Le chaînon enfin cohérent — la GS et le positionnement stratégique du milieu de gamme Citroën
L'Ami, un compromis qui ne convainc qu'à moitié
Le dossier citroen-ami/ de ce corpus documente en détail comment l'Ami 6, lancée en 1961, avait été conçue pour combler le vide entre la 2 CV et la DS (voir Le projet AM — combler le vide entre la 2 CV et la DS). Mais l'Ami reste, structurellement, une « super 2 CV » habillée d'une carrosserie bourgeoise : châssis, trains roulants et base mécanique de la populaire, sans rien de la sophistication technique qui fait la réputation de la marque depuis la DS. Neuf ans plus tard, en 1970, la GS change radicalement la donne : traction avant moderne, quatre cylindres à plat inédit, suspension hydropneumatique proche de celle de la DS — la première voiture du segment intermédiaire réellement conçue dès l'origine pour ce rôle, plutôt qu'un châssis de 2 CV rhabillé. L'arrivée de la GS ne met pas fin à la carrière de l'Ami, qui se poursuit huit années supplémentaires (voir Le flat-4 « série G » refroidi par air — un moteur unique dans la gamme Citroën de son temps pour le lien technique entre les deux gammes via l'Ami Super), mais elle marque le moment où Citroën dispose enfin, pour ce segment, d'une plateforme pensée pour lui plutôt que d'un compromis hérité.
Un retard stratégique reconnu en interne
Selon Wikipédia, la direction de Citroën est parfaitement consciente, dès le milieu des années 1950, du manque à gagner que représente ce segment intermédiaire — le plus disputé et le plus volumineux du marché automobile de l'époque. Le contexte aggrave la situation : l'ouverture progressive des frontières européennes dans le cadre du Marché commun expose de plus en plus le marché français à la concurrence de Fiat, Ford, Opel et Volkswagen, tandis que Peugeot a déjà pris cinq ans d'avance avec sa 204 (lancée en 1965, selon 4roues-sous-1parapluie.com). La volonté de corriger cette erreur stratégique existe donc de longue date chez Citroën, mais les ressources financières du constructeur, en délicatesse chronique, l'en empêchent — Michelin, propriétaire de la marque, cherche même activement à la revendre, des négociations avec Fiat aboutissant le 25 octobre 1968 à la cession de 15 % du capital.
Un choix fiscal déterminant : rester sous les 6 CV
Un détail stratégique éclaire directement le choix de cylindrée de la GS : selon citroenet.org.uk, l'objectif était de rester dans la tranche fiscale des 6 CV, ce qui explique que le premier moteur ne dépasse pas 1015 cm³ malgré les quatre cylindres. Ce choix illustre bien le compromis que doit tenir la GS : offrir la sophistication technique de la DS (suspension, freinage, direction) sans franchir le seuil fiscal qui la ferait basculer dans une catégorie de puissance administrative plus coûteuse à l'usage pour la clientèle visée — une préoccupation typiquement française de l'époque, où la puissance fiscale conditionne directement le montant de la carte grise et de l'assurance.
Face à une concurrence déjà installée
À son lancement, la GS affronte des adversaires bien implantés sur le segment des berlines familiales de milieu de gamme : la Peugeot 304 (puis 305), la Renault 12 (puis 18), ainsi que les Simca-Chrysler 1307/1308/1309 et les Simca-Talbot 1510/Solara. Face à ces tractions avant plus classiques (suspensions à ressorts, mécaniques conventionnelles), la GS mise sur une différenciation technique complète plutôt que sur un simple alignement tarifaire : c'est tout l'enjeu de son lancement (voir Le lancement de la GS (août-octobre 1970) et le sacre de Voiture Européenne de l'Année 1971). Le pari est risqué sur le plan financier — le service comptable de Citroën lui-même estime, au lancement, qu'il aurait fallu vendre la voiture 500 francs plus cher (sur un prix de base de 11 380 francs) pour atteindre l'équilibre, tant la sophistication technique embarquée coûte cher à produire.
Voir aussi
- Trois projets pour combler un vide — C60, Projet F et Projet G, la genèse de la GS
- Le lancement de la GS (août-octobre 1970) et le sacre de Voiture Européenne de l'Année 1971
- Le projet AM — combler le vide entre la 2 CV et la DS (dossier
citroen-ami/) - 1986 — la fin de la GSA et le relais pris par la BX
- Site source
- fr.wikipedia.org (+ recoupements citroenet.org.uk, 4roues-sous-1parapluie.com)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Trois projets pour combler un vide — C60, Projet F et Projet G, la genèse de la GSCitroën GS/GSA · Histoire et modèles
- Le flat-4 « série G » refroidi par air — un moteur unique dans la gamme Citroën de son tempsCitroën GS/GSA · Moteur
- Le projet AM — combler le vide entre la 2 CV et la DSCitroën Ami (6, 8, Super, M35) · Histoire et modèles
- Le lancement de la GS (août-octobre 1970) et le sacre de Voiture Européenne de l'Année 1971Citroën GS/GSA · Histoire et modèles
- 1986 — la fin de la GSA et le relais pris par la BXCitroën GS/GSA · Histoire et modèles
- Bibliographie et revues techniques consacrées à la GS et à la GSACitroën GS/GSA
- Le flat-4 « série G » refroidi par air — un moteur unique dans la gamme Citroën de son tempsCitroën GS/GSA
- 1986 — la fin de la GSA et le relais pris par la BXCitroën GS/GSA
- Le lancement de la GS (août-octobre 1970) et le sacre de Voiture Européenne de l'Année 1971Citroën GS/GSA
- Trois projets pour combler un vide — C60, Projet F et Projet G, la genèse de la GSCitroën GS/GSA
- La suspension hydropneumatique de la GS — la démocratisation d'une technologie de haut de gammeCitroën GS/GSA