La course des champions du Nürburgring (12 mai 1984) : la victoire fondatrice d'Ayrton Senna
Avertissement méthodologique (à lire en premier) : cet événement est parfois daté à tort de 1990, ou confondu avec le record d'endurance de Nardò de 1983 (voir Le record de Nardò (août 1983) — trois records du monde avant même la présentation officielle). Les sources croisées pour ce dossier — l'article Wikipédia anglophone entièrement dédié à l'événement (lui-même sourcé sur les résultats d'époque et deux biographies d'Ayrton Senna), Wikipédia francophone et le site spécialisé mb190e16v.com — s'accordent unanimement sur une date unique et non ambiguë : le 12 mai 1984, au Nürburgring (nouveau tracé GP-Strecke), sous la forme d'une course de démonstration (et non d'un record d'endurance). Le détail de cette clarification est consigné dans sources/verification-croisee.md.
Inaugurer un circuit, relancer la Formule 1 en Allemagne
La Formule 1 n'a plus couru au Nürburgring depuis le Grand Prix d'Allemagne 1976, marqué par le très grave accident de Niki Lauda sur l'ancien tracé Nordschleife. Un nouveau circuit plus court et plus sûr, le GP-Strecke, est construit entre le 30 novembre 1981 et 1984 pour convaincre la Formule 1 de revenir en Allemagne — ce qui sera chose faite dès octobre 1984 avec le Grand Prix d'Europe. Pour inaugurer ce nouveau tracé et démontrer ses qualités, les organisateurs imaginent une « course des champions » : réunir sur la piste neuve un plateau exceptionnel de pilotes, au volant de voitures rigoureusement identiques. Mercedes-Benz, qui vient tout juste de dévoiler sa 190 E 2.3-16 quelques mois plus tôt, saisit l'occasion inespérée de promouvoir son nouveau modèle sportif et met à disposition vingt exemplaires de la voiture, peints pour moitié en argent fumé, pour moitié en bleu-noir métallique.
Un plateau unique dans l'histoire du sport automobile
Gerd Kremer, responsable du placement produit en compétition chez Mercedes-Benz, est chargé de convaincre d'anciens champions du monde de Formule 1 et vainqueurs au Nürburgring de participer. Sur les quatorze champions du monde encore en vie à l'époque, neuf seulement déclinent ou sont indisponibles : Juan Manuel Fangio (72 ans, présent comme ambassadeur mais ne courant pas), Emerson Fittipaldi et Mario Andretti (retenus par les qualifications de l'Indy 500), Jackie Stewart (fidèle à son vœu de ne plus jamais courir après la mort de François Cevert) et Nelson Piquet (champion en titre, décline l'invitation). Les vingt pilotes engagés sont : Stirling Moss, Jack Brabham, Keke Rosberg, Carlos Reutemann, Alain Prost, Manfred Schurti, Jacques Laffite, Hans Herrmann, John Watson, Alan Jones, Ayrton Senna, Klaus Ludwig, Phil Hill, James Hunt, Denny Hulme, John Surtees, Niki Lauda, Jody Scheckter, Elio de Angelis et Udo Schütz. C'est grâce à cette liste exceptionnelle de neuf champions du monde confirmés que Kremer parvient à obtenir une invitation supplémentaire pour un jeune pilote alors quasiment inconnu du grand public, rencontré l'année précédente en Formule 3 : Ayrton Senna, à l'époque crédité de seulement quatre départs en Grand Prix.
Les voitures, légèrement préparées pour la course
Sous la supervision de l'ingénieur Mercedes-Benz Gerhard Lepler, les vingt 190 E 2.3-16 reçoivent des modifications mineures de sécurité et de performance : rapport de pont raccourci (4,08:1), silencieux déposés, ressorts et amortisseurs plus fermes, caisse abaissée de 15 mm, voie élargie de 2 cm par un déport de jantes porté de ET 25 à ET 44, étriers de frein avant à quatre pistons, pneus Pirelli P7 (remplaçant les P6 205/55 VR15 de série), diamètre du volant réduit de 400 à 380 mm, arceau de sécurité, extincteur, coupe-circuit central et sièges à réglage électrique conservés.
