Authi en Espagne — l'autre Mini continentale, une licence BMC distincte d'Innocenti
Ce dossier consacré à Innocenti ne peut ignorer un cas parallèle qui prête régulièrement à confusion chez les passionnés anglophones eux-mêmes, au point que le registre anglais des Mini Cooper les recense côte à côte : l'Espagne a elle aussi produit sa propre Mini sous licence, via une société entièrement différente d'Innocenti, avec laquelle elle ne doit pas être confondue malgré une histoire structurellement comparable.
Une filiale d'un aciériste cantabrique, pas d'un industriel indépendant
Authi (Automóviles de Turismo Hispano Ingleses) naît de la reconversion d'un aciériste établi de longue date, Nueva Montaña Quijano (NMQ, fondé en 1899, capital partagé entre la famille Quijano et la Banque de Santander), qui fabriquait déjà moteurs et trains roulants pour les chaînes de Renault-Espagne (FASA) avant de perdre ce débouché au début des années 1960. Faute d'alternative, NMQ se tourne vers la fabrication automobile pour compte propre et signe, après autorisation du ministère de l'Industrie, un accord avec la British Motor Corporation — qui disposait déjà d'une présence espagnole via SAVA. La société est officiellement constituée le 12 novembre 1966 sous la présidence d'Eduardo Ruiz de Huidobro y Alzurena, avec un capital initial de vingt millions de pesetas, siège social à Arazuri (Navarre). Ce montage capitalistique — une filiale automobile créée par un groupe sidérurgique préexistant, plutôt qu'une extension organique d'une entreprise déjà diversifiée comme Innocenti (voir Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaise) — marque une première différence structurelle avec le cas milanais.
Des débuts par l'ADO16, la Mini arrivant ensuite
Les premiers véhicules Authi commercialisés, en janvier 1967, sont des ADO16 (Austin/Morris 1100, à suspension hydroélastique) — et non la Mini elle-même, qui n'arrive qu'en octobre 1968 avec la 1275 C : sièges en cuir, tableau de bord en noyer, une finition nettement plus luxueuse que celle des Mini anglaises, en tout point comparable à la stratégie de montée en gamme déjà documentée côté italien (voir Une Mini plus raffinée que l'originale — la réputation de finition supérieure d'Innocenti). L'assemblage se fait à l'usine de Pampelune à partir de tôlerie importée d'Angleterre, complétée par des moteurs, boîtes et transmissions fabriqués par NMQ elle-même à Los Corrales de Buelna (Cantabrie), ainsi que par un réseau de sous-traitants catalans (Crilastic, Ketalauto, Tecniauto) fournissant notamment les carburateurs SU. Suivent en avril 1969 les versions 1000 Standard et Special, cette dernière étant considérée par de nombreux passionnés comme la meilleure Mini jamais construite par Authi.
Le passage sous contrôle direct de British Leyland
Les ventes des Mini, jugées trop chères pour le pouvoir d'achat espagnol moyen de l'époque, déçoivent les prévisions dès 1968. Le 7 juillet 1969, British Leyland rachète 51 % du capital de NMQ — les produits sont ensuite commercialisés sous le nom Leyland-Authi. Une différence de statut capitalistique fondamentale avec Innocenti s'établit alors : quand l'entreprise italienne négocie sa licence de production en conservant sa pleine autonomie capitalistique jusqu'en 1972 (voir L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40), Authi passe sous contrôle britannique majoritaire dès 1969, avant que BLMC ne rachète, en 1973, la quasi-totalité du capital restant (taux de nationalisation des véhicules alors de 95 %).
