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§ 01 · Histoire et modèles

Esprit et DeLorean — une parenté technique méconnue derrière un même carrossier

Lotus Elan & Lotus Esprit · 1962–1975 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Au-delà du scandale financier qui a englouti John DeLorean et éclaboussé la mémoire de Colin Chapman après sa mort (voir La mort de Colin Chapman (1982) et le scandale DeLorean), l'implication de Lotus dans la conception de la DMC DeLorean mérite d'être comprise pour ce qu'elle est avant tout : un travail d'ingénierie remarquable, mené dans un délai extraordinairement court, par la même équipe qui venait de mettre au point l'Esprit.

Un même designer, deux voitures-coin

Fin 1974, John DeLorean confie le dessin de sa voiture de rêve à Giorgetto Giugiaro et à Italdesign — le designer venant tout juste d'achever le dessin de l'Esprit. Il n'est donc pas anodin que la DeLorean partage avec l'Esprit une même famille stylistique : silhouette basse, arêtes vives, portes qui, sur la DeLorean, s'ouvrent en élytres (« gull-wing »), une disposition rarissime sur une voiture de série (seules la Mercedes-Benz 300 SL des années 1950 et la Bricklin SV-1 des années 1970 l'avaient tentée avant elle, sans grand succès commercial).

Un châssis d'inspiration directement lotusienne

Le premier prototype DeLorean de 1976, à moteur Citroën CX transversal, se révèle nettement sous-motorisé. Le second prototype de 1977 adopte le V6 PRV (Peugeot-Renault-Volvo) de 2,66 litres de la Renault 30 — avec une inversion de la couronne et du pignon pour compenser le fait que, contrairement à la Renault 30 à traction avant, la DeLorean place son moteur à l'arrière du train arrière moteur. La construction initialement envisagée, une caisse monocoque composite « ERM » (Elastic Reservoir Moulding, mousse polyuréthane prise en sandwich entre deux couches de fibre de verre moulées sous pression), est abandonnée avant l'achèvement du second prototype au profit d'une simple fibre de verre — la technique inaugurée, rappelle l'auteur Graham Robson, par Chapman lui-même dès la première Lotus Elite de 1957.

Dix-huit mois pour boucler un projet embourbé depuis quatre ans

Lorsque DeLorean sollicite Lotus à l'été 1978, le projet traîne déjà depuis plus de quatre ans sans site de production ni développement abouti. Chapman et le directeur général de Lotus, Mike Kimberley, se rendent à Phoenix (Arizona) pour examiner le second prototype : ils le jugeront par la suite « abominable », un avis que partage même le propre directeur du développement de DeLorean, Bill Collins. DeLorean avait auparavant sondé Porsche, qui réclamait un budget très supérieur et jusqu'à quatre ans de développement ; Lotus accepte de réaliser le même travail pour moins cher et en seulement 18 mois. Comme le résume Mike Kimberley lui-même : « Nous sommes partis d'un simple style, et il a fallu fournir les moyens d'ingénierie — conception, développement et construction de prototypes. [...] On nous a donné 18 mois pour faire le travail, un rythme qu'aucune autre entreprise européenne n'aurait pu tenir. »

Un chaînon technique entre deux voitures culte

Le châssis-poutre en acier de l'Esprit est ainsi directement adapté pour porter la carrosserie en acier inoxydable de la DeLorean — au point que Wikipédia présente les deux voitures comme directement apparentées sur le plan technique. Une DeLorean et une Esprit contemporaines l'une de l'autre partagent ainsi bien plus qu'un simple air de famille stylistique : sous leur carrosserie respective se cache une seule et même école d'ingénierie, celle de Hethel.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
lotusespritworld.com (extrait de l'ouvrage *Lotus Since the 70s*, Graham Robson)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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