Le sacre d'un futur triple champion du monde
La retransmission télévisée manque le départ, retardée par un discours du ministre-président de Rhénanie-Palatinat qui déborde sur l'horaire prévu. Alain Prost, auteur de la pole position, affirme avoir été poussé hors de la piste dès le premier virage par Senna, qui ne lâchera plus la tête de course pendant les douze tours. Niki Lauda, privé d'essais par des obligations télévisées et parti 14ᵉ sur la grille, remonte spectaculairement à la 2ᵉ place à l'arrivée. Le classement final est : 1. Ayrton Senna, 2. Niki Lauda (+1,38 s), 3. Carlos Reutemann (+3,69 s), 4. Keke Rosberg, 5. John Watson, 6. Denny Hulme, 7. Jody Scheckter, 8. Jack Brabham, 9. Klaus Ludwig, 10. James Hunt — Alan Jones est le seul abandon (ennuis mécaniques après trois tours). John Surtees, impressionné, aurait par la suite pressé son ancien patron Enzo Ferrari de recruter le jeune Brésilien. La voiture victorieuse de Senna est aujourd'hui conservée au musée Mercedes-Benz de Stuttgart ; celle de Lauda, vendue en configuration course, appartient à un collectionneur suisse. Cette victoire, obtenue face à neuf champions du monde en machines rigoureusement identiques, est unanimement présentée par les biographes de Senna comme l'un des moments fondateurs de sa légende, trois semaines avant sa remarquable 2ᵉ place sous la pluie au Grand Prix de Monaco 1984.
Une clarification nécessaire sur le rôle de Jochen Mass
Le pilote allemand Jochen Mass, parfois associé à cet événement dans certaines évocations informelles de l'histoire de la 190 E, ne figure pas dans la liste officielle des vingt engagés de 1984 telle que documentée par les sources ci-dessus. Mass a en revanche été un authentique pilote de 190 E en compétition, mais dans un cadre différent : au volant d'une 190 E 2.5-16 Evolution II engagée en championnat DTM par l'écurie MS-JET Racing (avec Günter Schons) en fin de saison 1990 — voir Le DTM 1985-1993 : de l'outsider privé au double titre constructeurs Mercedes-Benz.
Voir aussi
- Le record de Nardò (août 1983) — trois records du monde avant même la présentation officielle · Le lancement de la 190 E 2.3-16 — de Francfort 1983 à la production de série en 1984 · Le DTM 1985-1993 : de l'outsider privé au double titre constructeurs Mercedes-Benz · De la voiture décriée à l'icône « youngtimer » : la seconde vie culturelle de la 190 E 16 soupapes
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Le record de Nardò (août 1983) — trois records du monde avant même la présentation officielleMercedes-Benz 190 E 2.3-16 / 2.5-16 « Cosworth » · Histoire et modèles
- De la voiture décriée à l'icône « youngtimer » : la seconde vie culturelle de la 190 E 16 soupapesMercedes-Benz 190 E 2.3-16 / 2.5-16 « Cosworth » · Culture documentation
- Le DTM 1985-1993 : de l'outsider privé au double titre constructeurs Mercedes-BenzMercedes-Benz 190 E 2.3-16 / 2.5-16 « Cosworth » · Culture documentation
- Le lancement de la 190 E 2.3-16 — de Francfort 1983 à la production de série en 1984Mercedes-Benz 190 E 2.3-16 / 2.5-16 « Cosworth » · Histoire et modèles
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- Les freins de la 190 E 16 soupapes — du 2.3-16 aux étriers empruntés à la 500 SLMercedes-Benz 190 E 2.3-16 / 2.5-16 « Cosworth »