Au-delà de la voiture — la mécanique lourde Innocenti et l'aciérie de l'Orénoque
Un aspect souvent oublié du profil d'entrepreneur de Ferdinando Innocenti, pourtant central à la mission de ce dossier, est que l'automobile — et même le scooter Lambretta — ne représentent jamais qu'une partie de l'activité du groupe. En parallèle, Innocenti reste tout au long de son histoire un fabricant de biens d'équipement industriels lourds, un versant qui éclaire pourquoi l'entreprise a pu absorber le risque financier de se lancer dans l'automobile en 1960.
Un second métier resté florissant après-guerre
Le plan de reconversion en trois axes adopté par Ferdinando Innocenti après la destruction de l'usine de Lambrate en 1944 (voir Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaise) ne se limitait pas au véhicule à bas coût devenu la Lambretta : il prévoyait explicitement de poursuivre l'activité de machines et d'installations industrielles, et de développer les procédés de frittage des métaux. Dès 1951, les ateliers mécaniques Innocenti comptaient parmi les plus avancés et les plus polyvalents d'Europe : trains de laminage à chaud complets, laminoirs planétaires Sendzimir et à bandes à froid, presses à extrusion, machines de pelage à chaud de lingots, et un savoir-faire spécifique en tuyauterie ferreuse et non ferreuse (four rotatif Calmes, laminoir continu Calmes-Dvořák). La production de ces ateliers passe de 700 tonnes en 1947 à 4 500 tonnes en 1950, avec des exportations vers l'Angleterre, la France, la Yougoslavie et l'Argentine.
Le laminoir Sendzimir et la coulée continue Concast
Innocenti soutient et diffuse deux innovations sidérurgiques de l'époque : le laminoir planétaire Sendzimir, qui permet d'obtenir des bandes d'acier laminées à froid de haute qualité à moindre coût d'investissement, et la coulée continue Concast, qui remplace les lingots et fosses traditionnels pour réduire l'investissement et l'espace nécessaires tout en augmentant rendement et qualité. Le savoir-faire s'étend aussi à l'aluminium, avec des lignes complètes d'extrusion et de laminage livrées à de grands clients industriels.
La plus grande réalisation industrielle à l'étranger : l'aciérie de l'Orénoque
Le sommet de cette activité de mécanique lourde reste la conception et la construction complète, pour le compte du gouvernement vénézuélien, de la Planta Siderúrgica del Orinoco, près de Puerto Ordaz sur la rive droite de l'Orénoque (à proximité de la centrale hydroélectrique de Caroní), dans le cadre d'un plan national d'industrialisation de la fin des années 1950. Il s'agit alors de l'un des plus grands chantiers industriels d'Amérique latine et du premier complexe sidérurgique intégral livré clé en main par l'industrie italienne — de l'extraction du minerai jusqu'au produit fini, avec une production de fonte assurée par deux fours électriques à cuve plutôt que par des hauts fourneaux classiques.
Le site, d'environ deux kilomètres carrés en pleine savane à huit degrés de l'équateur, regroupe trains de laminage (avec tréfilerie), fonderie, usine de tubes, atelier de construction mécanique, laboratoire central et l'ensemble des services et utilités nécessaires. Sa capacité de production avoisine le million de tonnes par an. Le chantier mobilise environ 450 000 m³ de béton, 50 km de voies ferrées et 25 km de routes ; à partir de 1957, environ 3 000 travailleurs par jour y accumulent quelque 35 millions d'heures de travail cumulées. Le coût total dépasse 350 millions de dollars, tous postes confondus (génie civil, machines, construction, montage).
Ce que cet épisode révèle du profil d'entrepreneur
Cette réalisation, menée en parallèle du lancement de la Mini italienne, illustre concrètement le profil d'« entrepreneur diversifié » d'Innocenti au-delà du seul récit automobile : une même entreprise milanaise conçoit, la même décennie, des carrosseries de citadines pour le marché européen et un complexe sidérurgique intégral pour un État sud-américain. Cette assise industrielle large — mécanique lourde, sidérurgie, tuyauterie — explique en partie pourquoi Innocenti a pu absorber, dans les années 1960, le risque financier et industriel que représentait l'entrée dans l'automobile de série, un secteur aux marges nettement plus étroites que ses activités historiques.
Voir aussi
- Site source
- lambrettaframecheck.co.uk (British Lambretta Archive)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)Innocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaiseInnocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- La naissance de la Lambretta (1944-1951) et son réseau mondial de licencesInnocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)Innocenti (Mini italienne)
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaiseInnocenti (Mini italienne)
- La naissance de la Lambretta (1944-1951) et son réseau mondial de licencesInnocenti (Mini italienne)