La Bellel (1961-1967) : première conception propre d'Isuzu et première japonaise à moteur diesel
Un point mérite d'être établi avec précision avant même d'aborder la Bellett, cœur de ce dossier : contrairement à une présentation parfois simplifiée qui ferait de la Bellett la toute première voiture conçue en interne par Isuzu, ce titre revient en réalité à sa devancière, la Bellel, lancée deux ans plus tôt.
La vraie « première » d'Isuzu
Introduite le 11 avril 1961, avec une mise sur le marché progressive à partir d'avril 1962 dans une sélection de villes japonaises, la Bellel est explicitement désignée par Wikipédia comme « la première conception indépendante » d'Isuzu, et simultanément comme la toute première voiture particulière japonaise équipée d'un moteur diesel. Isuzu, déjà rompu à la construction de moteurs diesel pour poids lourds, avait observé qu'en Europe des berlines de classe intermédiaire comme la Mercedes-Benz et la Peugeot proposaient elles aussi une option diesel, et avait décidé de suivre cette voie.
Berline quatre portes de gabarit intermédiaire, la Bellel doit sa mise en production définitive au calendrier symbolique des Jeux olympiques de Tokyo (octobre 1964), même si sa sortie commerciale l'a précédée de deux ans. Une version break cinq portes, la Bellel Express, était classée administrativement comme véhicule commercial selon l'usage en vigueur au Japon à l'époque.
Une ingénierie moins « propre » qu'il n'y paraît
Si la Bellel constitue bien la première tentative d'Isuzu de s'affranchir de la dépendance à une licence étrangère, son ingénierie n'est cependant pas totalement vierge d'héritage Rootes : selon Driven to Write, sa suspension reprend directement les solutions de la Hillman Minx qu'Isuzu construisait alors sous licence (voir La licence Hillman Minx (1953-1964) : comment le MITI et Rootes ont façonné le retour d'Isuzu à la voiture particulière). C'est précisément sur ce point que la Bellett, lancée deux ans plus tard avec une suspension arrière indépendante entièrement nouvelle (voir La suspension arrière indépendante de la Bellett : une ingénierie plus ambitieuse que celle de ses rivales japonaises), marquera une rupture plus nette avec l'héritage britannique — d'où la nuance apportée dans la fiche consacrée à sa genèse (voir La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licence) : la Bellel est chronologiquement la première conception propre, mais la Bellett est la première dont l'ingénierie s'affranchit véritablement, y compris dans son train roulant, de tout héritage sous licence.
Côté style, la Bellel affiche une ligne influencée par les canons de la Carrozzeria Pininfarina alors en vogue dans l'industrie automobile mondiale (comparable, selon Driven to Write, à une Fiat 2300), sans qu'aucune source consultée ne documente une collaboration directe avec un carrossier italien nommé — à la différence du coupé 117, dont la paternité stylistique est au contraire précisément établie (voir Genèse du coupé 117 (1966-1968) : Giorgetto Giugiaro, la Carrozzeria Ghia et le premier vrai coup d'éclat stylistique d'Isuzu).
Motorisations et une curiosité technique : l'injection Bosch sous licence
La Bellel est proposée avec des moteurs essence à soupapes en tête de 1,5 l et 2,0 l — ce dernier disponible, fait suffisamment rare à l'époque pour être signalé, avec un système d'injection d'essence sous licence Bosch (voir La Bellel, curiosité technique méconnue : injection Bosch sous licence dès 1961) — ainsi qu'avec le moteur diesel 2,0 l qui a fait sa réputation (52 ch pour la version initiale DL200, 55 ch pour la DL201 qui lui succède). Toutes les motorisations sont associées à une boîte manuelle à quatre rapports, levier au volant.
Une carrière commerciale en demi-teinte, sauvée par les taxis
Le diesel, réputé pour sa robustesse mais aussi pour sa rudesse de fonctionnement à l'époque, rencontre un succès plus net auprès des flottes commerciales — en particulier les compagnies de taxi — qu'auprès de la clientèle privée, freinée à la fois par cette rudesse mécanique et par un style jugé peu conventionnel. Face à des rivales generalistes comme la Toyota Crown, la Nissan Cedric ou la Prince Gloria, la Bellel se positionne comme une alternative de niche plutôt que comme un succès populaire. Un restylage d'octobre 1965 — quatre phares ronds disposés verticalement remplaçant les phares simples d'origine — tente sans grand effet de lui donner une image plus formelle et davantage grand public.
