La SM aux États-Unis — un accueil triomphal, un retrait précipité (1970-1974)
« La meilleure voiture du monde » selon Motor Trend
L'arrivée de la SM sur le marché américain est saluée avec un enthousiasme rare pour une voiture importée. Le magazine Motor Trend lui décerne le titre envié de « Voiture de l'année » pour 1972 — un fait absolument inédit pour un modèle étranger à cette époque — et la qualifie sans détour de meilleure voiture du monde (voir La SM face à sa concurrence — comparatifs de presse et Voiture de l'année 1971). Sur le papier, la SM dispose de tous les atouts pour séduire une clientèle américaine réputée friande de voitures européennes singulières, tant sur le plan de la fiche technique que de la silhouette. Les États-Unis deviennent rapidement l'un des tout premiers marchés d'exportation de la voiture : environ 2 037 exemplaires y seront vendus sur l'ensemble de la carrière du modèle (2 433 en comptant le Canada), soit près d'un cinquième de la production totale (voir Chronologie et production de la SM (1970-1975) — 12 920 exemplaires, un basculement rapide).
Un réseau commercial structurellement sous-dimensionné
Le voyage américain de la SM tourne pourtant court, la voiture quittant ce marché dès 1974. Une des causes profondes tient à un réseau de concessionnaires Citroën insuffisamment développé : la moitié d'entre eux sont concentrés dans la seule région de New York et en Californie, obligeant la marque à s'appuyer ponctuellement sur des concessionnaires d'autres constructeurs, notamment General Motors, pour tenter d'étendre sa couverture commerciale. Ce réseau est en outre mal équipé et mal formé face à la complexité mécanique très spécifique des Citroën à hydraulique — une DS 19 ou 21 donnait déjà du fil à retordre aux mécaniciens américains, a fortiori une SM et son moteur Maserati multi-carburateurs (voir Fiabilité du moteur Maserati — la chaîne de distribution et les autres points faibles). De nombreux clients aisés, séduits par le style et les performances, finissent par se lasser des passages répétés à l'atelier et reviennent vers des Porsche, Mercedes, Jaguar ou BMW plus conformistes mais mieux prises en charge par leur réseau respectif.
Le coup de grâce réglementaire : phares interdits, pare-chocs impossibles à homologuer
Deux obstacles réglementaires américains successifs achèvent de compliquer la commercialisation. Dès le 1er janvier 1971, les autorités fédérales (National Highway Traffic Safety Administration) interdisent purement et simplement les phares orientables reliés à la direction, jugés trop proches d'un projecteur extérieur à commande intérieure prohibé par le code de la route américain — la SM importée doit donc recevoir des phares ronds fixes et exposés, dépourvus de leur carénage de verre d'origine (voir Les six phares sous verrière — deux directionnels, et la guerre réglementaire américaine). Puis, en 1974, alors que Citroën espérait obtenir une dérogation à la nouvelle réglementation sur la hauteur des pare-chocs, celle-ci lui est finalement refusée : la suspension hydropneumatique à hauteur variable de la SM (voir La suspension hydropneumatique de la SM — ce qu'elle a de spécifique) rend en effet impossible une homologation dans les termes fixés par la NHTSA, la garde au sol du véhicule évoluant précisément en fonction de la charge et de la vitesse. Faute de solution technique acceptable, Citroën cesse ses exportations vers l'Amérique du Nord.
Un tarif déjà peu compétitif
Le prix de vente américain de la SM dépasse les 10 000 dollars, soit deux à trois fois celui d'une Cadillac de l'époque — un positionnement comparable à celui d'autres GT européennes haute performance vendues aux États-Unis, dont les Maserati elles-mêmes, mais qui laisse peu de marge face à une clientèle déjà refroidie par les soucis de fiabilité et de service après-vente.
Voir aussi
- Les six phares sous verrière — deux directionnels, et la guerre réglementaire américaine · Chronologie et production de la SM (1970-1975) — 12 920 exemplaires, un basculement rapide · La fin de la SM — faillite de Citroën, rachat par Peugeot et vente de Maserati à De Tomaso · Fiabilité du moteur Maserati — la chaîne de distribution et les autres points faibles
- Site source
- retropassionautomobiles.fr (Philippe Roche) ; fr.wikipedia.org ; citroenvie.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La SM face à sa concurrence — comparatifs de presse et Voiture de l'année 1971Citroën SM · Histoire et modèles
- Fiabilité du moteur Maserati — la chaîne de distribution et les autres points faiblesCitroën SM · Moteur
- Chronologie et production de la SM (1970-1975) — 12 920 exemplaires, un basculement rapideCitroën SM · Histoire et modèles
- Les six phares sous verrière — deux directionnels, et la guerre réglementaire américaineCitroën SM · Carrosserie
- La fin de la SM — faillite de Citroën, rachat par Peugeot et vente de Maserati à De TomasoCitroën SM · Histoire et modèles
- La suspension hydropneumatique de la SM — ce qu'elle a de spécifiqueCitroën SM · Hydraulique DIRAVI suspension freins
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