Le mécénat royal — brevet royal de 1902 et la bascule vers Rolls-Royce en 1950
Une relation qui démarre par une balade
Daimler revendique le titre de plus ancien constructeur automobile britannique et son lien avec la famille royale démarre dès 1898, lorsque le futur Édouard VII (alors prince de Galles) est convié à faire un tour en Daimler par John Douglas-Scott-Montagu (futur Lord Montagu of Beaulieu) — lequel, en tant que député, conduit par ailleurs une Daimler jusque dans la cour du Palais de Westminster, une première pour un véhicule à moteur en ce lieu. Début 1900, le prince de Galles achète lui-même une Daimler à carrosserie « mail phaeton ». Les sources divergent sur la puissance exacte de ce premier véhicule royal : un cliché d'époque cité par Grace's Guide mentionne « 12 h.p. », tandis que la fiche technique de Wikipédia évoque un modèle « 6 hp » bicylindre de 1527 cm³ (aujourd'hui exposé à Sandringham) — la divergence n'est pas tranchée par les sources consultées ici.
Le brevet royal de 1902
En 1902, à l'occasion de l'achat d'une nouvelle Daimler, le roi Édouard VII accorde formellement à la marque un Royal Warrant — un brevet de fournisseur officiel de la Couronne. C'est le point de départ d'un mécénat royal qui va durer un demi-siècle : chaque monarque britannique, d'Édouard VII à Élisabeth II, sera transporté en Daimler. Le brevet s'étend même au-delà des frontières britanniques : en 1908, grâce aux relations mondaines d'Undecimus Stratton (responsable du dépôt londonien de la marque, repéré et recruté après avoir porté secours au président de Daimler Edward Jenkinson, alors immobilisé en bord de route), Daimler obtient également un brevet royal de fournisseur automobile pour la cour d'Espagne (roi Alphonse XIII) et le titre de « Constructeur automobile de la Cour de Prusse » décerné par le Kaiser Guillaume II. Stratton vend également des Daimler au sultan de Johor et passe, en 1911, plusieurs week-ends à Sandringham pour enseigner la conduite au nouveau prince de Galles.
D'ici 1914, des familles royales de Grande-Bretagne, d'Allemagne, de Russie, de Suède, du Japon, d'Espagne et de Grèce comptent toutes des Daimler dans leurs écuries ; la liste de propriétaires britanniques de la marque, selon un commentateur d'époque, « se lit comme un digest du Debrett » (l'annuaire de référence de la noblesse britannique). Le concessionnaire de Bombay fournit des princes indiens, tandis que l'agent japonais Okura étend les ventes jusqu'en Mandchourie et en Corée.
L'aristocratie préfère Daimler à Rolls-Royce
Jusqu'au tout début des années 1950, l'aristocratie britannique — à l'image de la famille royale elle-même — continue de préférer Daimler, jugeant les Rolls-Royce trop tape-à-l'œil (« flashy »). Rolls-Royce se replie alors sur une clientèle de têtes couronnées étrangères et de chefs d'État avec sa Phantom IV, réservée exclusivement à ce type de clientèle : d'anciens clients de Daimler, dont des membres de la famille royale britannique et l'Aga Khan, basculent vers ce modèle, tandis que l'empereur d'Éthiopie et le couple royal grec commandent des Silver Wraith carrossées sur mesure.
La panne qui change tout : 1950
Le tournant survient en 1950 : après une panne de transmission récurrente sur la voiture personnelle du roi Georges VI, Rolls-Royce est chargée de fournir les nouvelles voitures d'État officielles. À mesure que les Daimler royales partent à la retraite, elles ne sont plus remplacées par des Daimler. La transition n'est cependant pas immédiate ni totale : une limousine DE 27 offerte à la princesse Elisabeth par la Royal Air Force en cadeau de mariage est elle-même échangée contre une Rolls-Royce après une panne de transmission similaire. Il faut attendre la fin de la décennie 1950 pour que l'éviction soit consommée : sous la direction erratique de Sir Bernard Docker (voir Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissante), la réputation de la marque auprès de la Couronne se dégrade au point que, fin 1960, l'intégralité du parc royal de Daimler d'État a été remplacée par des Rolls-Royce.
Une survivance limitée mais réelle
Le lien avec la Couronne ne disparaît pas totalement pour autant. La limousine DS420, lancée en 1968, renoue partiellement avec cette tradition auprès de plusieurs cours royales européennes — britannique, danoise, suédoise, luxembourgeoise — sans toutefois retrouver le statut de voiture d'État exclusive (voir La DS420, voiture de cour d'une dizaine de monarchies à travers le monde). La voiture d'État officielle britannique actuelle est d'ailleurs une Bentley construite spécialement à cet effet ; le transport chauffeur non officiel continue néanmoins de recourir à des Daimler. Élisabeth II elle-même possédait, pour son usage personnel, une Daimler Super Eight de 2008 — l'un des tout derniers modèles construits avant l'extinction de la marque (voir L'extinction du badge Daimler — un nom jamais déposé aux États-Unis, jusqu'à la dissolution de 2025) — tout en étant également vue conduisant elle-même d'autres voitures plus modestes.
Voir aussi
- 1896 — la fondation de Daimler, premier constructeur automobile britannique · Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissante · La genèse de la DS420 — consolider deux limousines rivales en une seule · La DS420, voiture de cour d'une dizaine de monarchies à travers le monde · L'extinction du badge Daimler — un nom jamais déposé aux États-Unis, jusqu'à la dissolution de 2025
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://en.wikipedia.org/wiki/Daimler_Company ↗
- L'extinction du badge Daimler — un nom jamais déposé aux États-Unis, jusqu'à la dissolution de 2025Daimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- 1896 — la fondation de Daimler, premier constructeur automobile britanniqueDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissanteDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- La genèse de la DS420 — consolider deux limousines rivales en une seuleDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- La DS420, voiture de cour d'une dizaine de monarchies à travers le mondeDaimler (Royaume-Uni) · Culture documentation
- L'après-guerre — Eighteen, DE27/DE36, Conquest et les berlines RegencyDaimler (Royaume-Uni)
- Lady Docker et les « Docker Daimlers » — cinq voitures-vitrine, une chute retentissanteDaimler (Royaume-Uni)
- Vanden Plas, Hooper, Barker — les carrossiers absorbés par DaimlerDaimler (Royaume-Uni)
- La DS420, voiture de cour d'une dizaine de monarchies à travers le mondeDaimler (Royaume-Uni)
- 1896 — la fondation de Daimler, premier constructeur automobile britanniqueDaimler (Royaume-Uni)