La voiture est également exportée, en volumes limités, vers les États-Unis (environ 300 exemplaires en 1964-1965, via l'importateur californien Trans-Alpac Corporation de Burbank — le même importateur qui distribuera ensuite la Bellett sur la côte ouest américaine, voir La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licence), disponible en conduite à gauche pour ces marchés d'exportation.
Étymologie du nom
« Bellel » associe le mot anglais bell (cloche) au chiffre romain L (50), pour signifier « cinquante cloches » — un écho direct au sens du nom Isuzu lui-même (voir Des chantiers navals à l'automobile : les origines d'Isuzu (1916-1949)) et une habitude de nommage à significations japonaises que l'on retrouvera, sous une forme diminutive, dans le nom même de la Bellett (« une Bellel en plus petit », voir La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licence).
Fin de carrière et un clin d'œil hollywoodien
37 206 Bellel ont été produites au total (Express comprise), la production s'arrêtant en mai 1967. La voiture a été remplacée par la Florian (voir L'Isuzu Florian (1967-1983) : la berline sœur du coupé 117, elle aussi née chez Ghia). Anecdote culturelle rare pour une automobile japonaise aussi confidentielle : une Bellel de 1964 tient le rôle d'un taxi dans le film de Woody Allen What's Up, Tiger Lily? (1966).
Voir aussi
- La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licence · La licence Hillman Minx (1953-1964) : comment le MITI et Rootes ont façonné le retour d'Isuzu à la voiture particulière
- L'Isuzu Florian (1967-1983) : la berline sœur du coupé 117, elle aussi née chez Ghia · La Bellel, curiosité technique méconnue : injection Bosch sous licence dès 1961
- Site source
- en.wikipedia.org ; driventowrite.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://en.wikipedia.org/wiki/Isuzu_Bellel ↗
- Des chantiers navals à l'automobile : les origines d'Isuzu (1916-1949)Isuzu Bellett / 117 Coupé · Histoire et modèles
- La suspension arrière indépendante de la Bellett : une ingénierie plus ambitieuse que celle de ses rivales japonaisesIsuzu Bellett / 117 Coupé · Freins trains pneus
- Genèse du coupé 117 (1966-1968) : Giorgetto Giugiaro, la Carrozzeria Ghia et le premier vrai coup d'éclat stylistique d'IsuzuIsuzu Bellett / 117 Coupé · Histoire et modèles
- La licence Hillman Minx (1953-1964) : comment le MITI et Rootes ont façonné le retour d'Isuzu à la voiture particulièreIsuzu Bellett / 117 Coupé · Histoire et modèles
- La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licenceIsuzu Bellett / 117 Coupé · Histoire et modèles
- La Bellel, curiosité technique méconnue : injection Bosch sous licence dès 1961Isuzu Bellett / 117 Coupé · Moteur
- L'Isuzu Florian (1967-1983) : la berline sœur du coupé 117, elle aussi née chez GhiaIsuzu Bellett / 117 Coupé · Histoire et modèles
- La licence Hillman Minx (1953-1964) : comment le MITI et Rootes ont façonné le retour d'Isuzu à la voiture particulièreIsuzu Bellett / 117 Coupé
- La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licenceIsuzu Bellett / 117 Coupé
- Glossaire pratique : codes châssis et codes moteurs de la Bellett et du coupé 117Isuzu Bellett / 117 Coupé
- La licence Wolseley (1918) et la question de la toute première automobile fabriquée au JaponIsuzu Bellett / 117 Coupé
- Des chantiers navals à l'automobile : les origines d'Isuzu (1916-1949)Isuzu Bellett / 117 Coupé
- Isuzu aujourd'hui : une marque mondiale de poids lourds, méconnue du grand public occidental comme constructeur de voituresIsuzu Bellett / 117 Coupé
- La Bellel, curiosité technique méconnue : injection Bosch sous licence dès 1961Isuzu Bellett / 117 Coupé