Une gamme qui se démocratise, puis une Cooper 1300 qui n'en est pas vraiment une
À partir de janvier 1970, Authi produit également le Mini 850 en version ADO-15 d'origine (1959), puis la gamme ADO-20 (Mk III) en octobre de la même année — une démocratisation progressive qui abandonne l'image de luxe initiale de la 1275 C. En 1971, le Mini 1275 GT remplace la 1275 C, avec suppression des sièges cuir, du tableau en noyer et des phares halogènes, pour un prix plus compétitif. Fin 1973, en pleine crise du modèle sur le marché espagnol, BL-Authi lance le Mini Cooper 1300 — présenté comme la version la plus soignée jamais produite à Pampelune (compte-tours complet, lunette arrière dégivrante, réservoir de 36 litres, essuie/lave-lunette et appuie-têtes en option) mais qui, malgré son nom, n'est pas mécaniquement une vraie Cooper : son moteur est en réalité celui de l'Austin Victoria de Luxe, elle aussi fabriquée par BL-Authi, et non une évolution du bloc Cooper S anglais ni du bloc de la Mini Cooper 1300 italienne. Malgré deux carburateurs SU, un échappement indépendant et un vilebrequin nitruré, sa puissance plafonne à 68 ch SAE (environ 60 ch DIN) — très en retrait des 76 ch DIN de la Cooper S anglaise 1275, et même des 71 ch DIN de la Mini Cooper 1300 construite à Lambrate (voir Le lancement de la Mini Innocenti (1965) et la lignée Cooper jusqu'à l'Export 1300). Le registre anglais des Mini Cooper (Mini Cooper Register) recense néanmoins cette « Authi Cooper » aux côtés des Cooper Innocenti dans son inventaire des Cooper produites hors du Royaume-Uni, avec environ 5 000 exemplaires construits entre 1973 et 1975.
Une fermeture bien plus rapide que celle de Lambrate
Ce dernier modèle ne suffit pas à sauver la rentabilité de l'usine : conjuguée au choc pétrolier du milieu des années 1970, la crise pousse BL-Authi à céder son site de Corrales de Buelna à Motor Ibérica dès 1974. Un incendie touche ensuite les installations de Pampelune ; une tentative de rachat par General Motors échoue, avant la décision de fermeture de 1975-1976, qui provoque l'intervention de l'État espagnol via l'INI et sa filiale SEAT pour reprendre l'usine. Au total, plus de 140 000 Mini seront sorties des chaînes de Pampelune, certaines exportées (notamment vers la Suisse). L'usine de Landaben, elle, poursuit aujourd'hui son activité automobile sous pavillon Volkswagen — une continuité industrielle du site que la Lambrate d'Innocenti, entièrement rasée après 1993, n'aura pas connue (voir La fusion Maserati (1985), le rachat par Fiat (1989-1990) et la fin de la marque (1996)).
Deux licences, deux trajectoires
Cette comparaison éclaire, par contraste, la singularité du cas Innocenti documentée dans ce dossier : là où Authi reste une filiale à capital majoritairement britannique dès 1969, produisant une gamme de plus en plus dépouillée et une « Cooper » mécaniquement en retrait de l'original, Innocenti négocie ses propres choix industriels et stylistiques jusqu'au bout de son histoire — de la carrosserie 100 % locale de l'A40 dès 1960 jusqu'au redessin complet signé Bertone en 1974 (voir Marcello Gandini redessine la Mini — genèse stylistique de la carrosserie Bertone) puis au choix, assumé par un actionnaire industriel privé plutôt que par la maison mère britannique, de rompre avec la mécanique anglaise au profit de Daihatsu en 1982 (voir 1982 — la rupture avec British Leyland et le passage à la mécanique Daihatsu). Authi, elle, disparaît dès 1975-1976, sans jamais connaître d'équivalent à la seconde vie stylistique et industrielle que connaît la Mini milanaise.
Voir aussi
- L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40 · Le lancement de la Mini Innocenti (1965) et la lignée Cooper jusqu'à l'Export 1300 · Une Mini plus raffinée que l'originale — la réputation de finition supérieure d'Innocenti · Marcello Gandini redessine la Mini — genèse stylistique de la carrosserie Bertone · Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)
- Site source
- es.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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