Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Des chantiers navals à l'automobile : les origines d'Isuzu (1916-1949)

Isuzu Bellett / 117 Coupé · 1963–1973 · 5 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Contrairement à la plupart des constructeurs de ce corpus, Isuzu ne naît pas d'un atelier de cycles ou d'une écurie de compétition, mais d'un chantier naval. Comprendre cette généalogie industrielle éclaire directement la mission confiée à la marque dans l'après-guerre : rattraper, avec des moyens propres très limités, un savoir-faire automobile qu'elle avait dû emprunter à des partenaires étrangers pendant près d'un demi-siècle.

Une coentreprise entre chantier naval et électricité (1916-1918)

L'histoire industrielle d'Isuzu démarre en 1916, quand la Tokyo Ishikawajima Shipbuilding and Engineering Co., Ltd. (chantier naval fondé dès 1853, l'un des plus anciens groupes industriels japonais) envisage une coopération avec la Tokyo Gas and Electric Industrial Company pour construire des automobiles. C'est cette association improbable entre construction navale et électricité qui donne naissance, deux ans plus tard, au premier partenariat automobile de la future Isuzu avec le constructeur britannique Wolseley (voir La licence Wolseley (1918) et la question de la toute première automobile fabriquée au Japon pour le détail précis, y compris une divergence documentée sur la date exacte de la toute première automobile fabriquée au Japon).

Séisme de 1923 et les premiers camions maison

Le grand tremblement de terre du Kantō (1923) dévaste les infrastructures ferroviaires, propriété d'État, sur lesquelles reposait l'essentiel du transport japonais. Les engins de chantier lourds sont alors importés des constructeurs américains GMC et Ford pour la reconstruction — un premier contact, resté longtemps informel, entre le futur Isuzu et l'univers General Motors, qui ne deviendra un partenariat capitalistique que cinquante ans plus tard (voir 1971-2006 : trente-cinq ans dans l'orbite de General Motors). L'entreprise cherche alors à produire elle-même des véhicules utilitaires lourds : en 1927 apparaissent le camion « Sumida » de type P (2 tonnes de charge utile, moteur A6) et l'autobus « Sumida » de type M n° 1 (moteur A4), tous deux nommés d'après la rivière Sumida qui borde l'usine de Fukagawa.

Fusion avec DAT et naissance d'une lignée qui donnera aussi Nissan

En 1929, la branche manufacturière de l'IHI Corporation fusionne avec la DAT Automobile Manufacturing Inc. — une entreprise qui deviendra plus tard l'un des ancêtres directs de Nissan — pour former la Jidosha Kogyo Co., Ltd. (« Automobile Industries Co. »). Les produits de cette période portent des noms chargés de symbolique locale : « Sumida » (la rivière du même nom) et « Chiyoda » (le quartier de Tokyo où se trouve le palais impérial) — une habitude de nommage par référence à des lieux ou symboles japonais significatifs qui se retrouvera plus tard dans le choix même du nom « Isuzu », puis dans celui de la Bellel et de la Bellett (voir plus bas).

En 1934, l'usine de Tsurumi ouvre sous la raison sociale Automobile Industry Co., Ltd. ; en 1937, la société est réorganisée en Tokyo Automobile Industries Co., Ltd., au capital d'un million de yens.

L'entreprise pendant la guerre

Tokyo Automobile Industries devient l'un des principaux fournisseurs de camions et d'autobus lourds de l'armée impériale japonaise, aux côtés de Mitsubishi Heavy Industries, avec une allégeance corporative au zaibatsu Yasuda. Parmi les véhicules produits pour l'effort de guerre figure le transport de troupes blindé Sumida M.2593. En 1942, la branche Hino est scindée de l'entreprise pour devenir une société distincte (Hino Heavy Industries) — Hino et Isuzu partagent ainsi une origine commune avant de devenir des concurrents, puis, bien plus tard (2021), des partenaires industriels au sein d'une coentreprise commune avec Toyota.

1945-1949 : reconstruction et naissance du nom « Isuzu »

La production de camions et d'autobus (séries TX40 et TU60, autobus « Sumida ») reprend dès 1945 avec l'autorisation des autorités d'occupation. C'est en 1949, à l'issue d'une réunion avec le ministère japonais du Commerce international et de l'Industrie (MITI), que l'entreprise adopte le nom Isuzu, d'après la rivière Isuzu qui coule près du sanctuaire shintoïste d'Ise, l'un des lieux les plus sacrés du Japon. Le mot japonais isuzu (五十鈴) signifie littéralement « cinquante cloches » — une origine qui inspirera directement, une douzaine d'années plus tard, les noms de la Bellel puis de la Bellett (voir La Bellel (1961-1967) : première conception propre d'Isuzu et première japonaise à moteur diesel et La Bellett (1963) : la première Isuzu à l'ingénierie véritablement affranchie de toute licence).

⚠️ Une nuance à noter : le site anglophone Driven to Write avance que le nom « Isuzu » aurait en réalité déjà été utilisé dès 1934, sur un petit camion construit aux normes du MITI — ce qui contredirait la date de 1949 donnée par l'article Wikipédia consacré à la marque (issue d'une source secondaire citant les archives de l'entreprise). Faute d'une source primaire japonaise permettant de trancher, les deux dates sont consignées ici : 1934 pour un usage possible du nom sur un produit isolé, 1949 pour l'adoption du nom comme raison sociale de l'entreprise tout entière, cette dernière date étant la mieux sourcée des deux.

Une usine et un site industriels toujours en activité

L'usine de Fujisawa (préfecture de Kanagawa), construite en 1958, reste aujourd'hui encore un site clé de production de véhicules commerciaux ; le camion cabine avancée Isuzu Elf, lancé en 1959, y est toujours fabriqué plus de soixante ans plus tard — un rare exemple, dans ce corpus, d'une gamme utilitaire qui n'a jamais connu d'interruption de production depuis le tout début de l'ère Isuzu proprement dite.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org ; driventowrite.com ; below-the-radar.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci