L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40
Un premier projet italien, puis une tentation allemande écartée
Dès 1957-1958, Innocenti étudie une voiture entièrement conçue à Lambrate. L'idée est vite complétée par un projet de collaboration avec l'allemand Glas autour d'une utilitaire de 400 cm³ inspirée de la Goggomobil. Ce second projet est finalement abandonné : produire une voiture de ce gabarit risquerait de provoquer des tensions avec Fiat, client important d'Innocenti pour ses presses d'emboutissage de tôle, et le constructeur turinois pourrait répliquer en cassant les prix de ses propres utilitaires pour étouffer la concurrence naissante.
Un « accord idiot » signé en juillet 1959
Après des contacts avec plusieurs constructeurs, Innocenti négocie avec la British Motor Corporation (BMC) la production sous licence de l'Austin A40, un modèle positionné sur un segment de marché où Fiat est absent, alliant la robustesse d'une mécanique éprouvée au style de Pininfarina. Le contrat est signé en juillet 1959, pour une durée de sept ans — durée jugée bien trop courte pour permettre une planification industrielle sérieuse au-delà des deux ou trois premières années, et assortie de clauses très défavorables à Innocenti, notamment l'interdiction d'exporter les voitures produites à Lambrate. Un dirigeant Innocenti interrogé des années plus tard par l'historien Marino Gamba pour son livre de référence sur l'entreprise résume le sentiment de l'époque en des termes crus : « un contrat idiot, un accord de m... […] rien ne nous garantissait pour l'avenir […] et nous n'étions même pas certains que les Anglais respecteraient leurs engagements de fournitures ».
Le montage : d'abord l'assemblage, puis l'emboutissage local
Le contrat prévoit initialement le simple assemblage et la peinture de pièces fournies depuis l'Angleterre ; très vite, cependant, Lambrate se met à emboutir elle-même les tôles de carrosserie de la nouvelle voiture. Fin 1960, les chaînes de montage — installées sur les surfaces qui avaient accueilli la production de guerre — sont opérationnelles et les premières Innocenti Austin A40 en sortent, avec une capacité programmée de 100 voitures par jour. Malgré la nouveauté des installations, la technologie retenue est déjà dépassée : Lambrate conserve les traditionnelles lignes de montage au sol, alors que les autres constructeurs basculent vers des systèmes aériens de manutention des caisses plus modernes — un choix qui pèsera sur la compétitivité industrielle du site dans la décennie suivante.
Le premier logo : trois « i » en hélice
Jusqu'à fin 1961, les voitures sorties de Lambrate portent un logo formé de trois lettres « i » italiques disposées en hélice ; à partir de 1962, il est remplacé par un « i » italique unique inscrit dans un ovale (voir le détail de cette évolution graphique dans L'évolution du logo Innocenti — des trois « i » en hélice au monogramme De Tomaso).
Montée en gamme immédiate : le spider 950 dessiné par Ghia
Dès le Salon de Turin de 1960, aux côtés de l'A40, débute la commercialisation d'un second modèle : le spider Innocenti 950, carrosserie signée Ghia sur mécanique anglaise, produit en grande partie chez OSI à Turin avant assemblage final à Lambrate (voir le détail dans Le spider Innocenti 950/1100 et le coupé C — une mécanique Austin-Healey Sprite en habit Ghia).
Une production qui grimpe vite
La production automobile totale atteint 20 900 véhicules en 1962, puis 30 600 l'année suivante grâce à l'entrée en production d'un troisième modèle de gamme moyenne-haute, l'IM3, toujours construite à Lambrate sous licence BMC (voir L'IM3 et ses héritières i4/i5 — la berline de standing d'Innocenti). Au total, la lignée A40 (berline et break, en trois séries successives) se sera vendue à un peu moins de 68 000 exemplaires entre 1960 et 1967, date d'arrêt de sa production.
Voir aussi
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaise · Le spider Innocenti 950/1100 et le coupé C — une mécanique Austin-Healey Sprite en habit Ghia · L'IM3 et ses héritières i4/i5 — la berline de standing d'Innocenti · L'Innocenti 186 GT — le grand tourisme secret à moteur Ferrari V6 · Le lancement de la Mini Innocenti (1965) et la lignée Cooper jusqu'à l'Export 1300 · L'évolution du logo Innocenti — des trois « i » en hélice au monogramme De Tomaso · Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)
- Site source
- registroinnocenti.org (Registro Storico Innocenti)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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