Edward Turner — de la moto à l'automobile, un ingénieur atypique à la tête de Daimler
Un autodidacte de la moto britannique
Né à Southwark le 24 janvier 1901, fils d'un ingénieur mécanicien, Edward Turner construit sa première motocyclette en 1927 dans l'arrière-boutique de Chepstow Motors, un commerce de motos qu'il tient à Peckham avec une concession Velocette. L'année suivante, alors qu'il cherche activement du travail et démarche les constructeurs avec ses plans sous le bras, il conçoit le moteur « Square Four » — quatre cylindres disposés en carré, essentiellement deux bicylindres à arbre à cames en tête accouplés par des volants dentés dans un seul bloc-cylindres. BSA refuse le projet ; Ariel l'accepte, et le moteur devient l'Ariel Square Four. Jack Sangster, alors patron d'Ariel, engage aussitôt Turner, qui y travaille aux côtés de Bert Hopwood sous la direction de Val Page.
En 1936, Sangster rachète Triumph et en confie la direction générale et la conception à Turner, alors âgé de 35 ans. En juillet 1937, celui-ci lance le bicylindre 500 cm³ Speed Twin — un moteur dont l'architecture (culasse hémisphérique, disposition des soupapes) influencera directement, vingt ans plus tard, la conception du V8 automobile Daimler (voir Le V8 Turner — un moteur de moto porté à l'échelle automobile). Turner quitte brièvement Triumph pour BSA en 1942 après un différend avec Sangster, avant d'y revenir dès octobre 1943 comme directeur général en 1944, au moment où Triumph passe sous le contrôle de BSA (1951).
La nomination de 1956 : de la moto à l'automobile
En 1956, après le coup d'État de conseil d'administration qui écarte Sir Bernard Docker de la présidence de BSA (voir Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissante), le nouveau président Jack Sangster nomme Turner directeur général de la toute nouvelle division automobile du groupe BSA, qui englobe non seulement Daimler mais aussi Ariel, BSA, Sunbeam et les motocyclettes Triumph, ainsi que Carbodies (constructeur de taxis londoniens). Ce parcours — d'un mécanicien autodidacte spécialiste du deux-roues à la tête d'un constructeur automobile centenaire — reste l'un des profils de carrière les plus atypiques de toute l'histoire industrielle britannique de l'automobile.
Le mandat impossible : un V8 « de toute urgence »
Peu après sa prise de fonction, Turner reçoit pour mission de concevoir « de toute urgence » un moteur V8 destiné à une nouvelle berline Daimler censée redonner à la marque une image moderne. De retour à son bureau, il évoque le projet avec son assistant de longue date Jack Wickes, qu'il surnomme affectueusement « mon crayon » (« my pencil ») — Wickes suggère de s'inspirer d'un moteur Cadillac comme point de départ, ce à quoi Turner répond en sortant du tiroir de son bureau... un manuel d'atelier et un catalogue de pièces Cadillac qu'il possédait déjà. Le détail de la conception technique du moteur qui en résultera est traité dans Le V8 Turner — un moteur de moto porté à l'échelle automobile ; une part significative du travail de détail est attribuée non à Turner lui-même mais à ses collaborateurs Jack Wickes, Cyril Simpson et le docteur John Tait.
Avant ce mandat chez Daimler, Turner n'était pas totalement étranger à la conception automobile : on lui attribue déjà la paternité du moteur de la Riley Nine — une expérience qui, si elle ne suffit pas à faire de lui un spécialiste quatre-roues, montre que le grand saut de 1956 n'est pas parti de rien.
Fin de carrière et postérité
Turner reste directeur général de la division automobile jusqu'en 1963, tout en conservant son siège au conseil d'administration de BSA. Visiblement en désaccord avec l'orientation prise par le groupe, il travaille encore en 1966 sur un projet de moteur quatre cylindres grande cylindrée qui ne verra jamais le jour, avant de quitter définitivement le conseil de BSA en 1967, à 66 ans. Il meurt le 15 avril 1973. Sa biographie de référence, Edward Turner: The Man Behind the Motorcycles par Jeff Clew (Veloce Publishing), reste une source citée par la quasi-totalité des historiens de la marque Daimler pour la période 1956-1963.
Voir aussi
- Le V8 Turner — un moteur de moto porté à l'échelle automobile · Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissante · Daimler sous la coupe de BSA (1910-1960) — Lanchester, structure de groupe et déclin d'avant-guerre · 1960 — Jaguar rachète Daimler, un coup monté dans le plus grand secret
- Site source
- gracesguide.co.uk
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://www.gracesguide.co.uk/Edward_Turner ↗
- Daimler sous la coupe de BSA (1910-1960) — Lanchester, structure de groupe et déclin d'avant-guerreDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- Le V8 Turner — un moteur de moto porté à l'échelle automobileDaimler (Royaume-Uni) · Moteur
- 1960 — Jaguar rachète Daimler, un coup monté dans le plus grand secretDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissanteDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- Daimler sous la coupe de BSA (1910-1960) — Lanchester, structure de groupe et déclin d'avant-guerreDaimler (Royaume-Uni)
- Le V8 Turner — un moteur de moto porté à l'échelle automobileDaimler (Royaume-Uni)
- Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissanteDaimler (Royaume-Uni)