Septembre 1978 — le lancement de la Visa et la controverse du « groin »
Une date de lancement à préciser
La Citroën Visa est présentée au public en septembre 1978, avec un slogan publicitaire — « Ça, c'est une auto ! » — dont la tonalité presque défensive trahit déjà l'incertitude qui entoure le lancement d'un modèle né dans la douleur (voir sa genèse complète dans Des accords Fiat au rachat par Peugeot — la genèse mouvementée de la Visa (projets Y, TA, VD)). Au catalogue dès le premier jour : les versions bicylindre Spécial et Club, animées par l'ultime évolution du flat-twin refroidi par air inauguré sur la 2 CV trente ans plus tôt (voir Le bicylindre 652 cm³ de la Visa — dernière évolution du flat-twin, seul moteur 100 % Citroën du modèle), et la version Super, dotée du quatre-cylindres 1 124 cm³ « moteur X » de 57 ch hérité de la Peugeot 104 (voir Les moteurs Peugeot de la Visa — familles X, XU et XUD, de la Super à la GTI).
Une réception technique favorable, une réception esthétique très rude
Sur le plan technique, l'accueil de la presse est plutôt positif : la Visa est saluée comme un signe encourageant du renouvellement de l'entrée de gamme Citroën, avec une suspension à roues indépendantes (McPherson à l'avant, bras tirés à l'arrière) volontairement assouplie par rapport à celle de la 104 dont elle dérive pourtant, afin de retrouver un moelleux plus proche de l'esprit maison — un compromis technique assumé entre l'héritage Citroën et la rationalisation industrielle PSA. Mais l'accueil esthétique, lui, est unanimement sévère. La face avant — un bouclier proéminent qui englobe la calandre trapézoïdale en une masse plastique unique, conçu à l'origine pour encaisser sans dommage les petits chocs urbains — est immédiatement surnommée par les observateurs les plus indulgents un « groin », une comparaison à laquelle s'ajoutent des évocations de lèvres boursouflées ou de « chien battu ». De l'avis de plusieurs commentateurs recoupés pour cette fiche, cette controverse ne relève pas d'un débat esthétique classique comme celui qui avait entouré l'Ami 6 vingt ans plus tôt (voir Un débat esthétique qui n'a jamais vraiment cessé) : la Visa n'est pas perçue comme clivante mais comme franchement disgracieuse, y compris par ses propres admirateurs mécaniques.
Un tableau de bord tout aussi déroutant
L'habitacle prolonge la même logique de rupture, avec un tableau de bord organisé autour de deux « satellites » de commande entourant le volant monobranche — un concept déjà exploré sur la CX et développé ici par le designer Citroën Michel Harmand (voir le détail complet dans Le tableau de bord « avion » — les satellites PRN de Michel Harmand). Le concept divise sévèrement : certains propriétaires y voient un aboutissement ergonomique brillant, d'autres une source de confusion permanente pour quiconque n'a pas grandi avec les habitudes maison.
Des débuts commerciaux sans éclat face à la Renault 5
Sur le marché français, la Visa trouve un peu plus de 90 000 acquéreurs en 1979 — un résultat honorable mais très loin des 212 900 exemplaires écoulés la même année par la Renault 5, alors la référence incontestée du segment. La situation s'aggrave dès 1980 : dopée par le lancement de ses propres versions cinq portes en juillet 1979, la R5 s'envole au-delà des 300 000 ventes annuelles tandis que la Visa retombe sous les 65 000 unités, sans même parvenir à inquiéter une Peugeot 104 pourtant vieillissante. Cette contre-performance commerciale, conjuguée à une image durablement écornée par la controverse esthétique, pousse Citroën à engager dans l'urgence un restylage complet dès 1981 — la Visa II (voir Mars 1981 — le sauvetage de la Visa par Heuliez et Gérard Godfroy) — moins de trois ans après un lancement pourtant présenté, sur le strict plan technique, comme une réussite.
Voir aussi
- Des accords Fiat au rachat par Peugeot — la genèse mouvementée de la Visa (projets Y, TA, VD)
- Mars 1981 — le sauvetage de la Visa par Heuliez et Gérard Godfroy
- Le tableau de bord « avion » — les satellites PRN de Michel Harmand
- Le bicylindre 652 cm³ de la Visa — dernière évolution du flat-twin, seul moteur 100 % Citroën du modèle
- Chronologie complète de la gamme Visa, millésime par millésime (1978-1988)
- Site source
- fr.wikipedia.org, curbsideclassic.com, citroenvie.com, carjager.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Citro%C3%ABn_Visa ↗
- Chronologie complète de la gamme Visa, millésime par millésime (1978-1988)Citroën Visa · Histoire et modèles
- Le tableau de bord « avion » — les satellites PRN de Michel HarmandCitroën Visa · Carrosserie
- 104 contre R5 : un match commercial perdu d'avance, sur le papier comme dans les faitsPeugeot 104 · Marché ventes
- Des accords Fiat au rachat par Peugeot — la genèse mouvementée de la Visa (projets Y, TA, VD)Citroën Visa · Histoire et modèles
- Mars 1981 — le sauvetage de la Visa par Heuliez et Gérard GodfroyCitroën Visa · Histoire et modèles
- 954, 1 124, 1 219, 1 360 cm³ — l'évolution des cylindrées du moteur X sur la 104Peugeot 104 · Moteur transmission
- Un débat esthétique qui n'a jamais vraiment cesséCitroën Ami (6, 8, Super, M35) · Culture documentation
- Le bicylindre 652 cm³ de la Visa — dernière évolution du flat-twin, seul moteur 100 % Citroën du modèleCitroën Visa · Moteur
- Les moteurs Peugeot de la Visa — familles X, XU et XUD, de la Super à la GTICitroën Visa · Moteur
- Identifier une Visa — Visa I, Visa II, et les indices de carrosserie qui trahissent le moteurCitroën Visa
- Guide d'achat — quelle Visa choisir, et à quel niveau de cote s'attendreCitroën Visa
- Le tableau de bord « avion » — les satellites PRN de Michel HarmandCitroën Visa
- Conduire une Visa — entre moelleux inattendu et ergonomie qui diviseCitroën Visa
- Des accords Fiat au rachat par Peugeot — la genèse mouvementée de la Visa (projets Y, TA, VD)Citroën Visa
- Chronologie complète de la gamme Visa, millésime par millésime (1978-1988)Citroën Visa
- L'Ami 8 (1969) — le restylage d'Opron et la fin de la ligne en ZCitroën Ami (6, 8, Super, M35)
- Mars 1981 — le sauvetage de la Visa par Heuliez et Gérard GodfroyCitroën Visa