La 2CV Sahara 4×4 — la seule voiture de série à deux moteurs
Une idée née hors de Citroën
Contrairement à ce que son nom commercial pourrait laisser penser, la 2CV 4×4 Sahara n'est pas née dans les bureaux d'études de la marque, mais de l'initiative personnelle de Maurice Bonafous, ingénieur aéronautique reconverti dans les travaux publics. Confronté à des soucis de consommation, de coût et de disponibilité des pièces de sa Jeep Willys de service — avec laquelle il avait même frôlé un grave accident —, Bonafous modifie lui-même sa 2CV A dès 1955 en y installant un second moteur à l'arrière. En mars 1956, son frère alerte Citroën par courrier de l'existence de cet engin bimoteur (alors en 375 cm³, porté à 425 cm³ sur la version de série), accompagné de photographies et de croquis. Après une visite des ingénieurs de la marque chez Bonafous, à Laruns, la voiture est officiellement essayée par Citroën courant 1956.
Une présentation médiatique soignée
Citroën présente son propre prototype à la presse en mars 1957, à la Mer de Sable d'Ermenonville. Le communiqué signé par Jacques Wolgensinger, alors responsable des relations publiques, situe explicitement le projet dans le contexte de la recherche pétrolière saharienne : une 2CV à quatre roues motrices, conservant les qualités reconnues du modèle (légèreté, robustesse, faible coût d'entretien, refroidissement par air) tout en acquérant, selon les mots de l'époque, de « stupéfiantes possibilités d'évolution dans le sable ». L'ambition affichée est claire : proposer une alternative à la Jeep, jugée redoutablement efficace en tout-terrain mais inconfortable et dangereuse sur route.
Une mécanique unique dans l'histoire de l'automobile de série
Le modèle est mis au catalogue en octobre 1958 (type constructeur « AW »), mais la production en série ne démarre réellement qu'à la fin de l'année 1960 ; l'homologation officielle aux Mines, sous le type « AZ 4/4 », intervient le 11 octobre 1961. La Sahara embarque deux moteurs de 425 cm³ indépendants, un à l'avant et un à l'arrière, chacun avec sa propre commande de démarreur et son propre réservoir (logé sous les sièges, avec un orifice de remplissage débouchant à travers la portière). Elle est également la seule 2CV de l'histoire équipée d'un levier de vitesses au plancher : positionné entre les deux sièges avant, il commande simultanément les deux boîtes de vitesses ; un second levier, plus petit, permet de débrayer le moteur arrière pour rouler uniquement sur le moteur avant (l'inverse — rouler seulement sur le moteur arrière — n'étant pas possible). Ce mode « économique » à un seul moteur permettait de limiter la consommation sur route.
Visuellement, la Sahara se reconnaît à ses ailes arrière échancrées et élargies, à sa roue de secours montée sur le capot avant, à son pare-chocs tubulaire emprunté à la 2CV PO, à une tôle de protection en forme de ski à l'avant du châssis, et à une porte de malle profondément redessinée pour ménager le refroidissement du second moteur.
Une clientèle de niche mais fidèle
Capable de franchir des pentes de 40 % sur tous types de terrains (sable, boue, caillasse, neige) avec quatre occupants à bord, la Sahara séduit aussi bien les compagnies pétrolières que des médecins de montagne ou la gendarmerie française en poste dans les îles du Pacifique — une clientèle de spécialistes plutôt qu'un grand public, cohérente avec son prix et sa complexité mécanique bien supérieurs à ceux d'une 2CV ordinaire.
Voir aussi
- Site source
- 2cv-legende.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026