Le retrait des circuits (1957-1958) : crise argentine et tragédie de la Mille Miglia, deux causes documentées
Un contrat argentin qui tourne mal
La cause la plus documentée du retrait de Maserati de la compétition officielle est une affaire industrielle sans rapport direct avec la course : sous la présidence d'Adolfo Orsi (voir Adolfo Orsi rachète Maserati et installe la marque à Modène (1937-1940)), Maserati a signé avec le régime argentin de Juan Perón un contrat de fourniture de machines-outils d'une valeur de 3 millions de dollars, payable sur trois ans. Lorsque Perón est renversé en 1955, ses successeurs ne règlent qu'une fraction de la dette — en blé plutôt qu'en devises, selon une source — et refusent d'honorer le solde. Maserati, qui avait financé l'investissement auprès de banques italiennes en anticipant ces rentrées, se retrouve en grave crise de liquidités.
Une mise sous administration judiciaire au calendrier incertain
Selon motorwebmuseum.it, c'est à la demande d'Adolfo Orsi lui-même que l'entreprise est placée sous administration judiciaire (receivership) en 1958, pour une durée d'un an ; la situation financière se serait en réalité résorbée en quelques mois, mais l'un des prix à payer pour les dettes contractées reste le retrait officiel de la compétition. Une divergence de calendrier mérite toutefois d'être signalée : la page Wikipédia consacrée à la Mille Miglia de mai 1957 — donc une année plus tôt — précise déjà qu'« Officine Alfieri Maserati était sous administration judiciaire » au moment d'aligner ses 450S pour Stirling Moss et Jean Behra à cette épreuve, ce qui suggère soit une procédure amorcée dès 1957, soit une confusion d'une source à l'autre sur la date exacte. Les deux versions sont consignées ici sans arbitrage.
Une seconde cause, distincte, avancée par ailleurs : la tragédie de Guidizzolo
Une explication complémentaire — et non concurrente — est avancée par l'article Wikipédia consacré à Maserati dans son ensemble : le retrait de la compétition usine y est directement associé à la tragédie de la Mille Miglia 1957. Les 11 et 12 mai 1957, lors de cette épreuve où Maserati engage précisément les mêmes 450S, 350S et 300S (aucune ne terminera : Behra sort dès les essais, Moss casse une pédale de frein, Herrmann n'atteint pas le pointage de Ravenne), la Ferrari d'Alfonso de Portago éclate un pneu près de Guidizzolo, fauchant neuf spectateurs — dont cinq enfants — avant de tuer le pilote et son copilote. Ce drame, qui porte le bilan de la course à douze morts, pousse le gouvernement italien à interdire immédiatement toute course sur route ouverte en Italie, mettant fin du même coup à la Mille Miglia elle-même et à la Targa Florio de cette année-là. Ce bouleversement réglementaire et politique de l'ensemble du sport automobile italien constitue un second facteur, documenté indépendamment de la crise argentine, dans le repositionnement stratégique de Maserati vers la route plutôt que la piste.
Une écurie usine qui s'efface, des voitures qui continuent de courir
Dans les deux récits, le constat final converge : Maserati se retire de l'engagement direct en usine à l'issue de la saison 1957 — immédiatement après le sacre de Fangio au Nürburgring (voir Fangio, la 250F et le Nürburgring 1957 : le dernier grand exploit de Maserati en F1) — tout en continuant de fournir des châssis à des écuries privées. L'énergie de l'entreprise se reporte alors intégralement sur la voiture de route, avec le succès commercial inattendu du 3500 GT comme relais (voir Le virage vers la GT routière : de l'A6 au 3500 GT et au 5000 GT (1947-1964)). Maserati ne reviendra en compétition officielle, selon motorwebmuseum.it, qu'en 2004.
Voir aussi
- Site source
- motorwebmuseum.it ; en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Adolfo Orsi rachète Maserati et installe la marque à Modène (1937-1940)Maserati Ghibli · Histoire et modèles
- Le virage vers la GT routière : de l'A6 au 3500 GT et au 5000 GT (1947-1964)Maserati Ghibli · Histoire et modèles
- Fangio, la 250F et le Nürburgring 1957 : le dernier grand exploit de Maserati en F1Maserati Ghibli · Histoire et modèles