La construction de l'usine de Wolfsburg (1938-1939) — dimensionnement et modèle Ford
Un site calqué sur la River Rouge de Ford
Le dimensionnement, l'équipement technique et la profondeur de fabrication de l'usine construite à l'est de Fallersleben, sur le canal du Mittelland, sont explicitement calqués sur ceux de l'usine River Rouge de Ford à Détroit, alors considérée comme l'usine automobile la plus avancée au monde. Ferdinand Porsche et l'équipe de planification s'y rendent à deux reprises. Dès le 20 juin 1937, les trois directeurs de Volkswagenwerk GmbH et des membres de Porsche KG entreprennent un voyage d'un mois à Détroit afin d'étudier les méthodes de production de masse américaines et d'acheter des machines spécialisées ; ils recrutent au passage plusieurs experts germano-américains employés chez Ford, dont Fritz Kuntze, ancien directeur de la centrale électrique de River Rouge, qui esquisse dès août 1937 les plans du complexe (trois halls de production parallèles au canal, plus une aciérie, une fonderie, une forge et une verrerie pour l'autosuffisance en composants).
Des objectifs de production vertigineux pour l'époque
Le terrassement du site principal (l'actuel Wolfsburg) débute le 8 février 1938. L'objectif initial affiché est de produire 150 000 unités la première année suivant l'ouverture prévue à l'automne 1939, 300 000 la deuxième année, avec une montée en capacité jusqu'à 450 000 unités l'année suivante — l'ambition à moyen terme étant de construire 1,5 million de « voitures du peuple ». Les effectifs devaient croître de 7 500 à 14 500, puis à 21 000 personnes. Le coût estimé — environ 172 millions de reichsmarks pour le site et 76 millions pour l'outillage — n'était couvert par aucun financement classique : les recettes de la vente des biens confisqués aux syndicats indépendants dissous furent explicitement affectées à cet investissement.
L'acquisition foncière et les premiers travaux
Le contrat du 11 mars 1938 avec la famille von der Wense règle l'acquisition de 620 hectares au prix de 2,67 millions de reichsmarks ; celui du 12 juillet 1938 avec le comte von der Schulenburg porte sur 1 888 hectares supplémentaires (bâtiments compris) pour 8,5 millions de RM. Les ouvriers du chantier sont logés dans un camp de travail communautaire, dans des baraquements en bois standardisés. Parallèlement, un site dédié à la fabrication d'outils et de matrices et à la formation de la main-d'œuvre qualifiée est construit au nord de Braunschweig (la « Vorwerk ») : les 250 premiers apprentis y sont affectés dès le 8 juillet 1938, encadrés en étroite coordination avec le Front du travail, combinant formation technique et endoctrinement politique — les candidats devaient obtenir une recommandation des Jeunesses hitlériennes, qui supervisaient également leur hébergement collectif sur site.
Une main-d'œuvre étrangère dès la construction
Dès septembre 1938, les ouvriers allemands du bâtiment affectés au Mur de l'Atlantique sont remplacés par des ouvriers italiens : 2 400 hommes arrivent en trois jours à la gare de Fallersleben, dans le cadre d'un accord entre le DAF et son organisation sœur fasciste italienne ; ils constituent bientôt le plus gros contingent parmi les équipes de construction, atteignant 6 000 personnes à l'été 1939, rémunérés à parité avec les ouvriers allemands.
Une usine jamais achevée pour sa vocation civile
Malgré une avancée technique réelle — la centrale électrique (83 x 74 m, 64 m de hauteur) est mise sous charge pour la première fois le 16 août 1939 —, le chantier accuse un retard d'environ 10 % en avril 1939, faute de matières premières et de main-d'œuvre suffisantes. Priorité est alors donnée à l'armement : pas une seule KdF-Wagen civile n'a été produite au moment du déclenchement de la guerre, le 1er septembre 1939. L'usine bascule intégralement vers la production militaire, dont le détail est traité dans La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945) — un basculement rendu possible, à partir de l'été 1940, par le recours croissant au travail forcé, documenté dans Le travail forcé à l'usine Volkswagen pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945).
Voir aussi
- La commande d'État et la mise en scène du KdF-Wagen (1933-1938) · Le financement par souscription ouvrière — le système « 5 marks par semaine » et sa faillite morale · Le travail forcé à l'usine Volkswagen pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945) · La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945) · La reprise britannique et le sauvetage par le major Ivan Hirst (1945-1949)
- Site source
- volkswagen-group.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La reprise britannique et le sauvetage par le major Ivan Hirst (1945-1949)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La commande d'État et la mise en scène du KdF-Wagen (1933-1938)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- Le financement par souscription ouvrière — le système « 5 marks par semaine » et sa faillite moraleVolkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- Le travail forcé à l'usine Volkswagen pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)Volkswagen Coccinelle · Histoire et modèles
- La commande d'État et la mise en scène du KdF-Wagen (1933-1938)Volkswagen Coccinelle
- Le travail forcé à l'usine Volkswagen pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)Volkswagen Coccinelle
- La production militaire de guerre — Kübelwagen, Schwimmwagen et Kommandeurswagen (1940-1945)Volkswagen Coccinelle
- Genèse indépendante du projet — Ferdinand Porsche avant l'entrée en scène de HitlerVolkswagen Coccinelle
- Le financement par souscription ouvrière — le système « 5 marks par semaine » et sa faillite moraleVolkswagen Coccinelle