L'Innocenti 186 GT — le grand tourisme secret à moteur Ferrari V6
Longtemps resté un épisode confidentiel de l'histoire Innocenti, ce projet de coupé grand tourisme codéveloppé avec Ferrari mérite d'être documenté en détail : il illustre une ambition de la marque bien plus large que la seule production de citadines sous licence, et sa carrosserie signée Giugiaro chez Bertone annonce, par la filiation du carrossier, les grandes heures stylistiques que vivra la Mini italienne une décennie plus tard.
Une idée portée personnellement par Ferdinando Innocenti
En 1963, alors âgé de 72 ans, Ferdinando Innocenti — dont les automobiles construites jusqu'ici à Lambrate restent des produits sous licence BMC (voir L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40) — approche directement Enzo Ferrari pour développer conjointement un petit coupé grand tourisme animé par un moteur Ferrari. L'accord se noue la même année : Ferrari conçoit un moteur V6, conceptuellement la moitié d'un V12 Ferrari, tandis qu'une équipe d'ingénieurs mixte est constituée à Maranello sous la supervision du directeur technique d'Innocenti, Sandro Colombo, épaulé côté Innocenti par les ingénieurs Arienti et Cattaneo, et côté Ferrari par le motoriste Franco Rocchi, l'ingénieur transmission Walter Salvarani, et les ingénieurs châssis et calcul Casoli et Marmiroli.
Une fiche technique digne d'une vraie Ferrari
Le moteur du 186 GT est un V6 à 60°, 1 788 cm³ (alésage x course 77 x 64 mm), 12 soupapes, simple arbre à cames en tête, développant 156 ch à 7 000 tr/min — associé à une boîte manuelle quatre vitesses d'origine britannique avec overdrive sur les troisième et quatrième rapports. Le châssis, dans la pure tradition Ferrari, est un cadre tubulaire en acier à carrosserie séparée, avec suspension avant à double triangulation et essieu arrière rigide sur ressorts à lames avec bras de réaction ; les quatre roues reçoivent des freins à disque, des jantes à rayons Borrani et des pneus Pirelli Cinturato 175x14. À titre de comparaison, Ferrari n'est alors pas totalement étranger à ce type d'opération : au même moment, à quelques centaines de mètres de l'usine Innocenti de Lambrate, le carrossier ASA met au point la 1000 GT, elle aussi dessinée par Ferrari pour un tiers.
Le dessin Giugiaro chez Bertone
Un premier châssis-prototype est rapidement livré au carrossier turinois Bertone, chargé du dessin et, à terme, de la fabrication de la carrosserie. C'est Giorgetto Giugiaro, alors employé de Bertone (avant sa propre marque, voir son parcours documenté dans le dossier de-tomaso-pantera/ de ce corpus au sujet de Tom Tjaarda, contemporain chez Ghia), qui dessine un coupé 2+2 fastback ; le premier exemplaire reçoit une carrosserie partiellement en aluminium et effectue ses premiers essais sur la piste de l'usine de Lambrate. En parallèle, Colombo et son équipe travaillent avec Bertone sur une seconde version à carrosserie autoportante (monocoque), destinée à devenir la version de série.
Un projet stoppé net en 1964
En 1964, alors que le projet est quasiment prêt pour la production en série, il est brutalement interrompu. Sandro Colombo avance lui-même deux explications principales : d'une part, le réseau commercial automobile d'Innocenti, encore trop peu développé et dépendant largement des revendeurs de scooters Lambretta, n'était pas adapté à la distribution d'un véhicule de ce standing ; d'autre part, la récession économique italienne de 1964-1965 rendait le moment mal choisi pour lancer un grand tourisme coûteux destiné à une clientèle aisée.
Le destin des deux prototypes
Sur les deux exemplaires construits, l'un est détruit ; l'autre reste entreposé dans un bâtiment Innocenti. Lorsque ce bâtiment est démoli en 1994, dans la foulée du rachat de l'ensemble Innocenti-Maserati par Fiat (voir La fusion Maserati (1985), le rachat par Fiat (1989-1990) et la fin de la marque (1996)), l'exemplaire survivant est sauvé de la destruction par l'historien maseratiste Ermanno Cozza. En 2015, il figure dans une exposition consacrée à ce type de projets méconnus au Museo Ferrari de Maranello.
Voir aussi
- Ferdinando Innocenti — du fer forgé toscan à l'industrie automobile milanaise · L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40 · Le spider Innocenti 950/1100 et le coupé C — une mécanique Austin-Healey Sprite en habit Ghia · Marcello Gandini redessine la Mini — genèse stylistique de la carrosserie Bertone · La fusion Maserati (1985), le rachat par Fiat (1989-1990) et la fin de la marque (1996) · Innocenti — vue d'ensemble d'une trajectoire industrielle italienne (1933-1996)
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://en.wikipedia.org/wiki/Innocenti_186_GT ↗
- Marcello Gandini redessine la Mini — genèse stylistique de la carrosserie BertoneInnocenti (Mini italienne) · Carrosserie
- La fusion Maserati (1985), le rachat par Fiat (1989-1990) et la fin de la marque (1996)Innocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- L'accord avec BMC (1959-1960) et le lancement de l'Innocenti A40Innocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
- Le spider Innocenti 950/1100 et le coupé C — une mécanique Austin-Healey Sprite en habit GhiaInnocenti (Mini italienne) · Histoire et modèles
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