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§ 01 · Histoire et modèles

La crise de 1975 — licenciements annoncés, l'offre Honda et les 132 jours d'occupation de Lambrate

Innocenti (Mini italienne) · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Cet épisode, l'un des plus dramatiques de l'histoire industrielle d'Innocenti, est aussi l'un des mieux documentés par le Registro Storico Innocenti — et il éclaire directement les conditions dans lesquelles Alejandro De Tomaso reprend l'entreprise en 1976.

L'annonce de l'état de crise

Fin 1974, Innocenti Leyland proclame l'état de crise : selon la direction, retrouver la compétitivité imposerait le licenciement d'environ 1 600 salariés. Des rumeurs de cession des installations de Lambrate à Alfa Romeo circulent, aussitôt démenties tant par le président de BLMC, Lord Stokes, que par Alfa Romeo elle-même, qui qualifie l'hypothèse de « grosse malchance ». En juillet 1975 apparaît le projet d'une société financière publique, la Finauto, censée racheter Innocenti et y adjoindre les usines Alfa Romeo d'Arese — un projet qui, lui non plus, n'aboutira pas.

Un plan de licenciement massif

Quelques semaines plus tard, Leyland Innocenti présente un plan de licenciement de 2 000 des 4 500 salariés sur deux ans. Il est question de prolonger d'une semaine les congés d'août puis de recourir au chômage partiel pour réduire la production : le stock de Mini invendues a atteint 170 % du niveau jugé normal pour une entreprise saine — une situation aggravée par l'interdiction d'exporter imposée par la maison mère britannique elle-même en difficulté (voir Sous pavillon British Leyland (1972-1975) — Geoffrey Robinson, la Regent et les plans d'expansion déçus). La médiation du ministère du Travail permet d'éviter les licenciements secs immédiats, mais un chômage partiel tournant touche 3 000 salariés. En septembre 1975, la direction réclame le licenciement de 1 500 ouvriers et une hausse de 25 % du rendement du personnel restant : les syndicats y voient une tentative à peine voilée de rendre l'usine improductive en vue de sa fermeture — une lecture que rejoignent alors aussi bien les syndicats que le gouvernement italien.

L'ultimatum de décembre et l'offre inattendue de Honda

En décembre 1975, un ultimatum tombe : à défaut d'accepter les conditions de licenciement et de productivité exigées, l'ensemble de l'entreprise serait liquidé avant la fin de l'année. Plusieurs pistes de reprise industrielle émergent alors pour préserver l'emploi, dont une proposition inattendue du constructeur japonais Honda, intéressé par la reprise du site de Lambrate pour y produire sa citadine « 360 » et s'en servir de tête de pont vers le marché européen — hypothèse rejetée par les syndicats, tout comme celle, concurrente, de l'entrepreneur italo-argentin Alejandro De Tomaso, qui envisage à ce stade de reconvertir le site vers la production de motocyclettes plutôt que de la maintenir sur l'automobile.

132 jours d'occupation

Le 26 novembre 1975, Innocenti Leyland est mise en liquidation à l'issue d'une assemblée des actionnaires tenue à Rome. Quelques minutes après l'annonce, l'usine est occupée par ses salariés, qui votent à l'unanimité un piquet permanent. Le gouvernement rencontre les constructeurs italiens (Fiat, Alfa Romeo) pour tenter de débloquer la situation : Alfa Romeo refuse toute intervention, tandis que Fiat présente un plan de relance prévoyant une reconversion industrielle de quatre ans vers les véhicules utilitaires, avec le soutien de la GEPI (l'organisme public italien de gestion des participations dans les entreprises en difficulté) — ce plan Fiat prévoyait le maintien de la production de Mini les quatre premières années, complétée par celle de la Fiat 127, sans licenciement mais avec gel des embauches. En parallèle, les syndicats proposent leur propre plan, alliant poursuite de l'assemblage de la Mini, production d'un minibus pour le transport public et de composants pour le bâtiment, dans le but de préserver l'intégralité des 4 500 emplois.

Pendant l'occupation, environ 12 500 Mini 90 et 120 déjà produites restent bloquées dans l'enceinte de Lambrate — la demande, elle, ne faiblit pas : le stock de 5 000 exemplaires disponible chez les concessionnaires est épuisé dès le début de l'année 1976, preuve que la crise industrielle n'était pas une crise de la demande.

Le sauvetage par De Tomaso

Entre annonces et démentis sur les plans à l'étude par le gouvernement, la décision tombe en février 1976 : sur la table figurent les propositions de Honda, de Fiat, des syndicats, et de De Tomaso — c'est finalement ce dernier qui l'emporte, avec le soutien de la GEPI et de Leyland elle-même (voir la suite dans De Tomaso reprend Innocenti (1976) et relance la Mini 90/120 dessinée par Bertone). L'occupation prend fin le 7 avril 1976, après 132 jours ; l'usine de Lambrate rouvre le 12 mai suivant.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
registroinnocenti.org (Registro Storico Innocenti)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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