Le choc pétrolier de 1973 et la priorité donnée à la Corolla — le témoignage d'Eiji Toyoda
Un Japon plongé dans la pénurie
La guerre du Kippour (octobre 1973) déclenche l'embargo pétrolier arabe puis la décision de l'OPEP de réduire l'offre et de multiplier les prix par plus de quatre en quelques mois (le baril de pétrole arabe léger passe de 2,59 dollars en janvier 1973 à 11,65 dollars en janvier 1974). Le Japon, alors totalement dépendant du pétrole importé, connaît une pénurie généralisée touchant jusqu'au papier toilette et aux détergents, une inflation brutale et, en 1974, sa première croissance négative de l'après-guerre — un phénomène alors qualifié ailleurs dans le monde de « stagflation ».
Toyota réduit puis relance sa production plus vite que ses concurrents
Confronté à une pénurie de matières premières et à une chute des ventes de plus de 10 % en rythme annuel dès décembre 1973, Toyota décide de réduire sa production de janvier à mars 1974 pour ajuster les stocks chez ses concessionnaires — une décision prise, selon le témoignage direct de son président Eiji Toyoda, avant que d'autres constructeurs japonais n'augmentent au contraire imprudemment leur propre production. La remontée reprend dès avril 1974.
La citation clé : « La priorité est allée à la Corolla »
Dans ses mémoires (Toyota: Fifty Years in Motion, cités par l'histoire officielle du groupe), Eiji Toyoda relate directement l'arbitrage industriel opéré dans cette période de crise : les ventes intérieures avaient atteint leur pic en 1973 puis reculaient légèrement en 1974, à l'exception notable de la Corolla, qui continuait de bien se vendre — ce qui a conduit Toyota à concentrer prioritairement ses efforts de relance de production sur ce modèle, tout en intensifiant en parallèle ses exportations, en forte hausse de 1974 à 1975.
Le plan de relance « T23 »
En juin-juillet 1974, Toyota met en œuvre avec l'ensemble de son réseau de concessionnaires un plan baptisé « stratégie T23 », visant à écouler 230 000 véhicules Toyota en deux mois pour ramener les ventes à 80 % de leur niveau de l'année précédente. L'objectif est atteint (environ 233 500 unités vendues, soit 80,6 % du niveau de l'année antérieure) ; dès septembre 1974, les ventes redeviennent supérieures, mois par mois, à celles de l'année précédente — signant la sortie de crise pour le constructeur.
Une crise qui profite indirectement à l'export
Ce même choc pétrolier, qui frappe durement le marché intérieur japonais à court terme, prépare paradoxalement le terrain du succès américain de la Corolla dans la seconde moitié des années 1970, les automobilistes occidentaux se tournant en masse vers des voitures économes en carburant — voir La percée américaine de la Corolla (1968-1977) — de la 8e à la 1re place des marques importées pour le détail chiffré de cette percée, et Corolla E30/E50 (1974-1981) — la troisième génération, l'essor américain sous le choc pétrolier pour la génération directement concernée.
Voir aussi
- Site source
- toyota-global.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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