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§ 01 · Histoire et modèles

La faillite de 1971 — comment un moteur d'avion a séparé Rolls-Royce de ses automobiles

Rolls-Royce Silver Shadow · 1965–1980 · 2 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Un moteur d'avion, pas une crise automobile

Ironie de l'histoire, c'est un échec financier totalement étranger à l'automobile qui manque de faire disparaître le nom Rolls-Royce en 1971, en pleine carrière commerciale de la Silver Shadow (voir La genèse de la Silver Shadow — des projets BMC avortés au programme SY). Le développement du réacteur civil RB211, destiné à motoriser le Lockheed L-1011 TriStar, dérape financièrement : son coût de développement atteint 170,3 millions de livres en septembre 1970, près du double de l'estimation initiale. Une partie du problème, selon l'analyse rétrospective disponible, ne tient d'ailleurs pas qu'aux simples dépassements de coûts : les recettes tirées des ventes du RB211 à Lockheed étaient conservées en dollars américains sur des comptes bancaires américains, tandis que l'ensemble des coûts de l'entreprise restait libellé en livres sterling — une évolution défavorable des taux de change a ainsi précipité l'insolvabilité de la société dès janvier 1971.

La mise en règlement judiciaire du 4 février 1971

Rolls-Royce Limited est placée en règlement judiciaire (« receivership ») le 4 février 1971. Compte tenu de l'importance stratégique du programme RB211 pour l'industrie aéronautique britannique et pour Lockheed elle-même, le gouvernement conservateur d'Edward Heath choisit de nationaliser la partie utile de l'entreprise — un choix pourtant à rebours de la doctrine libérale généralement associée à ce gouvernement — afin de permettre l'achèvement du développement du réacteur. La nouvelle structure publique prend le nom de Rolls-Royce (1971) Limited ; elle revend presque immédiatement sa participation dans British Aircraft Corporation (BAC), jugée non essentielle à la mission de sauvetage.

Une branche automobile jugée « financièrement insignifiante », donc épargnée par la nationalisation

Contrairement à l'aéronautique, la division automobile n'est pas nationalisée : profitable mais de taille dérisoire face aux enjeux du RB211, elle est transférée à une structure distincte, Rolls-Royce Motors Holdings Limited, constituée le 25 avril 1971 — moins de trois mois après la mise en règlement judiciaire — et qui commence à commercer sous l'autorité de l'administrateur judiciaire dès avril 1971. C'est cette même société qui poursuit la production de la Silver Shadow et de ses dérivés (Corniche, voir La Corniche — d'un prototype détruit en 1939 au statut-symbole des années 1970 ; Camargue) tout au long des années 1970, avant d'être cédée au groupe Vickers plc en 1980.

Une séparation qui devient définitive

La structure aéronautique nationalisée abandonne la mention « (1971) » de sa raison sociale dès 1977, redevenant simplement « Rolls-Royce Limited », et reste propriété de l'État jusqu'en 1987, année de son introduction en bourse sous le nom de Rolls-Royce plc. La marque automobile, elle, ne reviendra jamais dans le giron de sa maison mère aéronautique d'origine : sous ses propriétaires successifs (Vickers, puis Volkswagen et BMW à partir de 1998), elle poursuit une trajectoire commerciale entièrement séparée de celle des moteurs d'avion qui portent pourtant le même nom.

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Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org, api.parliament.uk
Date d'extraction
12 sept. 2026
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