Neuf modèles, quatre gammes — le désordre commercial que la XJ6 devait résoudre
Une gamme berline devenue illisible
Au milieu des années 1960, la gamme des berlines Jaguar s'est développée de façon largement improvisée, au gré des dérivés successifs d'une poignée de plateformes. Selon le Jaguar Daimler Heritage Trust, en 1967 Jaguar produit pas moins de neuf modèles distincts répartis en quatre gammes berlines parallèles : les compactes Jaguar 240 et 340 (dérivées de la Mark 2), la grande Jaguar 420G (héritière directe de la Mark X), la S-Type, la 420, et la Daimler V8 — cette dernière héritée du rachat de Daimler en 1960 (voir 1960 — Jaguar rachète Daimler, un coup monté dans le plus grand secret). Cette prolifération de modèles proches sans logique de gamme claire brouille le positionnement commercial de la marque, chaque véhicule se disputant une clientèle largement similaire avec des différences de caisse, d'empattement et de finition difficiles à justifier auprès des acheteurs.
Une filiation technique enchevêtrée
Cette confusion tient à l'histoire même de ces modèles, développés par appropriations successives plutôt que par une planification de gamme cohérente. La S-Type (1963) reprend la caisse de la compacte Mark 2, allongée pour y loger la suspension arrière indépendante inaugurée sur la grande Mark X (1961) — la première Jaguar à caisse monocoque autoportante et suspensions indépendantes aux quatre roues. La 420 (1966), vendue en parallèle sous le nom Daimler Sovereign, greffe sur cette même base S-Type une face avant à quatre phares inspirée de la Mark X. La Mark X elle-même, rebaptisée 420G en 1966, se maintient laborieusement au catalogue jusqu'en 1970 sans jamais rencontrer le succès commercial espéré. Un tel enchevêtrement — quatre carrosseries de caisse différentes pour des clientèles largement superposables — illustre le problème que Lyons cherche à résoudre : remplacer l'ensemble par une architecture unique, déclinable en plusieurs empattements, cylindrées et niveaux de finition.
Le projet XJ4 : une seule voiture pour tout remplacer
C'est ce constat qui motive, dès le début des années 1960, la décision de Sir William Lyons de faire développer un modèle unique appelé à remplacer intégralement cette gamme dispersée — projet interne baptisé XJ4 (voir Projet XJ4 — la naissance chaotique de la XJ6 (1964-1968)). Le choix est audacieux sur le plan industriel : miser l'intégralité de l'avenir commercial de la marque sur une seule silhouette, disponible en plusieurs motorisations et en versions Jaguar comme Daimler, plutôt que de continuer à multiplier les dérivés. Selon Wikipédia, la XJ6 lancée en septembre 1968 remplace ainsi d'un seul coup la 240, la 340, la Daimler 250 (nom que prend alors la Daimler V8), la S-Type, la 420 et sa jumelle Daimler Sovereign, la 420G ne survivant que jusqu'en 1970 faute d'acheteurs pour l'ancienne génération.
Voir aussi
- Sir William Lyons et la XJ6 — « la plus belle Jaguar jamais construite » · Projet XJ4 — la naissance chaotique de la XJ6 (1964-1968) · Le lancement de la XJ6, 26 septembre 1968 — triomphe et pénurie · Une suspension arrière héritée de la Mark X, affinée pour la XJ6
- Pour la Jaguar Mark 2 elle-même, dont la caisse a donné naissance à la S-Type puis à la 420 mentionnées ci-dessus, voir le dossier dédié
jaguar-mark-2/, en particulier sa fiche fin-production-1967-succession-s-type-420-xj6.
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://en.wikipedia.org/wiki/Jaguar_Cars ↗
- Sir William Lyons et la XJ6 — « la plus belle Jaguar jamais construite »Jaguar XJ6 · Histoire et modèles
- 1960 — Jaguar rachète Daimler, un coup monté dans le plus grand secretDaimler (Royaume-Uni) · Histoire et modèles
- Le lancement de la XJ6, 26 septembre 1968 — triomphe et pénurieJaguar XJ6 · Histoire et modèles
- Projet XJ4 — la naissance chaotique de la XJ6 (1964-1968)Jaguar XJ6 · Histoire et modèles
- Une suspension arrière héritée de la Mark X, affinée pour la XJ6Jaguar XJ6 · Freins trains pneus