Le travail forcé à l'usine Volkswagen pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)
Cette fiche traite d'un fait historique documenté et reconnu par Volkswagen elle-même dans sa chronique institutionnelle : le recours systématique au travail forcé pour faire tourner l'usine de Wolfsburg pendant la Seconde Guerre mondiale. Les faits ci-dessous sont rapportés tels que publiés par la source, datés et chiffrés, sans commentaire ajouté.
Une main-d'œuvre qui devient captive à partir de l'été 1940
Volkswagenwerk GmbH ne dispose pas d'une main-d'œuvre stable et suffisante pour répondre à la demande croissante de l'industrie de l'armement (voir La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945)). L'entreprise recourt alors, à partir de juin 1940, au travail forcé. Les 300 premières travailleuses forcées sont des femmes polonaises, affectées à la fabrication de réservoirs largables en bois à l'usine principale. Les Polonais sont le premier groupe de travailleurs forcés soumis à une discrimination institutionnalisée : identification obligatoire, hébergement dans des camps fermés, liberté de mouvement restreinte, rémunération et conditions dégradées, autorité exclusive de la police sur ces travailleurs désormais privés de droits.
Une ampleur chiffrée : environ 20 000 personnes, dont 5 000 issues de camps de concentration
Au total, selon la chronique officielle du constructeur, environ 20 000 personnes, originaires de pays occupés ou dominés par le Troisième Reich, sont contraintes de travailler à l'usine jusqu'en 1945, dans des conditions le plus souvent très dures. Parmi elles, environ 5 000 proviennent directement de camps de concentration. En 1944, ces travailleurs forcés représentent les deux tiers de l'effectif total de l'entreprise. Dans l'Allemagne nazie, les travailleurs forcés sont dépourvus de tout droit et soumis à des degrés variables de discrimination raciale ; une alimentation insuffisante, la violence physique et l'exploitation systématique dégradent leur santé et mettent leur vie en danger.
Le camp satellite d'Arbeitsdorf (avril-octobre 1942)
Le 8 avril 1942, un groupe de travail détaché du camp de concentration d'Arbeitsdorf, établi sur le site même de l'usine à la suite de discussions entre Hitler et Himmler, commence — initialement 400 hommes — l'extension de la fonderie de métaux légers. Au moins cinq des 900 détenus au total y meurent. Le ministre de l'Armement Albert Speer, retirant au projet sa priorité de guerre, ordonne le transfert des détenus du camp de concentration hors du site le 4 octobre 1942.
Prisonniers de guerre soviétiques (octobre 1941)
Les 120 premiers prisonniers de guerre soviétiques arrivent à l'usine principale en octobre 1941 comme travailleurs forcés ; 745 autres suivent avant la fin de l'année. En raison de la politique de famine imposée par la Wehrmacht à ses prisonniers, ils arrivent déjà sévèrement affaiblis, incapables de travail physique lourd. La dénutrition et les infections provoquent 27 décès avant la fin de l'année.
Déportés du programme d'armes de représailles V1 (1943-1944)
À partir de janvier 1943, Volkswagenwerk GmbH est désignée fournisseur principal du programme de la bombe volante Fi 103 (V1) : elle livre les 100 premières cellules le 31 août 1943, et plus de 1 500 travailleurs sont affectés à cette production dès la fin septembre 1943. En mai 1944, un groupe de 300 Juifs déportés du camp d'Auschwitz-Birkenau arrive à l'usine principale pour fournir la main-d'œuvre de cette chaîne, hébergés avec leurs gardes SS dans des sanitaires reconvertis d'un hall de production, avant d'être transférés à Tiercelet (Lorraine) fin juin 1944. En juillet 1944, un convoi de femmes juives hongroises déportées d'Auschwitz arrive à l'usine principale, suivi en novembre par un groupe de femmes juives de Bergen-Belsen, puis en janvier 1945 par des femmes partisanes déportées de Yougoslavie. Ce groupe de travail féminin, rattaché au système de camps satellites du camp de concentration de Neuengamme, est affecté à partir de 1942 à la chaîne de fabrication des mines Teller, puis, à partir de novembre 1944, à celle des lance-roquettes antichars Panzerfaust.
Le camp satellite de Neuengamme sur le site de Laagberg (mai 1944)
Le 31 mai 1944, environ 800 détenus du camp de concentration de Neuengamme arrivent sur le site de Laagberg pour y construire un complexe de baraquements, contraints à des travaux de terrassement et de construction physiquement éprouvants sous la surveillance de gardes SS.
L'usine souterraine de Tiercelet, en Lorraine (1944)
Le 17 mars 1944, Volkswagenwerk GmbH se voit attribuer la mine de fer de Tiercelet, en Lorraine, pour y délocaliser sous terre une partie de la production aéronautique. La conversion en usine souterraine, réalisée en six mois par du travail forcé — dont des détenus juifs de camps de concentration —, est interrompue par l'avance des troupes alliées en août 1944. Les 300 détenus concernés et les machines sont d'abord relocalisés dans des tunnels près de Dernau, puis transférés le 30 septembre 1944 vers le camp de concentration de Mittelbau-Dora, tristement connu pour ses conditions de travail mortelles liées à la production de V2.
Autres déportations documentées
En mai 1943, 205 étudiants néerlandais, condamnés au travail forcé pour avoir refusé de prêter serment de loyauté à l'occupant allemand, arrivent à l'usine ; leur nombre atteint 750 au printemps 1944 (ils sont, selon la source, traités à parité de salaire, nourriture et logement avec les travailleurs allemands). En octobre 1943, un premier convoi de 1 441 militaires italiens réquisitionnés comme travailleurs forcés arrive à l'usine principale — des soldats internés par les forces allemandes après la chute de Mussolini et l'armistice italien avec les Alliés — suivis de 200 officiers italiens le 11 octobre.
Un mémorial ouvert en 1999
Le « Lieu de mémoire du travail forcé à l'usine Volkswagen » (Place of Remembrance of Forced Labor in the Volkswagen Factory) a été inauguré en 1999 sur le site même de l'usine, pour porter témoignage de cette page de l'histoire de l'entreprise. La libération de la main-d'œuvre asservie survient avec l'arrivée des troupes américaines le 11 avril 1945, qui mettent également fin à la production d'armement sur le site — un tournant détaillé dans La reprise britannique et le sauvetage par le major Ivan Hirst (1945-1949).
Voir aussi
- La commande d'État et la mise en scène du KdF-Wagen (1933-1938) · La construction de l'usine de Wolfsburg (1938-1939) — dimensionnement et modèle Ford · La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945) · La reprise britannique et le sauvetage par le major Ivan Hirst (1945-1949) · Le financement par souscription ouvrière — le système « 5 marks par semaine » et sa faillite morale
- Site source
- volkswagen-group.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La reprise britannique et le sauvetage par le major Ivan Hirst (1945-1949)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La construction de l'usine de Wolfsburg (1938-1939) — dimensionnement et modèle FordVolkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- Le financement par souscription ouvrière — le système « 5 marks par semaine » et sa faillite moraleVolkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La commande d'État et la mise en scène du KdF-Wagen (1933-1938)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La reprise britannique et le sauvetage par le major Ivan Hirst (1945-1949)Volkswagen Coccinelle
- Le financement par souscription ouvrière — le système « 5 marks par semaine » et sa faillite moraleVolkswagen Coccinelle
- La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945)Volkswagen Coccinelle
- La commande d'État et la mise en scène du KdF-Wagen (1933-1938)Volkswagen Coccinelle
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