1966-1972 — la mort de Ferdinando Innocenti et les années d'incertitude sous Luigi
Une succession déjà entamée avant la mort du fondateur
Dans les faits, Luigi Innocenti dirige déjà l'entreprise depuis 1962-1963 : la santé déclinante de son père Ferdinando (voir Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaise) l'a contraint à limiter son engagement direct, même s'il conserve la présidence jusqu'à sa mort. Ferdinando Innocenti meurt le 21 juin 1966. Sa disparition prive cependant l'entreprise d'une figure capable de fédérer une direction où ambitions individuelles et rivalités internes commencent à se faire jour — Luigi Innocenti ne parvient pas à s'imposer avec la même autorité que son père sur ces tensions.
Un contrat renouvelé au coup par coup
La même année 1966 voit également expirer le contrat de licence signé avec BMC en 1959 (voir L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40). Il n'est reconduit que par avenants annuels successifs jusqu'en 1968, une précarité qui reflète le scepticisme du nouveau président sur l'intérêt de poursuivre la production automobile sous mécanique anglaise. En 1967, Innocenti étudie même en interne un modèle propre, à moteur 750 cm³ et carrosserie Bertone — un projet dont les investissements requis se révèlent trop lourds, ce qui conduit l'entreprise à renouveler l'accord avec les Britanniques pour sept années supplémentaires en 1968.
Un rebond industriel de courte durée
La fin des années 1960 coïncide avec une reprise, tant de la production automobile que de la mécanique lourde. En 1967, la production de l'A40 s'arrête (voir L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40), mais les ventes de la Mini poursuivent leur progression constante (voir Le lancement de la Mini Innocenti (1965) et la lignée Cooper jusqu'à l'Export 1300).
1969 : la tentation de céder l'entreprise
En 1969, dans le contexte social tendu de l'« automne chaud » italien (mobilisations ouvrières autour du renouvellement des conventions collectives), Luigi Innocenti prend la décision de cession de l'entreprise. Les sources consultées ne tranchent pas unanimement les raisons exactes de ce choix : une lecture, plus paternaliste, l'attribue à la déception du dirigeant de voir ses propres employés se retourner contre lui ; une autre y voit plutôt la conséquence des tensions internes à la direction. Fin 1969, Innocenti approche d'abord Fiat, qui décline l'offre, puis engage des négociations avec l'IRI (l'organisme public de participations industrielles italien).
L'occasion manquée d'Alfa Romeo
Les négociations se poursuivent avec la perspective d'une cession du seul secteur automobile à Alfa Romeo, après que British Leyland Motor Corporation (BLMC, nom pris par BMC après sa fusion avec Leyland) a donné, non sans difficulté, son autorisation. L'accord est près d'aboutir lorsque le président d'Alfa Romeo, Giuseppe Luraghi, le fait échouer sur un motif jugé peu convaincant par les observateurs de l'époque.
Le rachat par British Leyland (1971-1972)
Une période d'incertitude s'ouvre alors, jusqu'à la reprise des négociations avec BLMC en février 1971. En interne, l'administrateur délégué Fusaia (cousin de Luigi Innocenti et détenteur de 10 % du capital) cherche ouvertement à faire échouer la cession, espérant trouver un pool bancaire capable de racheter la participation de Luigi Innocenti et d'assurer un développement autonome au secteur automobile. Volkswagen, Honda et Mitsubishi apparaissent brièvement dans les discussions, sans dépasser le stade de simples contacts préliminaires. En juillet 1971, Luigi Innocenti subit une intervention chirurgicale difficile pour un anévrisme cérébral ; cet épisode convainc Fusaia de céder du terrain et d'accepter la seule alternative restant sur la table : la cession à BLMC.
Les négociations, longues, aboutissent à un compromis d'accord en mars 1972. Leur lenteur tient à deux facteurs : BLMC, consciente d'être le seul acquéreur réaliste, cherche à faire monter l'incertitude pour peser sur le prix ; les Anglais, de leur côté, s'étaient toujours peu intéressés à Innocenti malgré le lien commercial de licence qui unissait les deux entreprises depuis 1959, rendant nécessaire une étude approfondie d'une situation financière rendue opaque par l'autofinancement quasi-total du secteur automobile Innocenti depuis ses débuts. Le 6 mai 1972, Innocenti Autoveicoli annonce officiellement l'acquisition du paquet d'actions par BLMC : l'entreprise change de nom pour devenir Innocenti Leyland, sous la direction du jeune cadre britannique Geoffrey Robinson (voir la suite dans Sous pavillon British Leyland (1972-1975) — Geoffrey Robinson, la Regent et les plans d'expansion déçus).
Voir aussi
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaise · L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40 · Le lancement de la Mini Innocenti (1965) et la lignée Cooper jusqu'à l'Export 1300 · Sous pavillon British Leyland (1972-1975) — Geoffrey Robinson, la Regent et les plans d'expansion déçus · Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)
- Site source
- registroinnocenti.org (Registro Storico Innocenti)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)Innocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Le lancement de la Mini Innocenti (1965) et la lignée Cooper jusqu'à l'Export 1300Innocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Sous pavillon British Leyland (1972-1975) — Geoffrey Robinson, la Regent et les plans d'expansion déçusInnocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaiseInnocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40Innocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaiseInnocenti (Mini italienne)
- Marcello Gandini redessine la Mini — genèse stylistique de la carrosserie BertoneInnocenti (Mini italienne)
- Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)Innocenti (Mini italienne)
- Sous pavillon British Leyland (1972-1975) — Geoffrey Robinson, la Regent et les plans d'expansion déçusInnocenti (Mini italienne)