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§ 01 · Histoire et modèles

Talbot-Lago (1935-1959) — l'âge d'or sportif avant la vente à Simca

Talbot Horizon / Talbot Samba · 1978–1987 · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Lorsque le groupe britannique STD Motors est mis en liquidation en 1933 (voir Les origines de Talbot — de Clément-Talbot à la liquidation du groupe STD (1903-1935)), la branche française de Talbot se retrouve en grande difficulté. C'est un ingénieur italien qui va lui offrir un second souffle prestigieux d'un quart de siècle, avant que la marque ne soit à son tour vendue — cette fois à Simca, préfigurant de loin la mise en sommeil puis la résurrection du nom sous PSA quatre décennies plus tard.

Anthony Lago reprend la marque (1934-1935)

Anthony Lago, ingénieur italien largement imprégné de culture britannique après un séjour prolongé à Londres, reprend à son compte la firme française alors exsangue, avec la ferme volonté de la moderniser. Sous son impulsion naissent des automobiles sportives qui allient délibérément style britannique et innovation technique française, commercialisées sous le nom Talbot-Lago.

Une décennie de victoires prestigieuses (1937-1950)

La marque renoue rapidement avec les sommets de la compétition automobile :

  • 1937 : Gianfranco Comotti s'impose au RAC Tourist Trophy ; Louis Chiron remporte le Grand Prix automobile de France avec la T150C, qui réalise même un triplé et place quatre voitures dans les cinq premières places.
  • 1947 et 1949 : Chiron récidive au Grand Prix de France pour la marque française.
  • 1949 : victoires au Grand Prix de Belgique et au Grand Prix de France face à Ferrari et Maserati, grâce à la monoplace T26 C (4,5 litres), qui court en championnat du monde jusqu'en 1951 — faisant de Talbot-Lago le premier constructeur français à disputer le championnat du monde des pilotes de Formule 1, dès la saison inaugurale de 1950.
  • 1950 : Louis Rosier, associé à son fils, remporte les 24 Heures du Mans au volant d'une T26 GS de 230 ch.
  • 1950 : le président de la République Vincent Auriol commande une décapotable Lago Record à quatre portes pour en faire une voiture officielle.

Sur le plan de la carrosserie, le châssis le plus sportif de la gamme d'avant-guerre, la Baby, et surtout la T150 C dans ses variantes Lago Spécial et Lago SS (Super Sport) à partir de 1936, reçoivent des habillages hors série réalisés par les grands carrossiers de l'époque — dont la célèbre berlinette « Goutte d'eau » signée Figoni & Falaschi.

L'après-guerre et le déclin (1952-1958)

En 1952, un nouveau coupé Lago Grand Sport 6 cylindres 4,5 litres, alors la voiture la plus rapide du moment, se heurte à un prix de vente prohibitif qui condamne ses ventes à la confidentialité. Lago tente une dernière relance en 1955 avec le coupé Lago Sport 2500 à châssis tubulaire (4 cylindres 2,5 litres, 120 ch), réplique réduite du coupé 4,5 litres — puis, la même année, avec la T14 LS, une sportive plus légère à moteur maison 4 cylindres destinée à remplacer la lourde T26 Grand Sport et à faire oublier son échec commercial.

À l'automne 1957, ne pouvant plus financer le développement de ses propres moteurs, Talbot-Lago se résout à acheter un V8 de 138 ch SAE au constructeur munichois BMW pour équiper son ultime coupé, baptisé « Lago America » et disponible en conduite à gauche. Le marché reste toutefois trop étroit : les tout derniers exemplaires reçoivent, faute de mieux, le vieux V8 Ford à soupapes latérales de 95 ch SAE monté sur la Simca Vedette.

1958 : la vente à Simca

Fin décembre 1958, au bord du gouffre financier, Talbot-Lago est rachetée par Simca. La marque est mise en sommeil dès 1960 — Simca conserve les droits sur le nom sans l'exploiter commercialement pendant près de deux décennies, jusqu'à ce que ces mêmes droits, transmis à Chrysler puis à PSA au fil des rachats industriels (voir Chrysler Europe (1967-1978) — Rootes et Barreiros rejoignent Simca sous pavillon américain et Le rachat de Chrysler Europe par PSA (1978) — au-delà de la légende du « 1 dollar »), ne resurgissent en 1979 pour baptiser la nouvelle marque née de la fusion des ex-filiales européennes de Chrysler (voir La résurrection du nom Talbot (1979) — pourquoi ce nom-là ?).

Comme le note le journaliste automobile Paul Clément-Collin, Talbot-Lago n'était, à l'origine, en rien une marque généraliste : consacrée au luxe et au sport, à diffusion confidentielle, elle partage ce profil avec d'autres marques françaises de prestige de l'entre-deux-guerres — Delahaye, Delage, Bugatti — que la reconstruction industrielle d'après-guerre organisée par le Plan Pons (déjà documenté côté Panhard Dynamic dans ce corpus, voir La Panhard Dynamic — genèse, technique, style et échec commercial) a fini par condamner. Ironie de l'histoire : lorsque Peugeot ressuscite le nom Talbot en 1979, c'est à l'inverse pour en faire une marque généraliste de grande diffusion — un positionnement aux antipodes de celui qui avait fait sa réputation sous Anthony Lago.

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Provenance de cette fiche
Site source
fr.wikipedia.org (CC BY-SA), carjager.com (Paul Clément-Collin)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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