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§ 01 · Histoire et modèles

La naissance de la Lambretta (1944-1951) et son réseau mondial de licences

Innocenti (Mini italienne) · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Bien que ce corpus se concentre sur la production automobile Innocenti, la genèse de la Lambretta mérite d'être posée : c'est elle qui finance l'entrée d'Innocenti dans l'automobile quinze ans plus tard, et le style de licence internationale déployé pour le scooter préfigure exactement celui qui amènera la Mini à Lambrate.

Le déclic : les scooters américains de l'armée d'occupation

L'étincelle naît à Rome entre 1943 et 1944 : Ferdinando Innocenti observe les scooters Cushman utilisés par les forces américaines, compacts et robustes, adaptés aux routes défoncées de l'Italie en guerre. L'idée d'un véhicule simple et bon marché, construit à partir de matériaux disponibles, s'impose comme réponse à la crise de mobilité italienne d'après-guerre.

Les ingénieurs de l'aéronautique déchue

La disparition de l'aviation militaire italienne libère toute une génération d'ingénieurs. En septembre 1944, Innocenti engage l'ingénieur Cesare Pallavicino, ancien directeur technique du constructeur aéronautique Caproni, avec ses collaborateurs Bonetti et Bruno Ferrario, pour concevoir un prototype surnommé « Esperimento 0 » : carrosserie autoportante carénée, moteur deux-temps placé entre les jambes du pilote avec transmission par chaîne, fourche avant télescopique en tôle emboutie, selles suspendues à l'américaine. Ferdinando Innocenti met à disposition le rez-de-chaussée de sa propre résidence pour l'équipe et s'implique personnellement dans chaque détail de conception. Pallavicino quitte cependant l'entreprise après seulement trois mois pour émigrer en Argentine ; Innocenti confie alors le projet à un autre ingénieur aéronautique, Pierluigi Torre, épaulé par De Martino et Ferrario.

Du prototype à la série (1946-1948)

Torre reprend le projet à l'été 1946 dans le nouveau bâtiment G2 de Lambrate, conservant l'esprit robuste du Cushman mais en reconcevant l'ensemble autour du tube d'acier et de la production de masse : moteur 125 cm³ mono-cylindre à deux pistons, refroidissement forcé, allumage par magnéto, boîte deux vitesses à commande au pied, poutre tubulaire centrale supportant réservoir, boîte à gants et moteur. Une maquette en bois convainc Ferdinando Innocenti à la mi-1946. Le lancement commercial se prépare avec soin : la radio RAI diffuse un jingle quotidien (« Il est 8h35, c'est l'heure de la Lambretta ! »), et la revue Motociclismo publie dès février 1947 un croquis officieusement « fuité ». Un lot de 22 exemplaires de pré-série est montré au Salon de Paris 1947, mais les pénuries de matériaux limitent la production à un lot symbolique d'octobre 1947 ; la production pleine échelle ne démarre qu'début 1948, à environ 50 unités par jour.

Modèle A à LD : la scooterisation de masse (1947-1951)

Le premier modèle de série, d'abord « Type M » puis Model A (cadre tubulaire, moteur 125 cm³ deux-temps, boîte trois vitesses au pied, roues de 7 pouces), est décliné en plusieurs teintes pastel avec accessoires (deuxième selle, pare-brise en plexiglas, boîte à gants verrouillable). Environ 152 exemplaires sont produits en 1947, puis 9 517 en 1948. Le Model B (roues de 8 pouces, commande de vitesses au guidon, suspension arrière digne de ce nom) lui succède dès novembre 1948. Suivent en 1950-1951 les Model C, LC (carrosserie intégrée et tablier de protection) et Model D (nouveau cadre entièrement tubulaire, boîte quatre vitesses), puis la LD, carrossée en tôle d'aluminium avec phare au guidon, qui devient le scooter le plus vendu de la décennie, en particulier en France et au Royaume-Uni.

Un réseau de licences mondial

Dès 1949, le bulletin Notiziario Lambretta tisse un réseau de clubs organisant sorties dominicales et entraide, tandis que dépôts de service et réseaux de pièces se déploient en parallèle des ventes — la « scootérisation de masse » est en place au début des années 1950. À partir de 1951, Innocenti concède des licences de fabrication à l'étranger : l'Allemand NSU en premier, puis la France, l'Espagne, l'Inde, le Brésil, l'Argentine, le Chili, la Colombie, l'Indonésie, le Sri Lanka, Formose (Taïwan), le Pakistan, la Turquie. Deux licences se révèlent particulièrement durables : l'Inde et l'Espagne, qui continuent à produire et exporter des Lambretta bien après l'arrêt de la production italienne. En 1972, l'entreprise publique indienne Scooters India Ltd (Lucknow), déjà détentrice depuis 1972 des droits complets de fabrication et de la marque, lance sa propre production (GP150) à partir de 1975, sous les noms Vijai puis Lambretta à l'export — une continuité indienne de la marque qui dépasse de plusieurs décennies la fin de la production italienne.

Le style Bertone appliqué au scooter (1968)

Signe précoce d'une collaboration qui se retrouvera sur l'automobile six ans plus tard (voir Marcello Gandini redessine la Mini — genèse stylistique de la carrosserie Bertone), Innocenti confie en 1968 à Bertone le restylage complet de la gamme, donnant naissance à la série DL (commercialisée GP à l'export, 125/150/200 cm³, cette dernière cylindrée particulièrement prisée) puis au concept plus radical Lui, audacieux mais resté sans réel débouché commercial.

Fin de la production italienne et postérité

La production Lambretta cesse en Italie en 1971-1972, alors que British Leyland prend le contrôle de l'entreprise (voir Sous pavillon British Leyland (1972-1975) — Geoffrey Robinson, la Regent et les plans d'expansion déçus) — un arrêt qui libère mécaniquement des capacités industrielles à Lambrate pour l'automobile. La marque connaît une renaissance en 2017-2018 : rachetée par un consortium suisse (Innocenti SA), elle relance au salon EICMA de Milan un modèle V-Special (50 à 200 cm³ aux normes Euro 4, dessiné en Autriche par KISKA GmbH, fabriqué en Asie), exporté jusqu'en Australie et aux États-Unis.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
lambrettaframecheck.co.uk (British Lambretta Archive)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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