Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Borgward pendant la Seconde Guerre mondiale — armement, destructions et travail forcé

Borgward / Isabella · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

L'histoire industrielle du groupe Borgward ne peut s'écrire en faisant l'impasse sur la période 1933-1945, documentée par plusieurs sources indépendantes (Wikipédia germanophone et anglophone, archive Veikkos) qui s'accordent sur les grandes lignes des faits. Cette page les rapporte factuellement, sans en minimiser ni en dramatiser la portée.

Une reconversion imposée vers le matériel militaire

Dès 1937, alors qu'il vient de devenir seul propriétaire de son groupe (voir Le groupe Borgward — structure d'un empire industriel à quatre marques), Carl Borgward demande son adhésion au NSDAP, effective rétroactivement au 1ᵉʳ mai de la même année ; il est nommé en 1938 « Wehrwirtschaftsführer » (littéralement « dirigeant de l'économie de guerre »), un titre honorifique attribué par le régime aux industriels jugés stratégiques. Le nouveau site de Bremen-Sebaldsbrück, inauguré le 23 septembre 1938 pour la production automobile civile, est réquisitionné dès avant le déclenchement du conflit — comme l'usine historique de Bremen-Hastedt — pour fabriquer des véhicules militaires : le « plan Schell » de rationalisation impose au groupe une reconversion complète de sa gamme.

Borgward devient ainsi l'un des principaux fournisseurs allemands de véhicules semi-chenillés — le tracteur d'artillerie Sd.Kfz. 11 (plus de 10 000 exemplaires construits chez Borgward et sous licence ailleurs), des porte-munitions blindés (VK 3.01 puis VK 3.02) et le porte-charge téléguidé Borgward B IV — ainsi que de torpilles. Une filiale de Goliath-Werke développe également l'engin explosif téléguidé miniature connu sous le nom de code Goliath (Sd.Kfz. 302/303, dit « Leichter Ladungsträger »), un petit véhicule chenillé à chenilles jetable bourré d'explosifs, aujourd'hui considéré comme un ancêtre lointain des véhicules terrestres télécommandés.

Bombardements et travail forcé

Le 12 octobre 1944, un raid aérien allié sur Brême détruit environ 58 % de l'usine de Sebaldsbrück et 87 % de celle de Hastedt. Pour protéger la fabrication des moteurs, une partie de la production avait déjà été délocalisée dès l'hiver 1943-1944 dans une usine annexe construite dans la forêt de Nadah (près d'Ottersberg) sous la direction de l'Organisation Todt, très majoritairement par des prisonniers de guerre et des travailleurs forcés ; la fabrication des boîtes de vitesses et des essieux avait quant à elle été transférée à Delmenhorst.

Plus grave encore : du 25 août au bombardement d'octobre 1944, la SS exploite sur le site même de Sebaldsbrück un camp annexe du camp de concentration de Neuengamme, désigné KZ Bremen-Sebaldsbrück (Borgward), où sont détenus environ un millier d'hommes polonais et soviétiques transférés depuis Auschwitz. Logés dans les étages supérieurs d'un ancien bâtiment industriel du site, ces déportés sont contraints de travailler à la production d'armement, tant à Sebaldsbrück que dans l'usine historique de Hastedt. Après moins de deux mois, la SS fait évacuer le camp ; les détenus sont transférés au camp de Farge puis au camp principal de Neuengamme. Plus largement, au moment de sa destruction en octobre 1944, l'effectif du site de Sebaldsbrück était pour plus de la moitié composé de prisonniers de guerre et de travailleurs forcés ou « Ostarbeiter ».

L'après-guerre immédiat : internement et dénazification

À la fin du conflit, Carl Borgward est placé en détention par les autorités américaines dans le camp d'internement de Ludwigsburg pendant environ neuf mois. À son retour à Brême, il lui est d'abord interdit de remettre les pieds dans ses propres usines tant que la procédure de dénazification n'est pas achevée ; son patrimoine est placé sous contrôle et il ne peut occuper que des emplois subalternes (il travaille un temps comme manœuvre du bâtiment). L'exploitation courante de l'entreprise est alors confiée à Wilhelm Schindelhauer, ancien cadre de Hansa-Lloyd depuis 1917, directeur commercial de Borgward depuis 1938 et ancien élu SPD à l'assemblée municipale de Brême, qui dirige avec succès les ventes automobiles et poids lourds du groupe jusqu'en 1957.

La procédure de dénazification de Carl Borgward s'achève fin 1948 par son classement dans la catégorie des « Mitläufer » (littéralement « suiveurs », la catégorie la plus légère des personnes reconnues avoir soutenu le régime sans responsabilité active) — une qualification confirmée de façon concordante par plusieurs sources. C'est durant cette période d'interdiction professionnelle que Borgward, selon son propre récit reproduit par plusieurs biographes, aurait continué à travailler sur les plans d'une voiture de tourisme moderne — le projet qui deviendra la Hansa 1500 (voir 1948-1949 — la renaissance : trois sociétés et une Hansa 1500 pionnière), en s'inspirant notamment de revues automobiles américaines que lui prêtaient ses gardiens.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
veikkos-archiv.com (+ recoupements de.wikipedia.org, en.wikipedia.org)
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci