CV — architecture et évolution de 375 à 652 cm³Citroën 2CV
- Le projet AM — combler le vide entre la 2 CV et la DSCitroën Ami (6, 8, Super, M35)
- La Citroën Dyane — la remplaçante ratée de la 2CVCitroën 2CV
- La Baby-Brousse — la devancière ivoirienne de la MéhariCitroën 2CV
- Les portes concaves de la Dyane — dernière œuvre posthume de BertoniCitroën Dyane
- Pourquoi la Dyane n'a jamais eu de moteur qui lui soit propreCitroën Dyane
- La suspension à interaction avant-arrière et les batteurs de la 2CVCitroën 2CV