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§ 01 · Histoire et modèles

Carl Borgward, portrait d'un patriarche — vie privée et personnalité

Borgward / Isabella · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Au-delà du récit industriel, plusieurs témoignages de première main — au premier rang desquels un entretien accordé par sa fille Monica Borgward (1941-2025) au Weser-Kurier — permettent de dresser le portrait d'un homme aussi singulier dans sa vie privée que dans sa gestion d'entreprise.

Un père strict et généreux à la fois

Carl Borgward se marie deux fois : après son divorce d'avec sa première épouse, Alwine Bauersfeld (dont naît en 1913 le fils aîné Kurt), il épouse en 1935 Elisabeth Rühl (1909-2000), qui restera à ses côtés jusqu'à sa mort et lui donnera trois enfants — Peter C. F. (1937-1989), Claus (1938-1999) et Monica (1941-2025). Déjà âgé de 50 ans à la naissance de sa fille, Borgward n'est, de son propre aveu familial, ni un compagnon de jeu ni un « copain » pour ses enfants, mais une figure d'autorité respectée qui leur consacre néanmoins un temps de qualité réel : parties de croquet dans le jardin, sessions de skat, et surtout la roulette, son jeu favori, où chaque enfant recevait cinq marks à miser librement (Carl gagnant invariablement, ayant pour habitude de ne miser que sur le zéro). Les repas familiaux, pris à heure fixe midi et soir, structuraient une vie professionnelle par ailleurs intense : de retour du bureau à 13h30 précises, il faisait une courte sieste avant de repartir travailler.

Cette discipline s'accompagnait, selon Monica Borgward, d'une réelle largesse : au restaurant, chaque enfant pouvait, dans la limite d'un budget donné, choisir librement entre une entrée simple ou un plat de luxe comme le saumon — une liberté de choix jugée, avec le recul, remarquable pour l'époque. La famille possédait également plusieurs chiens (des Airedale terriers pour Carl, des Kerry Blue terriers pour Elisabeth), de la compagnie desquels Borgward ne se passait jamais, y compris lors de ses longues marches quotidiennes entre son domicile et l'usine.

Un survivant de deux guerres mondiales, marqué par la pénurie

Ayant traversé les deux conflits mondiaux et leurs pénuries, Borgward développe une véritable habitude de stockage alimentaire, au grand dam de son épouse : selon Monica Borgward, la famille aurait encore, dans les années 1960, jeté un fût de beurre conservé depuis la Seconde Guerre mondiale — les surplus alimentaires périmés finissant traditionnellement dans la gamelle des chiens de la maison, qui « survécurent très bien » à ce régime. Cette anecdote, documentée par un témoin direct, illustre un trait de caractère plus large : la volonté d'autarcie et de sécurité matérielle d'un homme qui avait connu la faim.

Le cadre de vie : villa de Horn et maison de campagne à Hellwege

En juin 1952, Borgward achète un domaine agricole du XVIIIᵉ siècle (1750) dans le quartier brêmois de Horn et le fait rénover selon ses souhaits ; cette demeure, restée connue sous le nom de « Borgward-Villa », abritera sa famille jusqu'en l'an 2000. La famille possédait également une maison de week-end à Hellwege, où de longues promenades dominicales de deux heures complétaient les marches quotidiennes plus courtes entre le domicile et l'usine Goliath.

Reconnaissances officielles

Pour l'ensemble de son œuvre industrielle, Carl Borgward reçoit en 1950 le titre de docteur honoris causa (Dr.-Ing. E.h.) de l'école technique supérieure de Hanovre, puis en 1955 la grand-croix de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne — distinction complétée, à l'occasion de son 70ᵉ anniversaire en novembre 1960, par l'étoile de cette même grand-croix, quelques semaines à peine avant l'ouverture de la crise qui allait emporter son entreprise (voir La chronologie de la faillite de 1961).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
weser-kurier.de (+ recoupements de.wikipedia.org, automobile-news.de)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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