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§ 01 · Histoire et modèles

La chronologie de la faillite de 1961

Borgward / Isabella · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Cette fiche retrace, de façon aussi factuelle et datée que possible, le déroulement de la crise qui a emporté le groupe Borgward à l'automne 1961 — sur la base de plusieurs sources indépendantes qui s'accordent sur l'essentiel des faits et des dates. L'interprétation de ces faits — mauvaise gestion, ou manœuvre délibérée pour prendre le contrôle du groupe — reste, elle, activement débattue et fait l'objet d'une fiche séparée : voir La faillite de 1961 : un débat historique toujours ouvert.

1959-1960 : une gamme pléthorique aux coûts de développement cumulés

À l'aube des années 1960, le groupe Borgward mène simultanément plusieurs projets coûteux : le développement du haut de gamme P100 à suspension pneumatique (environ 30 millions de DM), celui de la Lloyd Arabella et de son outillage de production dédié (27 millions de DM), et même un projet d'hélicoptère civil, le Focke-Borgward Kolibri (4,3 millions de DM, voir Le Focke-Borgward Kolibri — quand Borgward voulait construire des hélicoptères). Dans le même temps, les débuts commerciaux calamiteux de l'Arabella (voir La Lloyd Arabella — une genèse précipitée aux conséquences lourdes) coûtent plus de 17 millions de DM supplémentaires en pertes d'exploitation cumulées sur l'année 1960, auxquels s'ajoute un repli sensible des exportations, en particulier vers les États-Unis (voir L'Isabella aux États-Unis — un succès d'exportation puis un talon d'Achille) : sur l'ensemble de l'année, les trois usines du groupe vendent au total environ 13 000 véhicules de moins que l'année précédente.

Décembre 1960 : l'article du Spiegel et l'exposition publique de la crise

Le 14 décembre 1960, l'hebdomadaire Der Spiegel publie un article à charge intitulé « Der Bastler » (« le bricoleur »), illustré en couverture d'une photo de Carl Borgward, cigare à la bouche. L'article critique sévèrement la gestion du patron, pointant la prolifération incessante de modèles et de variantes techniques mal maîtrisées, génératrices de coûts de reprise en usine et de service après-vente. Cette exposition médiatique — reprise ensuite par le tabloïd Bild et par les journaux télévisés — intervient alors que le groupe, en interne, cherche déjà à obtenir des banques un crédit supplémentaire garanti par le Land de Brême pour passer la période hivernale, traditionnellement plus creuse pour les ventes automobiles.

4 février 1961 : la cession au Land de Brême

Après le refus des banques de débloquer les fonds nécessaires en février 1961, le Sénat de Brême retire sa garantie sur les derniers dix millions de DM du crédit demandé. Carl Borgward se retrouve alors placé devant une alternative : déposer immédiatement le bilan, ou céder l'intégralité de son groupe industriel au Land de Brême. Au terme d'une négociation de plus de treize heures, tenue le 4 février 1961 dans les locaux du « Haus des Reichs » (siège du sénateur des Finances de Brême), Borgward opte pour la seconde solution et transmet ses entreprises à la collectivité, sans indemnisation. Le Land de Brême entend alors poursuivre l'exploitation du groupe sous une nouvelle structure, la Borgward-Werke AG.

Johannes Semler à la tête du conseil de surveillance

Le Sénat nomme à la présidence du nouveau conseil de surveillance l'expert-comptable munichois Johannes Semler, juriste de formation et ancienne figure politique de la CSU (député au Bundestag de 1950 à 1953) — voir Johannes Semler, l'homme du conseil de surveillance pour le détail de son rôle et de la controverse qui l'entoure. Le 28 juillet 1961, Semler et les trois directeurs des sociétés Borgward, Lloyd et Goliath déposent une demande de « Vergleichsverfahren », une procédure judiciaire de l'époque destinée à permettre la poursuite de l'activité sous protection des créanciers plutôt qu'un dépôt de bilan pur et simple. Six semaines plus tard, le 11 septembre 1961, les procédures de faillite proprement dites sont pourtant ouvertes pour Borgward et Goliath (elles s'achèveront en 1969) ; celle de Lloyd suit le 25 novembre 1961 (clôturée en 1966).

Un bilan humain et financier chiffré

L'ensemble des sociétés du groupe employait, au moment de sa mise en faillite, environ 20 000 salariés — soit environ 20 % de l'ensemble de la population active brêmoise de l'époque —, tous licenciés. Le Land de Brême, de son côté, perd dans l'aventure environ 60 millions de DM de fonds publics engagés dans les garanties de crédit accordées avant la faillite (l'équivalent d'environ 133 millions d'euros actuels), soit, rapporté aux quelque 650 000 habitants que comptait alors le Land, une perte moyenne d'une centaine de DM par habitant. Les concessionnaires Borgward estiment de leur côté leurs pertes directes et indirectes à plusieurs dizaines de millions de DM supplémentaires. Semler lui-même quitte son mandat dès la fin août 1961, après seulement huit mois d'exercice, sa société de conseil Indufina ayant perçu 250 000 DM d'honoraires pour cette mission (environ 550 000 euros actuels).

Le devenir industriel des sites et des outillages du groupe après la faillite fait l'objet d'une fiche séparée : voir Après la faillite — le devenir des usines et des outillages.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
veikkos-archiv.com (+ recoupements en.wikipedia.org, de.wikipedia.org, weser-kurier.de)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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